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Economie

Fin de monde ou sortie de crise ?

Couverture ouvrage

Cercle des conomistes
Perrin , 333 pages

Quand vous avez colmaté, est-il encore nécessaire de réparer ?
[vendredi 10 juillet 2009]


Les mesures prises pour éviter l’effondrement ne devraient pas éclipser le besoin de réformes plus structurelles, suggèrent les auteurs.

L’idée du livre est a priori excellente : elle consiste à demander à une brochette d’économistes (du Cercle des économistes) d’éclairer les deux visions antagonistes que l’on peut avoir de la crise actuelle. À savoir celle d’une crise majeure dont on ne sortira pas sans modifications structurelles très importantes, et celle d’une crise cyclique classique (même si celle-ci est d’une ampleur exceptionnelle) dont on devrait au contraire émerger rapidement (à l’automne ou au début de l’année prochaine au plus tard) grâce aux mesures de soutien aux institutions financières et de relance de l’économie, décidées ces derniers mois.

Après l’introduction de Jean-Hervé Lorenzi, les différentes contributions, qui traitent de l’origine de la crise, des mesures à prendre et des résultats que l’on peut en attendre, sont regroupées autour de quatre thèmes, la croissance, le système financier, le rôle de l’État et l’avenir de la mondialisation. Toutes ne présentent pas le même intérêt, et lorsque l’on aborde ces différents thèmes, les deux visions se brouillent quelquefois, les auteurs ne donnant pas tous l’impression de partager la même conception de ce que serait une crise majeure.

Pierre Dockès analyse la crise comme la faillite du régime de croissance qui s’est mis en place au niveau mondial au cours des années 1980-1990 et qui a accordé une place centrale aux marchés financiers et à l’endettement. Pour autant, les mesures à prendre, selon lui, tout au moins dans l’immédiat, ne sont pas radicalement différentes de celles qui ont été prises ces derniers mois. Sinon qu’il conviendrait de les concevoir comme des mesures structurelles plutôt que comme des mesures temporaires et réversibles. Cela concerne notamment le rôle de l’État dans l’économie et l’encadrement national et international de la finance. À moyen terme, il s’agirait cependant de favoriser la mise en place d’un capitalisme qui soit régulé, davantage soucieux de réduction des inégalités et organisé au plan international . Patrick Artus explique, quant à lui, que l’hypothèse de la fin du modèle de croissance tiré par la hausse du taux d’endettement des ménages appelle à concentrer les efforts, au-delà du soutien immédiat à la demande, sur la stimulation de la croissance tendancielle affaiblie après la crise et donc des gains de productivité, et du développement des industries du futur. Jacques Mistral s’interroge sur la possibilité d’un nouveau New Deal aux États-Unis, selon la manière dont les choses tourneront d’ici 2012. Jean-Michel Charpin se demande si la crise est susceptible d’orienter le partage des revenus dans une direction nouvelle, plus favorable à la classe moyenne, tandis que Pierre Cahuc continue de plaider – imperturbablement – pour une réforme du marché du travail français, en expliquant que la crise rend celle-ci encore plus nécessaire.

La seconde partie est consacrée à la finance, avec trois contributions qui comportent d’importants points communs. Jean-Paul Pollin analyse les transformations que la crise imposera selon lui au système bancaire. Les activités de marchés des banques devraient se contracter sous l’influence du durcissement de la réglementation, mais aussi de la prudence dont feront montre les agents financiers vis-à-vis de certains placements ou de certaines opérations, explique-t-il. Pour autant, d’autres évolutions pourraient être sources de problèmes à l’avenir, comme la tendance à la concentration du système bancaire en cours. Catherine Lubochinsky s’interroge sur l’évolution possible des marchés financiers entre reprise, voire nouvelle extension, et très forte limitation. Enfin, Christian Stoffaës plaide pour le rétablissement de la spécialisation et du cloisonnement des métiers financiers (un retour, pour les Etats-Unis, au Glass Steagall Act, abrogé il y a dix ans), au lieu d’une multiplication de règles qui, dit-il, ne manqueront pas d’être tournées.

