Dans le cadre de sa thèse, l'historien Sylvain Boulouque revient sur les tensions qui ont marqué les milieux syndicalistes, proches de Moscou, pendant l'entre-deux-guerres.

La Confédération générale du travail unitaire (CGTU) naît en 1922, sous le contrôle du Parti communiste français. Comprendre cette organisation, c’est plonger dans les enjeux syndicaux, mais aussi politiques, du monde ouvrier français de l’entre-deux-guerres. L’historien Sylvain Boulouque, spécialiste reconnu du mouvement ouvrier français et de l’anarchisme, y a consacré des décennies de travail et sa thèse, qui vient d’être publiée aux éditions du Cerf : Communisme et syndicalisme dans la France de l'entre-deux-guerres. Il revient avec nous sur cette centrale syndicale pris dans les imbroglios politiques français, mais aussi dans les relations entre le PCF et Moscou.

 

Nonfiction.fr : Auteur de nombreux ouvrages, vous avez récemment soutenu votre thèse, dont est tiré cette nouvelle parution. Quel a été le cheminement de ce travail qui s’étend de 1999 à 2025 ?

Sylvain Boulouque : J’ai entamé ce travail en 1999 par un Diplôme d’études approfondies en histoire à l’Université de Reims. Depuis 1991, les archives étaient ouvertes en Russie et de nombreux fonds n’avaient pas été exploités. Compte tenu de l’évolution politique de la Russie, elles sont aujourd’hui de nouveau inaccessibles. J’ai effectué mes dépouillements entre 1999 et 2005 principalement. J’aurais dû me lancer dans la rédaction juste après, mais j’ai pris des chemins de traverse. Sans abandonner l’idée de terminer ce travail, j’ai répondu à de nombreuses sollicitations. J’ai rédigé plusieurs articles qui abordaient certains aspects de ma recherche et me suis occupé du secrétariat de rédaction de la revue Communisme, aujourd’hui disparue.

En marge de cette recherche sur syndicalisme et communisme, j’avais aussi dépouillé de nombreux autres fonds dans les archives à Moscou et j’ai eu la chance de pouvoir proposer des livres sur des sujets connexes. J’ai ainsi rédigé une biographie de Maurice Tréand   , le cadre du PCF qui s’occupait de la gestion des militants au Parti et qui a tenté en 1940 de faire reparaître L’Humanité, retracer son itinéraire ne s’arrêtant pas à ces deux dimensions.

J’ai également pu publier un ouvrage sur Les Listes noires du PCF   , à partir de mes recherches à Moscou et des documents internes au PCF. Parallèlement, j’ai continué à travailler sur mon premier sujet de recherche, l’histoire de l’anarchisme, et ai aussi fait paraître quelques ouvrages sur le sujet, comme Le Peuple du drapeau noir. Une histoire des anarchistes.

Par ailleurs, à partir de 2016, j’ai souvent été sollicité par les médias et les chaînes d’information continue à propos de la violence politique dans la France contemporaine. Ces exercices étaient tous passionnants, mais relativement chronophages et, en même temps, j’enseignais. Compte tenu de ces multiples occupations, la thèse a pris beaucoup de retard jusqu’au jour où après un colloque organisé autour de la figure de Jan Valtin, un marin du Komintern qui a rédigé des mémoires Sans patrie ni frontière, je me suis rendu compte que j’avais eu la chance de dépouiller des archives en grande partie inédites et que le fruit de ce travail de recherche n’avait pas abouti. Pour paraphraser, une phrase célèbre : « il faut bien savoir terminer… », je me suis remis à l’ouvrage et ai fini par rédiger cette thèse sur la Confédération générale du travail unitaire. Sans regretter mon parcours, qui m’a permis d’enrichir le travail par des lectures et des réflexions multiples que je n’aurai peut-être pas faites il y a quelques années auparavant, je pense que j’aurai pu achever ce travail plus tôt. Ainsi vont les choses. J’ai finalement soutenu et j’ai eu la chance de pouvoir publier la thèse sous une forme réduite de plus de moitié immédiatement après.

La quantité d’archives nationales, départementales, syndicales et politiques dépouillées est impressionnante. Comme votre travail s’étend sur plus de deux décennies, auriez-vous un fond que vous aimeriez mettre en avant ?

