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Histoire

Québec, capitale de la Nouvelle-France 1608-1760

Couverture ouvrage

Litalien Raymonde
Les Belles Lettres , 236 pages

Quand Québec dirigeait l'Amérique
[mercredi 07 janvier 2009]
Pour le 400e anniversaire de la ville de Québec, un ouvrage grand public qui dépeint deux siècles d'histoire de Québec et de la Nouvelle-France.

Pour célébrer le 400e anniversaire de la fondation de la ville de Québec, la collection "Guide Belles Lettres des civilisations" a récemment publié un ouvrage consacré à cette ville qui fut, entre 1608 et 1760, la capitale administrative de la "Nouvelle France".

Un plan en deux parties, des sous-parties très marquées, des paragraphes courts et les points principaux en gras, toute la mise en page est conçue pour guider le lecteur pas à pas. Aucune chance qu'il se perde dans ce "jardin à la française". Ceci ravira quiconque doit présenter un exposé sur le sujet dans les 48 heures mais pourra irriter le lecteur simplement curieux.

Pourtant, malgré ce carcan scolaire, ce livre, dont la rédaction a été confiée à l'historienne et archiviste québécoise Raymonde Litalien, répond toutefois à son objectif affiché : proposer un ouvrage court et grand public brossant un portrait du Canada français des XVIIe et XVIIIe siècles.


"Québec et son territoire"

La première partie du livre présente l'environnement historique et géographique puis décrit à grands traits l'organisation politique et économique de la "Nouvelle France" et de Québec, son centre politique et administratif.

Elle évoque les grandes phases du développement de la présence française. D'abord la période d'exploration menée par Giovanni Verrazzano sous François Ier, suivi par Jacques Cartier puis par Jean-François de la Roque de Roberval entre 1534 et 1543 à la recherche du passage du Nord Ouest vers l'Orient et de richesses minières. Vient ensuite la période des premières tentatives d'installation permanente. Une colonisation difficile déléguée par le Roi à des compagnies de commerce en échange du monopole du commerce sur ces nouvelles terres. Après plusieurs échecs, la fondation en 1608 de Québec par Champlain marque une étape majeure de l'installation des Français dans la région. Cinquante-cinq ans plus tard (1663), la "Nouvelle France" devient une colonie royale gérée comme une province française. Elle le restera jusqu'à la prise de Québec en 1759 et l'instauration du pouvoir britannique sur l'ensemble des possessions françaises au Canada.

L'auteure décrit ensuite la géographie des territoires que découvrent les colons français qui s'installent à Québec. Elle fait bien sûr la part belle au climat et à l'hiver, obstacle au développement de la colonie, et insiste également sur l'importance des fleuves et rivières, principaux moyens de transport et d'exploration. Le Saint-Laurent puis du Mississippi permettent aux explorateurs français suivis par les marchands, militaires et missionnaires de revendiquer au nom de la Couronne de France un territoire gigantesque qui s'étend de Terre Neuve au Golfe du Mexique.

Inuits, Iroquoiens, Algonquiens, Béothuks : Raymonde Litalien présente les nations amérindiennes du Nord Est qui entrent en contact avec les nouveaux venus et établissent des liens commerciaux. Ainsi, la rencontre entre Européens et Amérindiens paraît ici s'établir sous de meilleurs augures qu'en Amérique Centrale. Pourtant l'auteure souligne avec raison le terrible impact démographique que l'arrivée des Européens va faire peser sur les populations. Un siècle après l'arrivée des Européens en Amérique du Nord Est, la population amérindienne a été divisée par dix, victime principalement des maladies importées d'Europe mais aussi des guerres entre nations indiennes, soutenues et alimentées par les Français d'un côté, les Anglais et Hollandais de l'autre.

L'ouvrage traite ensuite de l'organisation politique et sociale de la colonie. Une organisation qui réplique le système en place en France : une stratification sociale dominée par une noblesse militaire, le clergé et les administrateurs civils, lesquels se voient attribués fiefs et seigneuries. L'organisation de la "Nouvelle France" devenue colonie royale après 1663, est parfaitement décrite. Par contre, on perçoit moins comment les compagnies de commerce, et notamment la Compagnie des Cent Associés, ont géré la colonie avant 1663 et quels étaient les liens entre la Couronne et ces intérêts privés.

Le problème de la sécurité de la colonie est l'une des raisons de l'administration directe de la colonie par le pouvoir royal à partir de 1663. La lutte pour le contrôle du marché de la pelleterie conduit tout au long du XVIIe aux guerres dites Iroquoises entre les nations amérindiennes soutenues par les Européens. D'autre part l'expansion territoriale française du Canada à la Nouvelle-Orléans bloque la croissance des colonies britanniques plus nombreuses. Raymonde Litalien montre dans ce contexte l'importance des alliances franco-indiennes, seul moyen de faire face à la pression anglaise.

Si l'ouvrage de décrit pas en détails les conflits entre la France et l'Angleterre tout au long de cette période, il évoque cependant la déportation tragique de 7000 Acadiens entre 1755 et 1762 dont beaucoup mourront dans ce "grand dérangement".

D'un point de vue économique, l'auteure décrit un système à proprement parler colonial. Une économie uniquement tournée vers la métropole, fournissant pour l'essentiel une matière première : les fourrures et peaux. Pour les produits manufacturés, le Canada est vu comme un débouché des productions de la métropole à laquelle il ne doit en aucune manière faire concurrence. Il est donc interdit à la "Nouvelle France" de transformer en vêtements ses pelleteries ou de développer des industries qui pourraient faire de l’ombre aux produits des manufactures françaises. La pêche dans les eaux de Terre-Neuve est quant à elle menée par des bateaux venus de France qui n'apportent quasiment rien à l'économie locale.

