Littérature

Grand beau temps. Aphorismes et pensées choisies

Couverture ouvrage

Philippe Sollers
Le Cherche midi , 121 pages

Sollers : la joie communicative
[vendredi 30 janvier 2009]


L'ensemble de l'œuvre de Philippe Sollers réduite en un livre de 120 pages.

Un livre multiple

Ce livre n’est pas un, il est multiple, il est légion. Imaginez l’ensemble de l’œuvre de Philippe Sollers – variée s’il est en car elle recouvre tous les genres : roman, essai, journal, monographies d’artistes, entretiens – réduite dans ce livre de 120 pages : trente ans de littérature condensés dans ce volume de la collection dirigée par Vincent Roy, intitulée "styles" (ce n’est pas un hasard, tout est style chez Sollers : "Le style, c’est l’homme même, pas celui que les autres, ou la société, voient ou croient").

Lorsque Vincent Roy propose à Sollers de collecter au fil de son œuvre ces pépites autonomes que sont les maximes ou pensées qui fleurissent sous sa plume, l’écrivain lui indique qu’un jeune homme de Rouen, Guillaume Petit, a déjà entamé le travail : c’est donc lui qui conçoit et réalise cet ouvrage. Le but de l’exercice : faire "apparaître une nouvelle dimension des livres de Philippe Sollers". Exit l’intrigue, la fiction, le "cinéma" du roman, pour ne garder que l’essentiel de ce qui fait la spécificité de Sollers : sa pensée – Sollers est un romancier qui pense, ce qui ne s’avère pas banal.


Un art de vivre

Quoi de neuf, en pays de Sollers ? Rien de spécial : depuis ses débuts, l’écrivain a ses obsessions, ses guerres : les femmes ("je n’aime que les femmes qui aiment réellement les femmes : comme vous savez sans doute, c’est très rare"), le sexe (pourtant : "Sex is so nothing"), la littérature, l’hypocrisie, la morale, le catholicisme, le temps (a-t-on réellement pris la mesure de cette phrase placée en exergue : "Le temps qu’on nous inflige n’est pas celui que je dis" ?).

Le lecteur feuilletant ses pensées est face à un portrait aux mille et une facettes, chaque phrase étant un miroir où se reflète leur auteur : "Ce qui me frappe d’abord, c’est mon absence de culpabilité. Toute ma vie, j’aurai plus ou moins essayé d’apprendre, comme on m’y invitait, à me sentir coupable. Je n’y arrive pas, je l’avoue… Je me sens innocent…" À l’instar des personnages d’Hitchcock, il est un innocent dans un monde coupable. Tout incite à la culpabilité, à la gravité, à la pesanteur voire à la lourdeur : Sollers préfère la légèreté, rejette l’esprit de sérieux qui envenime tout.    

Il esquisse un art de vivre qui serait aussi un art de jouir ou d’écrire – tout est lié, évidemment : "Pour savoir écrire, il faut savoir lire, et pour savoir lire il faut savoir vivre." Il défend le paradis contre la propagande qui le prétend ennuyeux: "Le paradis est mal vu", il vante les mérites du dix-huitième siècle – son siècle entre tous –, qui selon lui n’est pas derrière nous, mais bien plus en avance que nous.

Un art de vivre, oui, une discipline de plaisir qui confère sa saveur à la vie : "Je crois à ce qui me fait plaisir. Me transporte. M’enchante. M’allège. Me donne le sentiment d’un salut. Raisonnable, non ?" Aussi, avec lui, il est plus que temps d’être raisonnable.

Vous n’êtes pas obligé de croire, ni de comprendre, tout ce que ce Sphinx énonce, faites votre propre chemin à travers ces phrases parfois contradictoires, souvent percutantes, soyez légers ; la meilleure façon de lire ce(s) livre(s) est de l’ouvrir au gré du hasard, découvrir une pensée et la faire tourner dans sa tête, dans sa bouche, ainsi qu’une sucrerie : et c’est alors, par-delà les nuages qu’on nous inflige, le grand beau temps annoncé dans le titre : la joie communicative.
 

Commenter Envoyer  un ami imprimer Charte dontologique / Disclaimer digg delicious Creative Commons Licence Logo

9 commentaires

Avatar

Odilon

30/01/09 17:38
Arrêtez de faire passer des vessies pour des lanternes et des badernes pour des Lumières ! Quelle reluisante chronique, est-ce la chronique libertaire de la Pravda ?
Le style n'est pas Sollers, "redde caesari qui sunt caesaris et Charlie Charlot". Avant l'inexistant Vincent Leroy et le gesticulateur Sollers les mots eurent l'impolitesse d'appartenir à d'autres. Ainsi sous sa plume dans les Ecrits et maintes fois dans ses transes conférencières, Lacan s'était approprié l'expression, l'ayant chipée lui même, mais en citant ses sources, à la dissertation bien gratuite et "bouffonnante" de Buffon.
Ah les petits clergeons de l'édition parisienne, prêts à toutes les compromissions pour se voir collationner une prébende chez Gallimard ! Alors avis aux genoux, quitte à être Cathophiles, prêtaient un peu le flanc à la culpabilité ; à cuisiner du cassoulet sans gras, on se garde du plaisir sans s'éviter les gaz...
Messieurs.