Toutes les archives sont importantes, car elles permettent de jeter des éclairages différents sur l’ensemble des aspects de l’histoire. Ainsi, une archive qui peut sembler locale et secondaire, comme un cahier de bourse du travail, un compte rendu d’assemblée générale, un tract ou un rapport de police, a une importance, car elle permet de déplacer la focale d’analyse, d’éclairer un aspect secondaire ou de donner des indices qui peuvent rendre intelligibles d’autres phénomènes. Cependant, les archives dites de Moscou demeurent centrales, car elles sont en quelque sorte le cœur du réacteur et contiennent la majeure partie des documents concernant le communisme au moins jusqu’en 1945. Pour ce qui concerne mon sujet, il s’agit des archives conservées au Centre d’histoire sociale et politique de la Fédération. J’ai travaillé pendant plus de deux ans dans ces archives, que l’on appelle de façon schématique les archives du Komintern.

Depuis 1919, l’Internationale communiste et l’ensemble des organisations qui en dépendaient – l’Internationale syndicale rouge pour le syndicalisme, le Secours ouvrier international, le Secours rouge international, l’Internationale communiste des jeunes ou l’Internationale sportive rouge – ont archivé la majeure partie de la documentation adressée ou reçue à Moscou, qui est le centre du mouvement communiste international. Ces archives sont conservées dans des fonds spécifiques propres à chacune de ces branches. Elles contiennent aussi bien des archives de directions, ce qui est central pour comprendre le fonctionnement d’une organisation, que des rapports émanant de la base. Toutes les archives ne sont pas dans les mêmes fonds et constituent parfois un puzzle, pour lequel il faut chercher des pièces ailleurs. Dans quelques cas, les plus importants, les responsables du Parti soviétique décident ou valident les décisions prises. Pour les questions syndicales, j’ai pu retrouver à quelques reprises l’intervention personnelle de Staline. Ces archives permettent de comprendre la nature du mouvement communiste. Il s’agit d’un système dans lequel toutes les parties sont importantes. Sans l’Internationale communiste ou l’Internationale syndicale rouge, le PCF ou la CGTU ne peuvent exister. Mais, l’inverse est vrai également, les Internationales ont besoin de leur section nationale pour exister.

Les archives montrent également des liens financiers importants qui permettent de payer un nombre très important de permanents, de financer la presse et les organisations. Sans cette aide, le PCF ou la CGTU aurait disparu rapidement. Mais, il ne s’agit pas d’un « on paie donc on commande », il s’agit de faire progresser le communisme dans le monde et, en conséquence, cette aide est considérée comme normale. En outre, les directives d’un côté et les rapports de l’autre – qui vont parfois jusqu’à des réunions locales – permettent de comprendre l’imprégnation du système chez les militants et ce sentiment de combat partagé, même si les bolcheviques possèdent pour les communistes du monde entier un avantage et une forme d’autorité morale. Eux ont fait la révolution et ils en incarnent l’essence et la réalisation. Ces archives éclairent le cœur et le fonctionnement du système, mais livrent également de multiples indications sur l’engagement et le sens qu’il peut avoir.

L’objet central de votre travail est la façon dont la CGTU a favorisé l’implantation, puis le développement du communisme en France. Qu’est-ce que la CGTU, qui semble être le fruit d’une scission de la CGT, mais aussi une continuité de la révolution russe de 1917 ?

