Suivez-nous

FacebookRSS

Histoire

Le commerce atlantique franco-espagnol. Acteurs, négoces et ports (XVe-XVIIIe siècles)

Couverture ouvrage

Jean-Philippe Priotti Guy Saupin
Presses universitaires de Rennes (PUR) , 338 pages

Nouvelles approches sur le commerce franco-espagnol
[mercredi 17 dcembre 2008]


Un livre qui enrichit l'héritage des Annales sur la question, reposant sur des sources et méthodes nouvelles.

Une réflexion sur le commerce atlantique franco-espagnol à travers ses acteurs et ses institutions est à l’origine de cette série de contributions. Rassemblant Français et Espagnols, chercheurs confirmés et doctorants, elle approfondit par des interrogations nouvelles et des rapprochements judicieux la compréhension de certains phénomènes économiques et commerciaux de l’époque moderne. L’historiographie des Annales a laissé un héritage immense dans ce domaine, il est ici utilement repris pour être développé. L’intérêt de cet ouvrage réside principalement dans la méthode et les sources utilisées.


Questions de méthode

Les questions et les problématiques superposent l’histoire économique et l’histoire sociale pour mieux faire apparaître les relations entre ces deux champs historiques par trop souvent étanches. À cela il faut ajouter également une tentative de croiser cette approche avec ce que l’on qualifie d’histoire politique, c'est-à-dire ici les relations internationales. Le premier de ces croisements consiste à rapprocher ce que l’on sait des tendances d’ordre macro-économiques (quantifications et qualifications globales des échanges) de données sociales comme l’intégration des marchands dans une société étrangère, leurs liens entre eux par le biais des mariages ou des associations professionnelles.

Le deuxième intérêt de cet ouvrage tient aux sources documentaires utilisées. Cela semble aller de soi pour tout travail à prétention historique mais c’est encore plus vrai lorsque l’utilisation faite de ces dernières apparaît pertinent. Ainsi, en est-il des sources que l’on qualifie de consulaires. Les consuls de l’Ancien Régime ont parfois laissé de nombreuses archives que l’on peut aujourd’hui consulter aux Archives nationales, pour les plus connues, ou aux Archives diplomatiques de Nantes. Ces dernières sont de plus en plus mises à profit et pas seulement comme sources secondaires venant étayer une analyse forgée principalement sur d’autres documents, mais comme principal support d’une réflexion sur l’activité d’une colonie de marchands installée à l’étranger .


D’une domination à l’autre

Une fois établies ces remarques de méthode, il faut en venir au cœur du sujet, à savoir le commerce atlantique dans le cadre des relations entre la France et l’Espagne à l’époque moderne. L’idée principale consiste à voir dans les relations commerciales un renversement des rapports de forces entre le XVe et le XVIIIe siècle. Il s’articule en trois temps.

Le premier est celui d’une domination castillane dans les échanges commerciaux jusqu’au 2ème tiers du XVIe siècle. Cette domination aurait été ensuite perturbée ou déstabilisée entre 1570 et environ 1670. Cette période fut celle de la Révolte des Pays-Bas puis de la guerre de Trente ans si coûteuses pour la puissance espagnole. Elle fut également celle de la montée en puissance du rôle joué par les colonies américaines, c'est-à-dire du basculement d’un continent européen organisé jusque-là principalement autour de la Méditerranée à un monde centré sur l’Atlantique. Enfin, après cette période de déstabilisation, un nouvel équilibre fut à nouveau atteint mais cette fois-ci marqué par une domination grandissante des marchands français dans les échanges entre la France et l’Espagne. Ainsi, une domination a succédé à une autre et ne trouva sa remise en cause qu’à partir de la Révolution française et surtout de l’Empire et de l’occupation de l’Espagne jusqu’en 1808.