Buffon, discours sur le style, 1753.
Ici, Messieurs, l'application ferait plus que la règle; les exemples instruiraient mieux que les préceptes; mais, comme il ne m'est pas permis de citer les morceaux sublimes qui m'ont si souvent transporté en lisant vos ouvrages, je suis contraint de me borner à des réflexions. Les ouvrages bien écrits seront les seuls qui passeront à la postérité: la quantité des connaissances, la singularité des faits, la nouveauté même des découvertes, ne sont pas de sûrs garants de l'immortalité: si les ouvrages qui les contiennent ne roulent que sur de petits objets, s'ils sont écrits sans goût, sans noblesse et sans génie, ils périront, parce que les connaissances, les faits et les découvertes s'enlèvent aisément, se transportent et gagnent même à être mises en oeuvre par des mains plus habiles. Ces choses sont hors de l'homme, le style est l'homme même. Le style ne peut donc ni s'enlever, ni se transporter, ni s'altérer: s'il est élevé, noble, sublime, l'auteur sera également admiré dans tous les temps; car il n'y a que la vérité qui soit durable, et même éternelle. Or un beau style n'est tel en effet que par le nombre infini des vérités qu'il présente. Toutes les beautés intellectuelles qui s'y trouvent, tous les rapports dont il est composé, sont autant de vérités aussi utiles, et peut-être plus précieuses pour l'esprit humain que ceux qui peuvent faire le fond du sujet.
Avatar

jpvannier

31/01/09 15:22
J'imagine que ce texte a été écrit par un Fatal Flatteur.
Avatar

Sucrerie

01/02/09 13:35
Époustouflant article. J'espère vraiment pour son auteur que le style n'est pas vraiment l'homme (quelle formule niaise au passage, comme presque toutes celles de Sollers que vous citez, et qui me semblent se particulariser justement par leur absence de pensée). Tout ça ne donne envie ni de suçoter du Sollers pour s'endormir, ni de suçoter les phrases poussives de M. Bermann ("Ce livre nest pas un, il est multiple, il est légion. ", hilarant). Ce qui est vraiment dommage, c'est qu'on m'avait dit que le fait que nonfiction soit un magazine écrit par de jeunes auteurs, disposant de la liberté du net, permettait une parole neuve, intelligente, incisive. Ici, c'est de l'idolâtrie, et de littéraire, rien. Vive la critique. Je m'en retourne sur ce faire tourner dans ma bouche et dans mon esprit du Sollers sucré. Bon appétit bien sûr.
Bien à vous.
Avatar

nerval

01/02/09 21:50
Au secours.... Platitudes et flagorneries, voici que je découvre le plus mauvais article du site non-fiction.....
Avatar

diabolicus

02/02/09 00:21
De 2 choses l'une : ou monsieur Mathieu Bermann est un sacré lèche-botte sans scrupule cherchant un emploi, ou bien c'est un pseudo de ce cher Philippe...
Avatar

Durand

02/02/09 12:42
On est pas pour la censure, on n'a même pas de colère contre Sollers, mais de grâce, il ne faut pas publier des articles à ce point faisandés...
Avatar

graccus

02/02/09 13:01
Merci Monsieur Bermann pour votre bel article sur Sollers. Il n'est pas facile d'être un grand écrivain en France dans l'atmosphère actuelle de débâcle intellectuel et tant pis pour les pisse-vinaigre, les médiocres et les jaloux qui, s'ils ne comprenent pas le génie de Sollers pourraient au moins avoir la pudeur de se taire.
Avatar

aspho

02/02/09 18:41
Apparemment, les pensées bienfaisantes n'ont pas leur place dans la littérature....
Sollers ne fais jamais l'unanimité... heureusement!!!
Je n'ai pas encore lu son livre, mais je vais le faire avec empressement. Si j'en crois Mr Bermann, enfin un livre qui nous donnerais un peu d'air, de plaisir, de légèreté...
N'en déplaise à certain, la pensée n'est pas unique...et il y a des livres qui font du bien....
Avatar

LANTERNE

02/02/09 19:00
Heureusement qu'il y a de temps en temps des critiques positives, voire élogieuses, sinon nous ne lirions plus beaucoup...ou plutôt..., nous n'aurions plus envie de lire...

Déposez un commentaire

Pour déposer un commentaire : Cliquez ici

A lire aussi dans nos archives...
A propos de Nonfiction.fr

NOTRE PROJET

NOTRE EQUIPE

NOTRE CHARTE

CREATIVE COMMONS

NOUS CONTACTER

NEWSLETTER

FLUX RSS

Nos partenaires
Slate.fr