Un livre qui déconstruit les rouages de ce qu’on appelle la "chance" et la "malchance", et qui montre à quel point, en apprenant à saisir le bonheur au vol et à déceler nos traumatismes, nous pouvons devenir maîtres de nos vies.

Connue du grand public pour ses ouvrages sur la psychogénéalogie et les secrets de famille, cette ancienne résistante, professeur émérite à l’université de Nice et spécialiste du psychodrame vient de sortir un livre, à l’âge de 90 ans. Le Plaisir de vivre est, comme son titre l’indique, un ouvrage sur l’importance parfois salutaire du plaisir, et sur son action libératrice et curative. Dans la veine du célèbre ouvrage de Bernie Siegel, L’Amour, la médecine et les miracles  Anne Ancelin Schützenberger apporte des réponses aux questions de la rémission spontanée ou du cancer "en cascade ou en ressac", phénomène souvent associé à des traumatismes familiaux anciens et parfois non vécus directement. Mais la véritable nouveauté de ce livre, occasionnellement traversé de notions complexes malgré une volonté certaine de vulgarisation, ce n’est pas le traumatisme transgénérationnel, mais l’élaboration du concept de "sérendipité".

On pourrait reprocher un manque de précision et de concision à l’auteur, qui définit ce concept tantôt comme un mi-chemin entre "le hasard et la nécessité, l’espoir perdu et l’espérance, la foi du charbonnier, la naïveté de l’enfant et la sagacité", tantôt comme "l’importance des rencontres fortuites heureuses et bénéfiques, et le fait, le don de saisir la chance au passage". Pour distinguer la sérendipité de la synchronicité jungienne, elle s’en sort par une pirouette, énonçant qu’il s’agit de "quelque chose de plus" (même si l’on retient que contrairement à la synchronicité qui est un événement apparemment fortuit amenant du sens, la sérendipité est une coïncidence toujours positive, qui amène un bonheur, un événement heureux). Mais Anne Ancelin Schützenberger montre fort bien que c’est précisément dans cette nébuleuse que réside - pour le moment - tout l’intérêt du concept.

Son but n’est clairement pas de nous livrer une idée polie, rigide et à ranger dans un tiroir. Il serait plutôt de proposer un concept (dont l’origine est un conte d’Horace Walpole narrant les aventures des trois princes de Serendip, jalonnées de coïncidences propices et de dénouements toujours heureux) à l’état brut, nécessitant d’être délimité et défini. En somme, ce livre est une invitation à la réflexion, à la recherche, à la lecture, et même à l'écriture d'autres ouvrages plus scientifiques ou plus poétiques. Car la sérendipité, probable objet de recherches interdisciplinaires à venir, encore trop peu exploré pour être véritablement théorisé ici, est à la croisée des chemins entre l’art, la philosophie, la médecine ou encore la neuroscience.

Et si ce texte - qui est aussi un recueil de conférences - se lit précisément avec plaisir, c’est que, riche de ses quatre-vingt-dix ans (et lesquels !), l’auteur est à même de nous soumettre une vision personnelle et vécue de la sérendipité (rencontres providentielles, vie sauvée pendant la guerre …). De même, la multitude de cas cliniques que la thérapeute a glanés au fil de sa longue carrière permet de repérer les rouages des "coïncidences" apparemment malheureuses (maladies) qui ne sont en fait que des créations inconscientes que l’on peut, grâce au plaisir de vivre, inverser, renverser vers le bonheur, vers la sérendipité#nf#