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Société

Quel avenir pour nos universités ? Essai de politique universitaire

Couverture ouvrage

Alain Renaut
Timée , 238 pages

Fac simulée
[mercredi 04 fvrier 2009]


Une réflexion bien illustrée qui aborde des sujets sensibles sans céder à la caricature.

Préoccupé par les problématiques universitaires depuis plusieurs décennies, Alain Renaut clôt avec l’ouvrage Quel avenir pour nos universités ? Essai de politique universitaire, une longue réflexion sur notre enseignement supérieur. Directeur de l’Observatoire européen des politiques universitaires à l’université Paris-IV, ce professeur de philosophie politique livre un point de vue original sur les enjeux de l’Université, dont le traitement est trop souvent laissé aux sociologues ou aux historiens. Il nous rappelle d’ailleurs que les philosophes, et plus spécifiquement les compatriotes de Kant, s’étaient saisis de ce sujet au XIXe siècle.

L’ouvrage, censé définir les contours d’une politique universitaire, ne pouvait s’abstenir d’établir un état des lieux de l’organisation de notre système d’enseignement supérieur et de ses fonctions dans notre société. Alain Renaut y met en évidence cette singularité française qui fait coexister un système ouvert (les universités) où le seul critère d’entrée est l’obtention du baccalauréat, et un système sélectif (les écoles supérieures) accessibles après une sélection sur critères intellectuels et/ou financiers. S’appuyant sur cet état de fait, les scénarios d’évolution envisagés par Alain Renaut sont bien pessimistes : l’alternative posée entre "développement des écoles comme avenir de l’enseignement supérieur" ou "cancérisation du système d’enseignement supérieur", peu réjouissante, s’avère bien argumentée.

Mais les principaux constats sur lesquels reposent ces scénarios sont incontestables : l’Université, qui produit beaucoup d’échecs, ne permet pas à ses étudiants de prendre les mêmes trajectoires sociales et professionnelles auxquelles peuvent aspirer les élèves des écoles supérieures. S’il est vrai que l’institution universitaire offre aux étudiants "[la] proximité d’un savoir vivant qui libère en eux des potentialités d’arrachement à ce qu’ils sont et leur ouvre la possibilité de forcer leur destin", l’Université apparaît en réalité comme "un puissant réducteur d’ambitions". Sans céder à la tentation décliniste, l’auteur finit par lancer : "les universités françaises trahissent ce qu’elles promettent".


Retour aux sources

Face aux difficultés de l’Université et aux interrogations sur ses fonctions dans la société contemporaine, un aperçu historique de la construction des universités n’est pas superflu. Beaucoup d’intervenants dans ce débat seraient bien inspirés de lire le deuxième chapitre de ce livre où l’on apprend que le désir d’autonomie est intrinsèque aux universités qui ont voulu s’émanciper, dès le Moyen Âge, des pouvoirs monarchique et ecclésiastique de l’époque ; et on sera également - relativement - surpris d’apprendre que les universités, encore une fois dès leur configuration médiévale, ont une vocation professionnelle même si la loi ne leur reconnaît une mission d’ "insertion professionnelle" que depuis la loi relative aux libertés et responsabilités des universités (LRU) de 2007.

Alain Renaut n’esquive pas les épineux sujets relatifs à l’Université et examine ses deux échecs : la faillite du système d’orientation qui aboutit à une sélection négative (par l’échec) et les difficultés d’insertion professionnelle des étudiants. Pour y répondre, il refuse l’instauration d’une sélection à l’entrée de l’université tout en affirmant qu’une telle option ne doit pas en interdire d’autres. L’orientation doit être revue pour mieux encadrer les choix des étudiants et les contenus des cycles repensés pour faire plus de place à la culture générale en licence, avant une spécialisation en master. L’auteur incline pour une sélection à l’entrée du master même s’il suggère d’ouvrir un large débat sur le sujet. Alain Renaut n’omet pas, par ailleurs, de rappeler que l’Université, conformément à sa mission d’insertion professionnelle, se doit de se soucier du devenir de ceux qui viennent d’y former. Elle ne peut s’affranchir de cette responsabilité qui consiste à donner aux étudiants les connaissances et compétences qui leur permettront de s’épanouir en hommes libres dans la société.

L’ouvrage n’est globalement pas dénué de propositions concrètes. Celles-ci sont d’autant plus cohérentes qu’elles sont pour certaines alimentées d’exemples de réalisations dont l’auteur est lui-même artisan dans son université. Abordés sous l’angle de l’égalité des chances, les enjeux sociaux de la politique universitaire ne sont pas oubliés mais gagneraient à être développés. Les conditions d’études, lorsqu’elles poussent chacun vers la réussite, contribuent à l’efficacité de notre système d’enseignement supérieur et à son rayonnement international. La philosophie politique peut, sans aucun doute, nous aider à mieux saisir ce qui se joue dans ce domaine, en particulier en termes de solidarité nationale et d’investissement dans la jeunesse.

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1 commentaire

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Toyotsu

07/02/09 13:42
Je ne comprends pas le titre de larticle. Le jeu de mots semble être gratuit; rien dans larticle ne lexplicite, ce qui est malheureux parce que le simulacre institutionnalisé déducation est, par exemple, la thèse développée par Brian McVeigh sur les universités japonaises (Japanese Higher Education as Myth [2002]), et on sattendait donc à une étude comparative.

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