Descriptif, le livre ne nous précise pas dans quelles mesures ce système économique fermé a contribué à ralentir le développement du Canada français et peut être à en précipiter la chute.


"La vie quotidienne dans la vallée du Saint-Laurent"


Après ce panorama général, la seconde partie du livre présente cette fois les choses à "hauteur d'hommes" autour de quelques thèmes : le temps, la religion, les arts et la littérature, la vie privée.

Comme en France à l'époque, la vie quotidienne au Canada est essentiellement rurale, rythmée par les saisons et le calendrier religieux. Avec un hiver de 120 à 160 jours interdisant les activités agricoles et limitant les déplacements, c'est donc le rythme plus que les activités elles-mêmes qui diffère en Nouvelle-France. Saison par saison, l'auteure nous décrit les occupations des colons marquées par des périodes agricoles raccourcies et par la préparation dès l'automne de l'hivernage. L'hiver, période de faible activité économique, devient paradoxalement la saison des loisirs : chasse et pêche qui améliorent l'ordinaire mais aussi veillées et bals. C'est aussi en hiver que sont célébrés les mariages.

Autre caractéristique marquante de la Nouvelle-France, celle-ci est essentiellement peuplée d'hommes. Plus de cinquante ans après la fondation de Québec, la colonie est peuplée de deux fois plus d'hommes que de femmes. Face à la pression démographique des colonies anglaises, les autorités prennent différentes mesures "natalistes" : pensions annuelles allouées à partir de 1669 aux familles de plus de 10 ou 12 enfants, 20 livres offertes aux jeunes hommes se mariant avant 21 ans, encouragement des mariages mixtes avec des femmes amérindiennes, à condition que celles-ci soit christiannisées. Par ailleurs, en France, des orphelines ou jeunes filles sans dot, les "filles du roi" sont prises en charge par la Couronne pour aller fonder des familles en Nouvelle-France. À cet égard, l'auteure conteste l'idée reçue selon laquelle de nombreuses prostituées auraient été envoyées comme "filles du roi" au Canada.

Parallèlement, Raymonde Litalien montre également que les autorités politiques et religieuses s'efforcent de limiter les liens qui s'établissent entre jeunes hommes français et indiennes dans le Haut-Pays. Les coureurs des bois sont sévèrement dénoncés comme "libertins", non seulement à cause des liens tissés avec des indiennes mais aussi est surtout parce qu'ils défient l'ordre établi en se prêtant à la contrebande de pelleterie et en adoptant un mode de vie indépendant du cadre social importé de métropole.

La christianisation de ces nouvelles terres est un des objectifs qui apparaît dès l'origine de la colonisation. Pour le pouvoir religieux, fortement influencé par les idées de la Contre-Réforme, la "Nouvelle France" doit être un lieu de renouveau du catholicisme.  Richelieu interdira pour cette raison aux protestants français de s'y installer. À cet égard on notera combien la situation des premiers émigrants anglais est différente: les passagers du Mayflower qui débarquent en Nouvelle-Angleterre en 1620 sont des puritains protestants fuyant les persécutions de Jacques Ier.

Raymonde Litalien décrit le rôle important des ordres missionnaires, et en premier lieu des Jésuites, dans la prise de contact et les relations avec les nations indiennes du Haut-Pays. Ceux-ci jouent également un rôle essentiel dans les récits rapportés à la Cour de France (les "Relations" des Jésuites), les récits des Recollets et des Supliciens) pour justifier et maintenir l'effort de colonisation.

Ce livre montre que les efforts de francisation et de christianisation des nations indiennes ont été dans l'ensemble des échecs. Par contre l'attirance du mode de vie indien sur les jeunes colons d'origine française aura été un constant souci pour les autorités civiles et religieuses.


Vis à vis des colons français, l'Église tient un langage sévère dénonçant le libertinage, l'alcoolisme, la pratique du jeu et des bals mais ne peut instaurer des paroisses que dans les zones les plus peuplées de la vallée du Saint-Laurent. Il existe 35 paroisses en 1688 et 82 en 1721. En dehors de cette région, une quinzaine de prêtres seulement parcourent la Nouvelle-France. Le contrôle social exercé par l'Église sur les populations est donc moindre qu'en France dès que l'on quitte les centres urbains.

La langue est également un élément fondamental de l'identité des colons français installés au Canada. La grande majorité des émigrants venant de l'Ouest et de l'Ile de France, c'est le parler ce cette région qui s'impose agrémenté de termes indiens. En visite à Québec en 1720 le jésuite Charlevoix remarque ainsi dans son Journal "nulle part ailleurs on ne parle plus purement notre langue. On ne remarque même ici aucun accent". Catholicisme et langue française formeront la base d'une identité spécifique que les Canadiens français réussiront à maintenir sous domination anglaise après la chute de Québec en 1759 et de Montréal en 1760.


Avec cet ouvrage, Raymonde Litalien nous offre une initiation à un pan de l'histoire largement sorti de nos manuels d'histoire. Descriptif et peu analytique, le livre aiguise souvent notre curiosité en nous laissant parfois sur notre faim. Heureusement, la bibliographie relativement fournie pour un ouvrage grand public nous offre des pistes pour assouvir cet appétit.
Québec, capitale de la Nouvelle France permettra d'occuper agréablement un vol Paris-Montréal à moins qu'en ces temps de crise il ne s'agisse  que d'un aller-retour à Saint-Malo.
 

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