La centrale syndicale est en effet une conséquence indirecte de la prise du pouvoir par les bolcheviques, puis de la naissance de l’Internationale communiste et conséquemment du PCF. Elle marque aussi la fin de l’unité dans la gauche syndicale en France d’une part et du mythe de la grève générale d’autre part. Ce dernier était particulièrement puissant dans les milieux syndicalistes. Il s’étiole avec la Première Guerre mondiale, où les militants n’arrivent pas à empêcher le conflit, puis se clôt après l’échec des grèves de 1919 et 1920. L’idée révolutionnaire se renouvelle. La Russie bolchevique permet le développement d’une nouvelle utopie incarnée. Le congrès de Tours aboutit à la naissance du PCF et donne la majorité aux partisans de l’Internationale communiste en 1920. Un an plus tard, dans le mouvement syndical se produit un schéma inverse. En 1920, Lénine encourage ses partisans à rester dans les syndicats réformistes, qu’il nommait réactionnaires, pour en prendre le contrôle. Dans la CGT, les minoritaires n’y arrivent pas pour différentes raisons. Le mouvement syndical reposait sur un alliage hétéroclite fait de réformistes et de révolutionnaires de toutes tendances. Une partie des révolutionnaires ne veut plus cohabiter avec les syndicalistes dits réformistes. D’autres auraient souhaité appliquer les mots d’ordre de Lénine, mais ils sont minoritaires dans cette minorité. L’entrisme et le refus de la cohabitation aboutissent à une scission qui est en même temps une exclusion, car les minoritaires se sont mis en dehors de la centrale. Ces éléments donnent naissance à la CGT-Unitaire.

La CGTU s’inscrit alors en concurrence à la CGT. Les premières années sont plutôt marquées du sceau du succès, mais très vite, à partir de la fin de l’année 1925, la centrale décline, et ce, constamment jusqu’à 1933. Néanmoins, par le biais syndical, comme par la suite à travers le travail municipal, le communisme arrive à se constituer des bastions qui sont à partir de 1934 le fer de lance de la conquête du monde ouvrier. Deux professions sont particulièrement importantes à cet égard : les cheminots et les métallurgistes. Les cheminots, notamment révoqués après les grèves de 1920, constituent l’armature et l'enracinement local de la CGTU.

La conquête du monde des métallurgistes repose sur un paradoxe : pendant très longtemps, les communistes n’arrivent pas à s’implanter réellement dans cette profession, alors même qu'une partie des cadres en est issue. Il faut le renouvellement générationnel lié aux conséquences de la crise de 1929 pour qu’il commence à y avoir une convergence, souhait qu’émettent les instances dirigeantes du mouvement communiste international depuis 1920.

En filigrane, ce sont deux décennies de rivalités entre la CGT et la SFIO d’un côté, puis la CGTU et le PCF que vous analysez. Quelles sont les formes de cette rivalité ?

Les formes sont multiples. En sériant les problèmes, il existe des rivalités et des perceptions différentes du syndicalisme, puis une conflictualité forte sur le terrain entre les confédérés et les unitaires et initialement entre les unitaires eux-mêmes.

Schématiquement, les confédérés, sans abandonner l’héritage de la CGT d’avant-guerre, estiment que les conditions du début des années 1920 imposent une redéfinition du syndicalisme. Cette dernière explique la politique de présence dans les instances paritaires qui peuvent exister. Par ailleurs, compte tenu du faible nombre de syndiqués et des échecs successifs du mouvement syndical, les négociations sont devenues pour la CGT la seule possibilité de garantir aux ouvriers une amélioration de leur condition. C’est aussi pour cette raison qu'elle propose un plan de rénovation économique à partir de 1934. En revanche, comme un héritage d’un syndicalisme révolutionnaire d’avant la Première Guerre mondiale, la CGT ne pense pas la question du pouvoir, restant dans la construction d’un modèle utopique abstrait. De manière diamétralement opposée, les unitaires estiment qu’il est possible à échéance rapide d’exporter le modèle soviétique en France. Dans les années 1930, ces derniers abandonnent cette idée. Ils redéfinissent leur stratégie, estimant que la prise du pouvoir passe par la conquête de secteurs clés de la société. Elle doit s’effectuer par paliers : conquête de la CGT réunifiée et surtout des espaces majeurs du monde ouvrier.

