Cinéma

Les Vampires de Louis Feuillade

Couverture ouvrage

Gilbert Lascaut
Yellow Now , 104 pages

Les Vampires mis à mal
[lundi 09 fvrier 2009]


Un texte informatif qui privilégie la paraphrase "poétique" à l'analyse proprement dite.

La petite collection Côté Films de Yellow Now, dont on a déjà souvent rendu compte, montre ici quelques signes d’essoufflement et sans doute les limites inhérentes à un type d’écriture volontairement entre-deux, ni tout à fait intime, ni pour autant universitaire. Gilbert Lascault, éminent écrivain et critique d’art, à la fois professeur émérite en philosophie de l’art et régent de tératoscopie et dinographie au Collège de pataphysique, avait apparemment tout pour faire surgir le meilleur des Vampires, ce feuilleton en douze épisodes horrifiques et merveilleux sortis en 1915-1916.

 

Une écriture pas toujours à la hauteur du feuilleton

Malheureusement, le mélange des tons, si plaisant chez Feuillade, est réduit dans le livre à un entrelacement de tirades où Gilbert Lascault se parle à lui-même plus qu’il tutoie le lecteur, à une juxtaposition de longues tartines qui sentent le dictionnaire des synonymes, de rapprochements "subjectifs" et de perfusions de savoir, compilations d’éléments venus d’ouvrages déjà publiés, notamment du spécialiste en la matière, Francis Lacassin, ou de comparaisons empruntées à des poètes ou des artistes (Baudelaire, Breton, Aragon, Desnos, Ernst, n’en jetez plus…). Certes la lecture du petit livre est susceptible d’apporter de nombreuses précisions à celui qui a vu les films, depuis la généalogie et le mythe de la figure de Musidora jusqu’au paradoxe naturaliste et symbolique qu’est la chauve-souris, il peut aussi susciter un agacement croissant devant des associations d’idées qui, à force de chercher une beauté à la Lautréamont, en font affleurer tout l’artifice.

Le mieux est encore de laisser s’exprimer l’auteur et le charme agir, ou non, dès la page liminaire : "Les épisodes disparates des Vampires, leur logique déraisonnable te désorientent et te guident ; ils te déroutent et t’aiguillent ; ils déconcertent et règlent ; ils dérivent et ajustent. Ils supposent une précision de l’absurde, une méthode de l’aberration, l’exactitude de l’incertain, le contrôle du trouble. Tu parcours les pistes de l’inimaginable, les sentiers de la sensualité à demi voilée, les détours des délices et des frissons. […] Récemment, vers 2007, sur un mur de la Butte aux Cailles, l’artiste Miss.Tic inscrit au pochoir : "Redouter ce que l’on souhaite. Souhaiter ce que l’on redoute". Or, chaque fois que tu revois les Vampires, tu redoutes ce que tu souhaites et tu souhaites ce que tu redoutes." 

On aura aussi l’occasion de lire une comparaison sidérante, non pas entre un parapluie et une machine à coudre, mais entre l’héroïne des Vampires et une publicité pour Kookaï  qui n’oublie pas de conclure, culture oblige, sur la reprise de la figure mythique de Musidora en collants noirs par Assayas, dans Irma Vep (1996) – mais sans pousser plus loin l’analyse : "Maggie Cheung, la star de Hong-Kong des films spectaculaires d’action, serait une sœur (ou une nièce asiatique) de Musidora. Les autres comédiens sont Jean-Pierre Léaud, Nathalie Richard, Antoine Basler, Nathalie Boutefeu ; Jean-Pierre Léaud serait un ténébreux cinéaste français, un descendant de Louis Feuillade." .

La "subjectivité artiste" ne se loge finalement que dans l’arbitraire des rapprochements culturels, arbitraire double au sens où il ne prend pas la peine de viser l’exhaustivité, et encore moins de justifier sa pertinence heuristique . Une sorte de comble est atteint avec cette interrogation : "Tu te demandes si Oussama Ben Laden a vu des films de Louis Feuillade ou s’il a lu les romans de Sax Rohmer : les aventures du mystérieux Docteur Fu Manchu" . Le lecteur de se demander si sa vision du sérial est forcément bouleversée de cette question inédite, à moins que ce ne soit son appréciation du plus spectaculaire des terroristes du XXème siècle…

Bref, "tu" l’auras compris, "tu" serais peut-être séduit par le livre de Gilbert Lascault sur l’immense et haletante série des Vampires, mais je le suis moins par cet essai hybride qui, au lieu de faire surgir de l’inconnu de sa forme nouvelle, ne fait le plus souvent que plaquer la "poésie" des faubourgs parisiens sur un solide fond de connaissances référencées. Et quitte à promouvoir un ouvrage de Yellow Now sur un film de vampires, je recommanderai plutôt celui de Jacques Aumont sur le Vampyr de Dreyer, universitaire, certes, mais solide et lumineux .

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