Dans l’intimité de l’ "homme plume"

Le projet de numérisation des scénarios, brouillons et manuscrits du roman de Flaubert Madame Bovary a été initié par la Bibliothèque municipale de Rouen il y a une dizaine d’années.

Ces pages noircies par Flaubert entre septembre 1851 et mars 1857 aboutissent à la version finale de son roman. L’auteur parle lui-même dans une mettre à Louise Collet de l’intérêt qu'elle pourra trouver à lire le manuscrit de son texte : "Tu verras par quelle mécanique compliquée j’arrive à faire une phrase." (Lettre du 15 avril 1852).

Toutes les phases de la genèse du roman sont préservées dans cette base de connaissance inédite, composée de près de 15 000 fichiers . Le spécialiste et le curieux peuvent  observer  l’intensité des phénomènes de réécritures, de la dilatation de la rédaction (dans les marges, les interlignes) à sa condensation (ratures, rayures, innombrables remords) avant l’ultime test du "gueuloir".

Cette numérisation constitue à la fois un instrument de travail précieux pour les universitaires, qui peuvent ainsi facilement accéder à la gestation d’un style , et un objet d’émotion pour le passionné de l’œuvre, qui entre ainsi dans les coulisses d’un travail rédactionnel ardent et acharné. On n'oublie pas alors que Flaubert a avoué "Madame Bovary, c'est moi" ; c'est l'auteur que l'on retrouve, dans l'intimité des ratures.



Un travail d’équipe au service de la Bovary

Le réseau de transcritpteurs a réunit 130 personnes de dix-sept pays dans le monde, qui ont répondu à une invitation lancée sur Internet par les coordinateurs du projet. À ces bénévoles de 16 à 76 ans s'ajoute une vingtaine de classes de seconde, qui ont travaillé avec leur professeur. Un dossier passionnant revient sur l'histoire de cette transcription et retrace la mise en place du chantier, l'organisation du travail, les conséquences du bénévolat, l'aide d'Internet, les difficultés rencontrées et les apports et limites du numérique dans cette entreprise.

À raison de plusieurs heures de travail pour retranscrire un manuscrit, il fallait plus d’une centaine de minutieux artisans pour respecter des délais raisonnables. Cinq ans auront été nécessaires pour le classement génétique des brouillons et manuscrits  et cinq autres pour transcrire et numériser les feuillets ; plus d'années qu'il en a fallu à Flaubert pour écrire son roman#nf#