<p>Les rouages du marasme financier et &eacute;conomique actuel expliqu&eacute; par deux anciens collaborateurs de Strauss-Kahn. Et l'esquisse d'une sortie de crise.</p>

La crise actuelle du capitalisme financier suscite la publication de nombreux essais. Une sorte de vulgate s’est déjà installée, parfois sous la plume d’économistes qui n’avaient rien prévu, mais qui se prononcent avec le même ton de certitude qu’hier. À quelques variantes près, le déroulement est balisé : la crise financière est le produit d’une maladie spéculative du crédit, avec des produits de plus en plus sophistiqués et mensongers, elle trouve ses origines conjoncturelles dans l’éclatement de la bulle immobilière américaine, qui a entrainé avec elle des défauts de paiement en série sur les prêts "subprimes". Après une période d’apparente accalmie, l’été et l’automne 2008 ont connu la faillite de grands établissements bancaires et financiers qui a suivi, l’effondrement de Lehman Brothers en constituant le point d’orgue ; puis l’intervention massive des États qui constitue un fait majeur ; mais qui n’empêche pas la crise financière de se muer en crise économique et sociale, avec fermetures d’entreprises, augmentation du chômage partiel, et des licenciements, de la pauvreté. Les prolongements politiques se manifestent déjà dans plusieurs pays, la Grèce, l’Islande, les Pays Baltes, etc… Si les interrogations demeurent sur la date de la sortie de crise, peu doutent que l’économie reparte, épurée, et peut-être même renforcée. Et les remèdes se ressemblent largement, l’assainissement du système bancaire, avec de nouvelles règles, des progrès dans la gouvernance européenne et mondiale, etc…


Des causes systémiques

Le livre de Mathieu Pigasse et de Gilles Finchelstein recoupe évidemment ce "récit" qui présente évidemment des éléments de vérité. Mais il permet d’aller plus loin. D’abord parce que dans le diagnostic de la crise, il ne déconnecte pas les différents domaines, la finance de l’économie dite réelle. C’est un système qui est en cause, avec des exigences de rémunération du capital trop élevées, des salaires trop faibles pour la grande majorité de la population active, un privilège donné exclusivement au court-terme. Si la responsabilité des banques est en cause, avec la perte de la notion de risque, celle des États n’est pas moins patente, qui ont accepté et souvent défavorisé un "gigantesque dérèglement". L’échec du modèle anglo-saxon est donc déclaré. Intéressantes également, sont les pages où les deux auteurs analysent le moment où en novembre et décembre 2008, l’économie mondiale est passée "au bord du gouffre". Les réactions – notamment américaines – qui, dans l’instant, ont été appréciées pour leur rapidité, paraissent, avec le recul, trop faibles. En particulier la coordination – malgré les efforts européens – n’a pas été à la hauteur.



Mais le problème est plus profond...

La crise actuelle est donc "globale", "systémique" et difficilement maîtrisable. C’est là que se marque davantage l’originalité du propos. Car l’analyse s’élargit – et ne demeure pas trop technique. Ce sont les traits du monde nouveau surgissant de la crise qui constituent le cœur du livre. Les auteurs examinent la situation des grands pays et zones économiques, les États-Unis évidemment, les pays du G7, les grands pays émergents. Ce tour d’horizon les amène à pointer deux problèmes majeurs pour demain, qui concernent singulièrement pour les pays européens : d’une part le danger d’une perte de contrôle des entreprises nationales et européennes, menacées par les fonds souverains, et d’autre part les risques de faillite d’États – l’excès d’endettement privé étant actuellement substitué par un surcroît d’endettement public.


... Et les solutions préconisées plus larges


Ces constats dictent largement les préconisations qui terminent ces analyses. Sept verbes permettent de tracer un programme d’action. Restructurer, en allégeant la dette des ménages. Relancer pour lutter contre la "stag-déflation" à l’aide d’une baisse des taux d’intérêts et de grands programmes d’investissement. Intégrer, en allant plus loin dans l’intégration européenne, et en tentant de construire une union franco-allemande (ce vers quoi l’on n’a pas vraiment pris le chemin…). Partager, en revenant sur un trop inégal partage des revenus. Protéger, non par un retour au protectionnisme, qui créé des problèmes plus graves qu’il n’en résout, mais par des dépenses coordonnées, qui posent clairement en revanche la question de la nationalité des entreprises. Réglementer, un domaine où les auteurs retrouvent des idées déjà largement exposées sur le système financier. Enfin, réguler les déséquilibres mondiaux, en donnant un rôle majeur et renouvelé au FMI.

Mathieu Pigasse et Gilles Finchelstein, qui sont deux anciens collaborateurs de Dominique Strauss-Kahn, parviennent non seulement à bien expliquer les mécanismes de la crise financière et économique actuelle en termes aisément compréhensibles (ce qui ne gâte rien), mais ont également l’ambition d’apporter des réflexions et des propositions pour redonner un contenu à une social-démocratie d’aujourd’hui et esquisser ce que pourrait être une sortie de crise. Ils proposent ainsi des solutions rompant avec le dernier quart de siècle dominé par le modèle libéral#nf#