Outre une périodisation qui donne un aperçu global de l’évolution des échanges commerciaux entre la France et l’Espagne, ce colloque précise également les stratégies et le rôle des différents acteurs. Ces derniers, longtemps restés relativement méconnus, font l’objet de nouvelles investigations. L’utilisation plus massive des archives consulaires et des archives des compagnies marchandes n’est pas étrangère à ce regain d’intérêt. Si l’on ajoute à cela la découverte de nouveaux documents, on comprend pourquoi les termes d’un débat sont modifiés. Ainsi en est-il d’une nouvelle source qui permet de mieux appréhender le commerce de Bilbao. Le registre nouvellement découvert recense à la suite d’une décision royale de 1549 les différents commerçants, les marchandises qu’ils exportaient et leurs destinations. Dans ce cas précis, on a donc pu analyser les caractères de la balance commerciale et le rôle respectif joués par les Français, les Castillans et les Bilbains. On peut également retrouver les liens qui unissaient les marchands comme l’origine d’une même province par exemple, le rôle des liens familiaux ou encore l’intégration dans la société espagnole par le biais des mariages.


Le "capitalisme relationnel"

En ces temps troublés où nos économies vacillent faute de confiance dans les organismes financiers, on s’aperçoit que peu de choses ont changé finalement depuis le XVe siècle dans ce domaine. Les sociétés commerciales avaient tout autant besoins qu’aujourd’hui de confiance, le maître mot de la solidité d’un créancier, d’un marchand et par là même de sa société. Guy Saupin emploie une formule déjà utilisée mais toujours pertinente de "capitalisme relationnel"  . Là encore, les liens familiaux et dans une moindre mesure, l’identité religieuse ou nationale, jouent un rôle déterminant dans les stratégies des acteurs et donc dans les échanges.

Les relations internationales influent aussi sur les échanges. S’il apparaît logique et cohérent que les conflits amoindrissent ou interrompent les relations commerciales, il est plus surprenant de constater que les liens économiques ont tendance à se renforcer à l’occasion d’une alliance militaire. Quand survient une période de difficultés, le commerce se rétracte mais survit toujours suffisamment pour reprendre avec vigueur après une période de conflit. Ce fut le cas après le traité des Pyrénées (1659) Les échanges se caractérisent ainsi par une capacité d’adaptation importante aux vicissitudes des relations politiques. Il est vrai que les acteurs ayant tout intérêt à ne pas voir des échanges s’interromprent totalement trouvaient eux-mêmes les moyens de contourner les affrontements des souverains. Dans les zones frontalières, ils mettaient ainsi en place des traités de "bonne correspondance" ou conversa en espagnol comme par exemple des "Lies et passeries" dans les Pyrénées. 

Ce livre rend parfaitement compte du besoin de tenir compte de facteurs sociaux pour comprendre des évolutions économiques globales. L’histoire économique, l’histoire sociale et l’histoire politique se complètent beaucoup plus qu’il n’y paraît à première vue. C’est ce que démontrent de plus en plus les analyses des recherches récentes dans ces domaines.

Le commerce est ici le support choisi. Il est peut-être un miroir grossissant des liens entre ces différentes sphères mais il en est la preuve. L’intégration économique de la France et de l’Espagne à l’époque moderne par le biais de leur commerce apparaît ainsi d’autant plus importante qu’elle agissait directement sur leurs structures propres ou internes. Il semble ainsi illusoire, voire chimérique, de séparer ou introduire des discontinuités entre des phénomènes autant interconnectés l’un avec l’autre. Les relations commerciales et économiques au sens large, les relations sociales et les relations politiques se complètent et agissent les unes sur les autres sans que l’on puisse dire avec certitude lesquelles l’emportaient sur les autres. Le facteur temps devait sans doute intervenir, elles dominèrent vraisemblablement à tour de rôle mais selon des critères et une chronologie qui restent mystérieux.
 
À une époque où mondialisation et globalisation suscitent tant d’interrogations, que les bouleversements qu’elles induisent semblent tant déstructurants, il est bon de constater que cette perception de la réalité n’est pas aussi novatrice qu’il n’y paraît. Le caractère multiforme, ambivalent et variable des relations que des territoires entretiennent entre eux au travers des échanges de marchandises ou d’hommes apparaissent ainsi déjà très complexes depuis fort longtemps.

Commenter Envoyer  un ami imprimer Charte dontologique / Disclaimer digg delicious Creative Commons Licence Logo

Aucun commentaire

Déposez un commentaire

Pour déposer un commentaire : Cliquez ici

A lire aussi dans nos archives...
A propos de Nonfiction.fr

NOTRE PROJET

NOTRE EQUIPE

NOTRE CHARTE

CREATIVE COMMONS

NOUS CONTACTER

NEWSLETTER

FLUX RSS

Nos partenaires
Slate.fr