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Histoire

La guerre du Rif. Maroc 1921-1926

Couverture ouvrage

Vincent Courcelle-Labrousse Nicolas Marmi
Tallandier , 364 pages

La guerre du Rif n'aura pas lieu
[vendredi 22 aot 2008]


Une chronique des événements qui agitèrent le Maroc, plus qu'un livre d'histoire. Celui qui fera toute la lumière sur cet épisode reste à écrire...

"En présence des éventualités créées par la soudaineté et la violence de l'irruption des Rifains [...], il est impossible de rester dans cette situation, sous peine, je le dis nettement, de risquer de perdre le Maroc." . Ainsi s'exprime le maréchal Lyautey en 1925, résident général au Maroc depuis 1912 alors que la guerre du Rif, jusque là cantonnée à la zone espagnole touche le protectorat français. Et c'est là, justement, tout l'enjeu de ce premier ouvrage grand public en langue française, d'analyser les tenants et aboutissants de la position française au Maroc, face à cette rébellion républicaine anticoloniale qui mobilisa toute la classe politique des années 1920. Si la littérature espagnole sur le sujet est abondante, la bibliographie en français se limite à l'ouvrage de Germain Ayache paru en 1996  . Mais les deux auteurs ne tiennent pas leur pari. Le premier est avocat, le second journaliste et on sent bien dès les premières pages qu'ils ont plus de talents de conteurs que d'historiens.

Pour mieux comprendre les mécanismes qui menèrent au conflit, les auteurs choisissent en prologue de rappeler brièvement la chronologie de l'établissement du protectorat au Maroc au début du XXe siècle en montrant l'importance du jeu diplomatique entre Britanniques (qui veulent continuer de contrôler l'entrée en Méditerranée sans être face aux Français), Allemands, Français et Espagnols. Les deux derniers se partagent finalement le territoire du sultan, les Espagnols dominant une large bande côtière quand les Français administrent le reste. Le livre évoque ensuite les tergiversations espagnoles jusqu'à la fin de la Première Guerre mondiale, l'Espagne n'ayant qu'un faible appétit colonial renforcé par la difficulté à prendre pied au delà de Ceuta et Melilla. C'est à partir de 1920 que les choses se compliquent pour les Espagnols, désireux de conquérir le Rif central. Ils se heurtent alors à la forte rébellion d'Abdelkrim, longtemps ami de l'Espagne mais qui choisit de résister.

C'est certainement la figure la plus imposante et la plus intéressante du livre que ce chef de guerre, éduqué à l'Espagnole, qui réussit à réunir autour de lui une armée estimée au plus fort à 10 000 hommes, à unir des tribus autrefois ennemies et à instaurer un système de gouvernement républicain efficace, respectueux de la religion musulmane. Face à ce chef de guerre se dressent des figures imposantes de l'histoire espagnole et française. C'est en effet lors de la guerre du Rif que Franco s'illustre pour la première fois comme un soldat fort et discipliné dans une armée espagnole en proie à la désorganisation, l'indiscipline. C'est aussi Primo de Rivera, le dictateur espagnol, intransigeant et belliqueux, qui emploie l'ypérite   pour combattre les rebelles et qui refuse toute négociation politique, préférant la décision des armes.

En face, ce sont successivement Lyautey, chantre d'une guerre coloniale qui materait en douceur la rébellion puis Pétain, adepte de la manière forte, qui se succèdent pour tenter de mettre un terme à un conflit long de cinq années. Car d'abord cantonnée à une lutte contre les Espagnols, la rébellion prend une plus grande ampleur à partir du printemps 1925, lorsque les avant-postes français sont pris d'assaut par les Rifains, qui souhaitent que soit définitivement fixée une frontière entre la République du Rif et la zone française. En ouvrant deux fronts, Abdelkrim ouvre aussi la voie à un rapprochement franco-espagnol, refusé par Lyautey mais voulu par Pétain qui rencontre Primo de Rivera à l'été 1925. À partir de cette date, l'importance des moyens militaires engagés par les deux pays vient à bout (mais difficilement) de la rébellion marocaine et Abdelkrim se rend le 25 mai 1926. Exilé à la Réunion jusque 1947, il fuit le paquebot qui devait le ramener en France et trouve protection en Egypte, où très fortement sollicité par les nationalistes maghrébins en cette période de décolonisation, il refuse de retourner dans un Maroc monarchique et meurt en exil en 1963.

Le récit fait aussi une large place aux conséquences de cette guerre sur la politique intérieure française (moins en ce qui concerne l'Espagne) et montre ainsi en quoi cette guerre permit au jeune PCF d'affirmer ses positions anticolonialistes. Mais il ne rend pas assez compte du rôle réel de Moscou dans ce conflit, ni même des motivations sous-jacentes à une telle mobilisation pacifiste. C'est d'ailleurs globalement le principal reproche que l'on peut faire à cet ouvrage, celui de ne proposer que peu de pistes d'analyses d'un conflit pourtant très moderne, dans la gestion qui en a été faite par toutes les parties prenantes (Abdelkrim a par exemple tenu a mondialiser sa cause pour mieux trouver des soutiens) comme dans les moyens utilisés pour se battre (modernité des équipements, fort rôle du renseignement...). Les analyses conduisant à évaluer l'impact de cette guerre sur les rapports franco et hispano-marocains ne laissent pas de convaincre, tant on ne sait pas vraiment où les auteurs veulent en venir.

S'il ravira les lecteurs avides d'une chronique militaire émaillée d'anecdotes, il laissera l'historien sur sa faim pour de multiples raisons. Le style ampoulé ne contribue pas à une bonne lecture, la découpe des chapitres aux intitulés mystérieux ne permet pas une vision d'ensemble cohérente et la vision téléologique de l'histoire a de quoi surprendre . Les partis pris sont flagrants lorsqu'il s'agit de valoriser Lyautey sur Pétain, sans réelle analyse et argumentation là encore. Que dire enfin – et surtout – de l'indigence cartographique de l'ouvrage, élément pourtant indispensable lorsqu'il s'agit d'évoquer batailles et choix stratégiques. Les trop rares cartes sont illisibles et n'ont pas de sources, ce qui les rend totalement inutiles pour le lecteur...

La faiblesse de la littérature sur une question pourtant essentielle de l'histoire coloniale française laissait espérer un ouvrage bien plus solide et fouillé, qui reste encore à écrire....

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