Les nouvelles technologies entraînent avec elles la crainte d ‘une violation des libertés. Mais il s’agit en réalité d’un problème ancien dont il faut débattre.

Si le développement massif des technologies de l'information et de la communication (TIC) posent des problèmes aux libertés publiques, rien ne serait plus criminel que de croire que ces questions sont nées avec Internet, l'ADN ou les puces RFID. L’un des mérites du dernier ouvrge d’Armand Mattelart, spécialiste des sciences de l’information, est de remettre ces faits en perspective –  alors qu'ils sont habituellement assénés en continu et sans prise de recul – par une étude sur le long terme qui s'attache à en établir la génalogie.

Ainsi, le Patriot Act, adopté à la suite des attentats du 11 septembre est à rapprocher de  l'Espionnage Act de 1917 ou le Sedition Act de 1918 qui "criminalisait la critique du gouvernement  fédéral". Difficile aussi de comprendre la réaction du gouvernement  des États-Unis après le 11 septembre pour qui serait ignorant de la doctrine de la sécurité nationale, née à l'heure de la guerre froide. Dernier exemple : à l'heure du debat sur le prélèvement  ADN, qui se souvient qu'"en France, seuls les étrangers et les migrants [furent] soumis, entre 1913 et 1969, au carnet anthropométrique, comprenant deux photos et des empreintes des dix doigts de la main" ?

Aux tenants d'un État créé pour mettre un terme à la guerre de tous contre tous, Mattelart oppose une guerre souterraine entre l'État - ou pour le moins certains groupes qui exercent une vraie influence sur lui (département d'État par exemple) - et la société civile, le premier n'ayant de cesse depuis le début du XXè siècle, et en particulier depuis la Première Guerre Mondiale, de rogner les libertés acquises par les peuples. Mattelart, qui se garde bien de tomber dans le piège du complot ourdi en cachette, montre la continuité de ce processus où le phénomène d´hysterisis  , bien connu des économistes, est à l'oeuvre : une fois perdue une liberté au nom de circonstances exceptionnelles, celle-ci n'est pas rendue quand disparaissent lesdites circonstances.

Les atteintes aux libertés ne sont donc pas nées avec Internet ou le GPS. Jamais pourtant les possibilités de contrôle des individus n'ont été aussi importantes. Jamais non plus elles n'ont fait aussi peu l'objet de débat, tant l'objectif poursuivi - la lutte contre le Mal - paraît incontestable. Une bien dangereuse confusion des fins et des  moyens.