<p>Un livre &agrave; la lecture agr&eacute;able, remarquablement document&eacute; et illustr&eacute; qui traite son sujet dans une dynamique tr&egrave;s scolaire.</p>

Rédiger un ouvrage synthétique en archéologie n’est jamais une évidence. Au-delà de la difficulté primaire de la composition et de la réunion d’une quantité considérable d’informations, il s’agit également de cristalliser des opinions, d’opérer des choix et par là même de s’exposer aux ardentes critiques des sceptiques et divers opposants à toutes formes de manichéisme scientifique. 

Avec cet ouvrage, Danielle Elisseeff vient combler un manque dans la littérature francophone qui montrait quelques signes d’usure. L’ambition de ce manuel est, l’auteur le précise, de proposer une base, un cadre chronoculturel, iconographique et bibliographique au lecteur assidu. Dans la tradition des Manuels de l’École du Louvre, c’est donc l’aspect didactique qui est mis en avant, on ne peut alors qu’admirer l’accessibilité, la clarté et l’effort synthétique qui ne proscrivent pour autant rigueur, précision technique et objectif scientifique de l’ouvrage. 
 
Un Manuel avant tout.

Ce livre suit avant tout les règles de la collection, mais, répondant aux besoins de l’étude d’une surface telle que la Chine sur un laps de temps de prés de 7000 ans, incorpore également de nécessaires innovations.

La première partie du manuel est consacrée au "cadre événementiel" de l’étude. L’auteur y présente tout d’abord les mots qui "disent" la Chine (Zhongguo, le "Pays du Milieu"), leurs origines et leur histoire et définit par la suite l’espace géographique étudié (surface, topographie). Après ce court avant-propos, c’est la présentation diachronique des entités chronoculturelles à proprement parler qui débute à partir des premières cultures "néolithiques" à la moitié du VIIe millénaire av. J.-C avec la culture de Pengtoushan puis de Hemudu dans le bassin du Yangzi avec les premières attestations de la riziculture. Seront alors successivement présentées les plus grandes étapes culturelles et technologiques de la préhistoire puis de l’histoire de la Chine : associé à la dynastie mythique des Xia, le développement de la métallurgie dés 2400 av. J.-C. dans le Nord-Ouest puis le bassin du Fleuve Jaune, se manifestant sous la forme de petits objets tels que des haches, des couteaux puis des miroirs; l’apparition de la dynastie des Zhou et son territoire royal au milieu du XIe siècle av. J.-C. et l’évolution de la technologie du travail du fer; l’unification progressive du territoire sous l’empire des Qin à partir du IIIè siècle avant notre ère jusqu’au développement galopant de l’urbanisme et l’empire des Tang.

La deuxième partie de l’ouvrage est consacrée à l’analyse des œuvres et des sites archéologiques. Y ont été privilégiés les objets ayant été replacés dans un contexte archéologique précis et apportant des informations d’ordre chronologique et culturel fiable. Accompagnés d’illustrations de grande qualité, ces fiches s’appuient sur le cadre chronoculturel défini en première partie pour analyser des céramiques, des tombes, l’ensemble des 65 cloches du marquis Yi, une statuette photophore au visage d’argent, des parchemins, des briques décorées, bref autant de documents permettant d’étudier l’évolution chronologique des techniques, mais également de l’iconographie.

La troisième partie est enfin l’occasion d’aborder d’un point de vue analytique toutes ces données et de dépasser un tant soit peu la simple accumulation d’information. Danielle Elisseeff y aborde l’histoire de l’art et l’archéologie d’un point de vue historiographique, passe en revue les points cruciaux de la discipline.

Enfin, la quatrième et dernière partie regroupe les principaux instruments de travails intrinsèques au "manuel" tel qu’une bibliographie complète, des plans et croquis détaillés, une chronologie récapitulative, la liste des œuvres et des sites analysés ainsi qu’un sommaire.

Si cette construction peut nuire à la fluidité de la lecture et donner parfois une impression de confusion, elle permet toutefois d’optimiser l’utilisation de l’ouvrage en tant qu’outil. De ce point de vue, nous ne pouvons encore que constater son efficacité et sa pertinence.


Art et Archéologie ?

Si cet ouvrage constitue sans nul doute un outil sinon indispensable du moins central pour qui veut pénétrer l’histoire de l’art chinois, il s’agit de rester prudent en ce qui concerne l’archéologie. 

En effet, dans la plus pure tradition d’enseignement du Louvre, l’auteur se concentre ici sur l’objet et notamment le "bel objet", tant dans son potentiel esthétique qu’informatif. Si cette approche peut se comprendre dans le cadre d’une étude artistique, elle a montré ses faiblesses en archéologie. De fait, la facette archéologique de ce livre reste faible. Un exemple serait ainsi la définition du terme "Néolithique" pour laquelle l’auteur cite wikipedia. La citation d’encyclopédie (et à plus forte raison d’une encyclopédie libre) étant en général largement déconseillée lors de la production d’un travail universitaire, nous sommes en droit de remettre en question cette pratique au sein d’un ouvrage didactique. La définition du Néolithique est ainsi réductrice et, sinon erronée, du moins inexacte. De manière générale, les références aux articles utilisés sont trop rares (pour la première partie) et certaines idées sont même fausses .

Enfin, cette omniprésence du rapport à l’objet peut amener le lecteur à se méprendre sur la méthodologie et les buts de l’archéologie, il s’agirait plus alors d’une approche muséographique, approche qui se trouve de plus abandonnée à partir des périodes plus récentes. Cette méthode n’est pas condamnable, mais elle dénote les différences de conception entre le monde de la recherche et celui des institutions du Louvre. Toutefois, il s’agit là de détails.

En effet, l’exercice reste globalement remarquablement effectué. Si la lecture continue de ce livre semble peu probable, sa fonction en tant que manuel de référence est pleinement remplie (si ce n’est au niveau de la bibliographie ponctuelle). La structure de l’ouvrage en quatre parties est pertinente et son efficacité amplifiée par des textes précis, concis et clairs soutenus par des illustrations remarquables et parfois inédites. Les analyses d’œuvres et de sites sont d’une grande pertinence et cette partie constitue de manière générale une mine d’informations considérables et de qualité.

 
Art et Archéologie de la Chine est sans nul doute un ouvrage important concentrant une quantité de données, d’informations, visuelles et textuelles considérable. De par sa structure particulière et la méthodologie employée, ce livre s’adresse de prime abord aux élèves de l’École du Louvre, c’est un fait. Il se concentre principalement sur les objets et leurs interprétations. Pourtant, l’écriture, la qualité de l’iconographie et l’accessibilité générale de l’ouvrage devraient permettre d’atteindre un public plus large. Art et Archéologie de la Chine s’inscrit dans cette catégorie d’ouvrages encyclopédiques nécessaires qui sans pour autant bouleverser les primats actuels de la recherche, permettent d’établir de nouvelles bases et de remettre à jour des points de vue parfois éculés tout en donnant accès à un large public à une approche synthétique et diachronique de sujets aussi riches, variés et inaccessibles que sont l’art et l’archéologie de la Chine antique#nf#