Philosophie

Philosophie du langage (et de l'esprit)

Couverture ouvrage

Franois Rcanati
Gallimard , 268 pages

Disclaimer

Ophélia Deroy a travaillé dans le même laboratoire que François Récanati.

Le tournant pragmatique de la philosophie du langage (et de l'esprit)
[mercredi 25 fvrier 2009]


Un parcours raisonné et engagé parmi les grandes problématiques et les figures clés de la philosophie du langage contemporaine.

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Dans cet ouvrage introductif, François Récanati propose un parcours raisonné et engagé parmi les grandes problématiques et les figures clés de la philosophie du langage contemporaine, en mêlant réflexions générales sur le statut du langage et de la signification, et analyses détaillées d’exemples et de théories.

Auteur de La Transparence et l’énonciation  du Sens littéral , et plus récemment de Perspectival Thought , François Récanati propose dans cet ouvrage à la fois un panorama des problèmes et des positions contemporaines en philosophie du langage, et un parcours raisonné qui mène des difficultés de la sémantique référentielle aux piliers de la conception pragmatique dont il est un robuste défenseur et l’un des principaux théoriciens. C’est au long de ce parcours que la parenthèse du titre acquiert différentes valeurs, et que se modifient les enjeux philosophiques d’une étude détaillée du langage – car comprendre comment les mots parviennent à parler des choses, existantes ou non-existantes, éclaire la façon dont nos pensées, ou représentations mentales, parviennent à représenter le monde.

Conçu à partir de matériaux de cours, l’ouvrage est clair, précis, et évite cependant la forme du manuel, pour se présenter comme un véritable essai.

Quel intérêt philosophique se dégage en effet de l’étude minutieuse d’énoncés comme "Le roi de France est chauve", "Il fait beau", "Emile Ajar est Romain Gary" ? L’une des premières vertus de l’ouvrage, pour ceux qui ne sont pas familiers de philosophie du langage, est d’aller voir ce qui se passe sous la surface de ces énoncés apparemment banals, mais plus retors qu’ils ne paraissent. Loin des déclarations grandiloquentes sur le "pouvoir des mots", et le "tout est interprétation", c’est bien à l’étude de cas qu’il s’agit de s’atteler – une étude où les exemples se présentent comme autant d’énigmes, dont il s’agit de saisir la portée plus générale : si je dis "le roi de France est chauve", alors qu’il n’y a pas de roi en France, ai-je dit quelque chose de faux ? Ou bien ai-je dit quelque chose qui n’a tout bonnement pas de sens ? Que se passe-t-il de façon plus générale dans les cas où nos énoncés comportent des termes qui n’ont pas de référence dans le monde actuel ? Si je dis "Emile Ajar est Romain Gary", et que je reconnais par ailleurs que "Romain Gary est Romain Gary", pourquoi me semble-t-il avoir dit quelque chose de plus informatif dans un cas que dans l’autre ? Que peuvent nous apprendre les énoncés d’identité ? Si je dis "Il fait beau", en me tenant sous la tour Eiffel le lundi 1er mai 2008, et que vous dîtes "Il fait beau" à la terrasse d’un café new-yorkais le mardi 7 novembre 2004, avons-nous dit la même chose ? Le sens d’un énoncé ne dépend-il pas en partie du contexte dans lequel il est prononcé, voire des intentions et de l’état d’esprit de son locuteur ?
 
Le second intérêt, qui découle presque immédiatement du second, est de voir que la résolution de ces problèmes requiert l’élaboration de modèles généraux de la signification – et que ceux-ci peuvent prendre des voies très différentes. Suffit-il, comme on le pose à la suite de Frege, de saisir les conditions de vérité des énoncés, conçues comme absolues, indépendantes et objectives, ou bien faut-il plutôt prendre en compte le contexte d’énonciation, et les intentions des locuteurs ? Ne doit-on pas prendre ces deux aspects en compte ? C’est ici que François Récanati défend une solution pragmatique originale – qu’il resitue dans la généalogie des travaux de Kaplan, Perry, Austin et Grice – dont il s’attache à faire ressortir une ambitieuse conclusion : le langage n’acquiert de signification qu’en contexte, que "situé", et le sens fait donc strictement partie du monde. Le projet qui est esquissé dans ce bref ouvrage en dépasse alors très certainement le cadre, mais se donne en tout cas à saisir dans toute sa radicalité. Charge à ceux qui le refusent – ou veulent le poursuivre – de s’atteler à d’autres lectures, que la bibliographie fournie et détaillée n’oublie pas de mentionner.

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