Environnement

2030, le krach écologique

Couverture ouvrage

Genevive Frone
Grasset , 286 pages

La fin est proche
[lundi 23 juin 2008]


Un ouvrage accessible à tous qui propose une approche pragmatique des défis environnementaux de demain.

Dans son essai 2030, le krach écologique, publié en 2008 chez Grasset, Geneviève Férone  veut faire partager à ses lecteurs l’urgence d’agir pour nous permettre de surmonter le choc écologique qui se profile. Avec la volonté d’être accessible à tous, et une approche pragmatique des problèmes, cette spécialiste de l’investissement responsable passe en revue les différents fronts qui vont s’entrechoquer au cours des décennies à venir.

D’ici à 2030, en effet, la pression démographique va s’accentuer, puisque la population mondiale devrait atteindre sept milliards d’individus. Or, notre croissance démographique et économique s’accompagne d’une augmentation des prélèvements des richesses naturelles, et d’accumulation de déchets. Dans un monde géographiquement fini, cette croissance va entraîner la conjonction d’une dégradation majeure de la biodiversité, la raréfaction des ressources naturelles, une crise énergétique majeure, combinée à la crise climatique en gestation.

Pour Geneviève Férone, les projections climatiques à horizon 2100 ont permis aux décideurs de prendre conscience des risques majeurs liés à la dérive du climat, mais cette échéance à l’échelle du siècle paraît trop éloignée pour motiver l’ensemble des habitants de cette planète à l’action immédiate. Poser le défi climatique à l’échelle 2100 alimente un mélange complexe de peur et de fascination pour une vision apocalyptique du futur, et maintient l’illusion que la technologie et les gouvernements trouveront une solution à ce problème, alors que de plus en plus d’investissements actuels se tournent vers le charbon, source d’énergie particulièrement polluante mais redevenue rentable en comparaison du prix du pétrole.

En cumulant les différents chocs à venir, elle tire donc la sonnette d’alarme, démontrant que l’échéance n’est pas 2100, mais beaucoup plus proche de nous, d’ici à une vingtaine d’années. Les menaces majeures pour la population mondiale  sont la pauvreté, la perte d’acquis sociaux, le repli protectionniste, les tensions entre états pour les ressources (énergie, eau et alimentation) et le chaos social et politique. L’urbanisation et le vieillissement des populations augmenteront les besoins en eau et en énergie, tout en creusant le fossé entre les hommes et le milieu naturel. La gouvernance des mégalopoles sera donc critique en terme environnemental.

Geneviève Férone plaide pour une vision concertée à l’échelle mondiale, en soulignant la volonté politique de l’Union Européenne, qui porte à bout de bras les négociations climatiques, mais qui doit aussi compter avec sa dépendance aux importations pétrolières  et sa gestion assez éclatée du secteur énergétique. Le développement de l’Inde et de la Chine, qui connaissent une croissance exceptionnelle, joueront un rôle clé, tenant dans leurs mains l’avenir climatique et énergétique de la planète : elles doivent être des partenaires étroits d’une gouvernance mondiale proactive focalisée sur un véritable plan Marshall du climat.

Sujet après sujet, enjeu après enjeu, Geneviève Férone dresse un panorama des défis à relever, et des solutions politiques ou technologiques actuellement envisagées, ainsi que de leurs limites. Lucide, elle souligne que la ressource la plus rare n’est pas le pétrole, ni l’eau, ni l’intelligence humaine mais le temps : pour éviter le scénario catastrophe, il ne faut plus marchander ou tergiverser, mais fixer, collectivement, le plus vite possible, une feuille de route pour pouvoir anticiper l’ensemble des difficultés, et agir vite, mais de manière concertée et non dans l’urgence. Au delà de l’utopie de solutions technologiques simples, elle plaide pour des investissements bien pensés pour améliorer rapidement deux aspects clés, l’efficacité énergétique de l’habitat et des transports, et une diversification des sources énergétiques. Cela nécessitera de surmonter un formidable retard sur les investissements.

Bien sûr, le parti pris de l'auteur d’être accessible entraîne quelques raccourcis, par exemple pour les explications concernant le fonctionnement du climat et le risque climatique. Pour Geneviève Férone, la période de 2030 correspond à "un chas d’aiguille" pour notre espèce. Il est possible d’élargir la fenêtre temporelle : il faut réussir à surmonter la période de crise des ressources naturelles des prochaines décennies, tout en agissant, au plus vite, pour limiter au maximum les rejets de gaz à effet de serre. La trajectoire sur laquelle nous placeront le climat de notre planète au cours des prochains vingt ans sera décisive pour son évolution à l’échelle de plusieurs siècles. Évidemment, chacun se sent beaucoup plus concerné par le risque immédiat, vital, que par les conséquences irréversibles et à long terme de ses actions. Mais, au vu du choc de civilisation qui se profile, il paraît tout aussi important de passer le cap de 2030, tout en évitant de placer notre climat sur une trajectoire impossible à maîtriser par la suite. Ces deux enjeux sont complémentaires, et l’urgence d’agir est la même : immédiate.
   
Lorsque les climatologues  tentent de  déterminer  les "points de bascule" pouvant accentuer brutalement l’évolution du climat, ils soulignent souvent le devenir de l’Arctique ou de l’Amazonie. On peut craindre, comme Geneviève Férone l'explique, que le nombre de centrales électriques à charbon qui seront construites sans technologie de séquestration du dioxyde de carbone, au cours des prochains vingt ans, ne soit un "point de bascule" majeur sur les émissions mondiales de dioxyde de carbone.

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