La crise réinterroge également le rôle de l’État dans l’économie. C’est l’occasion pour Christian Saint-Etienne de distinguer entre un État asservi aux marchés et un État véritablement libéral ou républicain, selon lui, garant de l’ordre juridique d’une part, et de l’existence d’un équilibre économique d’autre part. Le sens de la contribution d’Alain Trannoy est plus difficile à saisir. Faute d’être en mesure de recommander des mesures de politique économique qui amélioreraient la situation de tous les individus simultanément, l‘économiste, qui se mêle de politique économique, est contraint d’intégrer à ses raisonnements les priorités de l’État en matière de redistribution. Or, celles-ci varient “dans le temps, dans l’espace et avec le déroulement de la crise” , dont on peut penser qu’elle devrait faire prévaloir, à son acmé, les intérêts des plus démunis, même si cela ne devait pas durer. Mais cette situation explique également la part que peut alors prendre l’idéologie dans les préconisations qui sont faites à un moment donné et, finalement, dans les actions qui seront prises. C’est la raison pour laquelle même si “la maîtrise des bulles sur les marchés d’actifs est le problème essentiel qui émerge de cette crise” , il est cependant “possible que ce problème central ne soit pas attaqué de front par la communauté internationale à la faveur de [celle-ci], tant [il] mine un dogme quant au fonctionnement des marchés.” . CQFD.   Finalement, Laurence Boone et Jean-Pisani Ferry discutent savamment des modalités des mesures de politiques budgétaires (discrétionnaires) à mettre en œuvre dans chacun des pays en fonction de leurs situations particulières au regard de leur endettement privé et public notamment.

La crise est-elle susceptible de transformer le cours suivi par la mondialisation ces dernières années ? André Cartapanis nous présente deux futurs possibles pour celle-ci, sous la forme, soit d’un repli à l’échelle de grandes régions du monde, soit d’une nouvelle mondialisation régulée. Philippe Trainar s’interroge sur l’évolution future des flux d’épargne, envisageant successivement toutes les bonnes raisons pour lesquelles ils devraient voir leur montant diminuer et toutes les meilleures encore pour lesquels ils ne devraient rien en faire. Jean-Marie Chevalier revient sur la très forte baisse du prix du pétrole, se demandant si la crise pourrait marquer ou non une rupture brutale dans la prise en compte de l’environnement. Benoît Cœuré se penche sur le contrôle du système financier et le partage des tâches entre les marchés et les autorités politiques dans une contribution intitulée "Crise du marché ou crise de l’action publique ?" Christian de Boissieu insiste sur l’importance d’articuler la finance et l’économie réelle dans le cadre des négociations internationales qui se déroulent actuellement. Françoise Benhamou enfin, livre un point de vue sur les industries culturelles, percutées à la fois par la montée du numérique, la globalisation et, plus modestement, la mise en question des politiques culturelles, et maintenant par la crise, qui pourrait certainement constituer un modèle pour d’autres analyses sectorielles.

Des tableaux synthétisent les deux visions. Même si cette conclusion n’est pas vraiment tirée dans le livre, le scénario de fin du (d’un ?) monde semble tenir la corde. Il correspond à la vision de la crise comme celle d’un régime de croissance qui fait la part belle au capitalisme financier, qui appelle alors des mesures structurelles, un encadrement par l’État et une meilleure coordination à l’échelle mondiale. Mais les raisons pour lesquelles les acteurs décideurs s’engageraient dans des réformes de cette importance sont à peine évoquées, sinon pour suggérer que si les actions déjà mises en œuvre ne suffisaient pas à relancer l’économie, il faudrait bien passer à autre chose.

Les dernières propositions des membres du Cercle montrent une sensible radicalisation. Leur crainte principale semble être que la reprise technique qui s’annonce dispense les acteurs politiques de concrétiser les intentions qu’ils ont manifestées ces derniers mois d’aller vers beaucoup plus de régulation et de coordination, cela à tous niveaux, et que cela ait comme conséquence une reprise très faible et décalée dans le temps de l’économie mondiale.

Une partie des mesures qu’il a fallu prendre pour éviter l’effondrement ont contribué à réarmer d’autres dispositifs qui à force d’accumuler de l’énergie finiront bien par éclater si l’on ne se donne pas les moyens de traiter les problèmes au fond. Mais suffit-il pour cela d’appeler, en ce qui concerne la France, à relancer l’investissement, mettre à niveau l’ensemble du système d’enseignement supérieur et de recherche, et poursuivre les réformes structurelles concernant la politique de l’emploi ? On peut en douter.

 

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