Un triomphe lyrique et théâtral pour l'un des sommets du répertoire romantique.
Dans cette nouvelle production de Eugène Onéguine de Piotr Ilitch Tchaïkovski, donnée au Palais Garnier jusqu’au 27 février, la rencontre entre la musique intemporelle du compositeur russe et une mise en scène profondément humaine installe une expérience théâtrale et musicale d’une rare intensité.
Sous la direction scénique inspirée de Ralph Fiennes, qui signe ici son premier grand opéra, la tragédie intime de Onéguine se révèle d’une profondeur expressive sans concession. La scénographie, élégante et attentive à la vraisemblance historique, sert d’écrin à un drame intérieur subtilement tissé, où les émotions se lisent autant dans les silences que dans les élans lyriques : les éléments scénographiques, sobres mais évocateurs, servent de toile vivante aux passions qui se jouent, tandis que les costumes, à la fois élégants et profondément ancrés dans l’esthétique du XIXᵉ siècle russe, enrichissent l’atmosphère sans jamais distraire de l’essence dramatique.
Le plateau vocal est exceptionnel. Ruzan Mantashyan incarne une Tatiana à la fois fragile et résolue, offrant une incarnation vocale d’une maturité bouleversante. Bogdan Volko en Lensky émeut par la pureté et la sincérité de son chant, notamment dans son aria tragique du duel. Boris Pinkhasovich compose un Onéguine d’une complexité troublante, mêlant noblesse froide et regret tardif de manière magistrale.
La direction musicale, confiée à Semyon Bychkov, enveloppe l’ensemble d’un flux orchestral somptueux, révélant toutes les délicates couleurs de la partition de Tchaïkovski et créant une tension émotionnelle parfaitement intégrée au drame vocal.
Le spectacle séduit par sa capacité à conjuguer l’exigence dramatique d’un grand théâtre lyrique avec une articulation claire des sentiments humains : amour, fierté, regret et mélancolie prennent corps dans une forme pleinement accomplie. Cette production se présente comme un moment de théâtre musical rare, mêlant puissance vocale et profondeur psychologique, rappelant à quel point Onéguine demeure l’un des sommets du répertoire romantique.