Le deuxième aspect est la conflictualité et la concurrence qui existent entre les différentes formations syndicales. Lors de la phase de scission, les futurs unitaires composés de révolutionnaires syndicalistes de toutes obédiences (anarchiste, communiste, révolutionnaire) ont rendu la vie impossible aux partisans de la CGT en perturbant fortement la vie interne de la centrale. Ensuite, pendant quelques années, les conflits se sont développés dans la CGTU entre communistes et anarchistes, qui ont reproduit à une échelle réduite ce qui se passait dans la CGT. Cela jusqu’au double meurtre de la rue de la Grange-aux-Belles quand des communistes ont tiré sur des anarchistes faisant deux victimes. Les libertaires quittent alors la CGTU. Certains retournent à la CGT, d’autres fondent une troisième CGT dite syndicaliste révolutionnaire. Les unitaires reprennent leur harcèlement verbal et parfois physique contre les confédérés. Ainsi, lors d’une réunion de soutien aux deux anarchistes italiens condamnés à mort aux États-Unis, Sacco et Vanzetti, Léon Jouhaux, le secrétaire de la CGT ne peut s’exprimer. De même, quelques mois après à Lens en 1930, des unitaires tirent lors d'une réunion publique organisée par la CGT.

Le conflit se traduit aussi par des accusations verbales. Le fait de négocier devient une trahison. Souvent, les confédérés sont accusés par les unitaires de brader les intérêts de la classe ouvrière. Par exemple, le projet d’Assurances sociales, qui constitue la première mouture de la Sécurité sociale, est en grande partie porté par la CGT. Les assurances sociales représentent pour les unitaires de la collaboration de classe. Il serait possible de résumer ces attaques par une affiche publiée par la CGTU et le PC pour le 1er mai 1931, dont le texte est « avec la CGTU et le PC manifestez le 1er mai. Contre le patronat, le gouvernement et ses flics et ses mobiles contre les briseurs de grève de la CGT », le dessin qui accompagne le texte montre Jouhaux en train de planter un coup de couteau à un manifestant. La tension entre les deux organisations reste forte jusqu’en 1935. Les rancœurs et les insultes n’ont pas été oubliées, mais semblent s’amenuiser.

Il est toutefois intéressant de constater qu’au-delà des divisions des appareils, les bases se rapprochent comme c’est le cas après la crise du 6 février 1934. Que provoque l’événement sur la CGTU ?

Plusieurs aspects sont à prendre en considération après le 6 février 1934, qui mélange des dimensions politiques, économiques et sociales. Initialement, le PCF et la CGTU ne changent pas de ligne et le rapprochement entre les bases demeure tout compte fait relativement peu important. Chaque organisation va aux manifestations sous ses propres drapeaux. La méfiance existante entre les deux tandems socialistes/communistes et confédérés/unitaires demeure. Même si quelques rapprochements ont lieu (le PCF et la CGTU appellent, à la veille de l'événement, à rejoindre les manifestations du 12 février 1934 initiées par la CGT), les initiatives communes restent minoritaires.

Néanmoins, les unitaires ont tendance à les « exemplariser » pour prouver qu’il existe un courant unitaire dans le monde ouvrier. Par la suite, la mémoire collective a fait de ces éléments les signes annonciateurs de la marche vers le rassemblement populaire, puis le Front populaire d’une part et de la réunification syndicale d’autre part. Le tournant stratégique réel s’opère en juin 1934. Le PCF propose le pacte d’unité d’action à la SFIO (Section française de l'Internationale ouvrière). La CGTU fait de même avec la CGT. Dès lors, une transformation dans les discours et dans les pratiques se fait jour. Les communistes et les unitaires deviennent les hérauts et les héros de l’unité, expliquant qu’il s’agit du meilleur moyen de barrer la route aux ligues.

Du côté socialiste et confédéré, l’inquiétude, consécutive au 6 février 1934, est vive. Ils voient dans l’unité un moyen de barrer la route au fascisme, qui vient de prendre le pouvoir en Allemagne. En outre, pour les socialistes, comme pour les confédérés, les communistes, comme les unitaires, semblent sur le déclin. Ils ont observé que le Parti comme la centrale perdent des effectifs et semblent être une force marginale. Pour mémoire, le PCF a eu dix députés aux élections de 1932 – il en a 72 en 1936 – et la CGTU connaît un effondrement de ses effectifs pour descendre à 200 000 membres au maximum. Ils finissent par répondre favorablement aux appels des communistes.

