Une mise en scène à la sobriété élégante.
Au Théâtre de l’Athénée, Georges Lavaudant met en scène Le Misanthrope avec une sobriété élégante dont l’effet est d’accroître la violence feutrée du verbe de Molière. Rien ici de décoratif : l’espace, presque nu, est une arène où s’affrontent les mots, les principes et les désirs, et où chaque silence pèse autant qu’un alexandrin.
Éric Elmosnino est un Alceste d’une âpreté vibrante, habité par une exigence morale qui tient autant de la noblesse que de l’autodestruction. Sa colère n’est jamais tonitruante : aiguë, elle le ronge, elle l’isole. Face à lui, la Célimène de Mélodie Richard échappe à toute caricature ; vive, lucide, profondément ancrée dans le jeu social, elle incarne moins la frivolité que l’intelligence du monde tel qu’il est. Leur affrontement amoureux devient ainsi le cœur battant du spectacle : non une querelle de caractères, mais un duel entre deux conceptions irréconciliables de la vérité.
Autour d’eux, la galerie des personnages — Philinte (François Marthouret), Arsinoé (Astrid Bas), Oronte (Aurélien Recoing) — compose un chœur nuancé, révélant les multiples visages de la complaisance, de la prudence ou du ridicule. La direction d’acteurs, d’une précision remarquable, rend aux vers leur clarté et leur tranchant, sans jamais les figer dans l’académisme.
Lavaudant ne cherche ni à absoudre Alceste ni à le condamner. Il expose, avec une rigueur cruelle, l’impasse où conduit l’absolu lorsqu’il refuse toute compromission humaine. Ce Misanthrope ne fait pas rire à distance : il inquiète, il interroge, et laisse le spectateur face à une question toujours brûlante — peut-on aimer le monde sans s’y perdre, ou le fuir sans se perdre soi-même ?
Le Misanthrope, de Molière
Mis en scène par Georges Lavaudant
Théâtre de l’Athénée.
Du 14 au 25 janvier 2026