Dans la CGT, même si la majeure partie des militants à l’impression que les unitaires ne pèsent plus grand-chose, des résistances existent. Elles viennent principalement de militants ayant été confrontés aux unitaires dans les années 1920 et dans des professions comme le bâtiment ou les métaux, où la concurrence entre les deux centrales rivales a été rude. En revanche, ce que la majeure partie des observateurs n’ont pas vu, c'est l’évolution de la centrale unitaire et plus largement du mouvement communiste qui s’est restructuré et a entrepris un travail réel d’implantation et construit une véritable politique d’enracinement. Ces derniers ont perçu des évolutions dans le monde du travail. Ils ont senti que la conflictualité sociale les favorisait et que, depuis la fin de l’année 1933, il y avait un regain dans les mouvements sociaux dans les entreprises. Lors des élections municipales de 1935, il y a une véritable percée communiste qui marque la naissance de la banlieue rouge.

Lorsque commencent les négociations pour l’unité syndicale, les unitaires acceptent de faire un nombre important de concessions, car ils ont senti que le vent se levait et que la conjoncture leur était favorable. Dès lors, ils veulent privilégier l’unité en espérant que les mouvements sociaux leur permettent d’engranger des résultats positifs d’autant plus facilement qu’ils se considèrent comme les meilleurs représentants des ouvriers en lutte, alors que les confédérés sont perçus plutôt comme des négociateurs. Ces derniers sont convaincus que leur supériorité numérique assure la stabilité de la CGT réunifiée. Les grèves du printemps 1936, consécutives des élections législatives des 27 avril et 3 mai, ont permis cette explosion sociale, à laquelle, sans être totalement les organisateurs, les militants communistes et les ex-unitaires ont pris une part active. Ils se sont rendus indispensables et ont donné l’impression d’être les meilleurs défenseurs du monde ouvrier. En deux ans, les ex-unitaires, très minoritaires dans une centrale réunifiée de moins de 1 million de membres en 1936, deviennent majoritaires. Ils représentent deux tiers des délégués au congrès de la CGT de 1938 dans une centrale qui compte presque quatre fois plus de membres. On peut dire rétrospectivement que les conséquences de février 1934 et leurs suites ont été bénéfiques pour le mouvement communiste, qui de force marginale, est devenu un élément central dans la vie politique et sociale.

Quelles relations entretient le syndicat avec Moscou alors que l’URSS est en pleine terreur stalinienne ?

Les relations entre le centre (Moscou) et la plupart des partis membres de l’Internationale évoluent lors de la mise en place de la ligne des Fronts populaires. De plus, avec la Grande terreur, le nombre de voyageurs se rendant en URSS est moins nombreux. Au moins jusqu’en 1944, seuls les cadres les plus importants et les plus fiables peuvent venir. Pour les Français, par exemple, l’École léniniste internationale destinée à former des cadres ferme ses portes. Le système scolaire interne au communisme évolue. Sur le plan des échanges un système de communication un peu différent fonctionne. Les communistes français demandent l’accord de l’Internationale communiste pour les décisions les plus importantes. L’un des exemples les plus connus est le télégramme que Maurice Thorez adresse à l’Internationale pour savoir si le PCF doit participer au gouvernement de Front populaire auquel Staline répond par la négative.

Pour ce qui est des aspects syndicaux, l’Internationale syndicale rouge a été dissoute en 1937 et les communistes militant dans le mouvement syndical adressent à Moscou des rapports sur l’état de la situation. En 1937-1938, ils sont dans une phase de conquête de la CGT réunifiée et ils savent comment faire pour prendre le contrôle d’un syndicat ou d’une Fédération, sans plus avoir recours aux conseils des dirigeants de l’Internationale, sur ce point du moins. Ils adressent des rapports en expliquant ce qui a été fait et les progrès qui ont été enregistrés. Cette méthode s’applique aux autres organisations de masse contrôlées par le PCF. Sur d’autres aspects, Eugen Fried, le représentant de l’Internationale communiste en France, conseille la direction du Parti et en dernier ressort demande l’aval de l’Internationale soit par des lettres pour des questions secondaires, soit par des télégrammes pour les questions les plus urgentes. Enfin, au moins jusqu’à la guerre, quelques militants, comme Maurice Tréand, viennent faire le point sur les affaires en cours et discuter des grandes questions. C’est un peu le modèle, avec quelques nuances, que l’on retrouve après la Seconde Guerre mondiale, même si l’IC a disparu.