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Histoire

Les maoïstes. La folle histoire des gardes rouges français

Couverture ouvrage

Christophe Bourseiller
Points , 512 pages

Les ''Chinois en France''
[vendredi 20 juin 2008]


Une réédition pour les quarante ans de mai 68, qui raconte de manière très événementielle l’histoire des groupes maoïstes français.

Christophe Bourseiller, auteur graphomane, enseignant à l’IEP de Paris, journaliste, acteur et beaucoup d’autres choses encore, a écrit de nombreux ouvrages sur les groupes politiques, en particulier les groupes politiques marginaux, ou du moins, minoritaires. Anniversaire de mai 68 oblige, un de ses livres, Les Maoïstes, ressort en édition de poche, après une première parution en 1996.

L’auteur y revient essentiellement sur deux facettes emboîtées des principaux courants maoïstes français : un rôle politique, jugé très négativement, et un rôle culturel, qu’il apprécie beaucoup plus. Bourseiller, prônant une définition relativement extensive du terme "maoïste", traite à la fois dans son texte, tout en les distinguant, des groupes politiques reconnus officiellement par la Chine, et des organisations plus globalement revendiquées "prochinoises". L’auteur construit son travail de manière chronologique, en axant avant tout son étude sur une dizaine d’années de mouvements "maoïstes" en France (1966-1977), dont les années 68-72 constituent l’épicentre ("l’apogée des maos").

L’ouvrage combine ainsi l’histoire du très confidentiel Parti communiste marxiste-léniniste de France (PCMLF) – reconnu par le gouvernement chinois – et des groupes intellectuels, issus très souvent de l’UJC-ml (l’Union des jeunesses communistes (marxistes-léninistes)), à l’instar de la "Gauche prolétarienne" (GP) ou de "Vive la Révolution" (VLR). Ce qui les rapproche, selon Bourseiller, ce sont quatre "piliers" idéologiques : l’importation du modèle chinois, le tiers-mondisme, l’antisoviétisme, et enfin le populisme, exacerbés de manière plus ou moins forte selon les organisations .

L’assemblage est pour le moins hybride, et passer d’un groupe à l’autre peut parfois donner le vertige au lecteur, malgré les précautions prises par Bourseiller pour l’orienter (un excellent petit arbre généalogique politique en fin d’ouvrage, un index utile et des documents en annexe). Mais l’auteur aurait peut-être pu se passer de listes de noms… De même, le livre pâtit de sentences, manquant souvent de nuances, qui oscillent entre le jugement de valeur et l’effet rhétorique, multipliant les oppositions binaires ou les effets d’annonce .

En choisissant de soutenir la thèse que le maoïsme n’a "jamais existé" et constitue essentiellement un "phénomène culturel", Bourseiller s’en tient surtout à l’histoire de la GP (de Benny Levy, Alain Geismar et Serge July notamment) et de VLR (de Roland Castro et Tiennot Grumbach), qui semblent davantage l’intéresser que le PCMLF. Sont donc tour à tour évoqués, pour la GP, les établis en usine, l’assassinat de Pierre Overney, les actions de la Nouvelle résistance populaire, le journal La Cause du peuple, les liens avec Sartre, la création du journal Libération (outre le crypto-maoïsme de personnalités comme Sollers, Foucault ou Godard)... Quant à VLR, Bourseiller le qualifie de "plus inventif et (…) novateur de tous les groupes maoïstes, le creuset culturel qui a vu naître en France le féminisme et la cause homosexuelle" . Que VLR ait eu un rôle considérable pour l’histoire des revendications féministes et homosexuelles en France ne fait pas de doute ; mais en faire le berceau de ces mouvements témoigne d’une observation vraisemblablement trop focalisée sur les groupes maoïstes.

Le principal problème des Maoïstes réside dans le fait que l’auteur veut en faire à tout prix une "folle histoire" comme le sous-titre l’indique. "Ils sont jeunes, intelligents : ils vont tout chambouler" explique la quatrième de couverture qui n’est pas sans rappeler le style d’une bande-annonce . L’auteur aurait peut-être gagné à prendre plus de distance avec son objet et à définir plus strictement l’arrière-plan économique et social de certaines trajectoires individuelles, pour présenter le contexte et les stratégies des positionnements politiques et culturels (qui peuvent expliquer certains revirements idéologiques). Par ailleurs, même s’il explique son choix, on peut regretter qu’il n’inscrive pas davantage son histoire des maoïstes français dans une perspective internationale. Il le fait parfois, quand il s’agit de politique (donnant d’interminables listes de partis politiques maoïstes étrangers), mais c’est surtout avec une perspective élargie que Bourseiller aurait pu contribuer à inscrire le maoïsme français dans un mouvement plus global de mutations culturelles. Enfin, en s’appuyant surtout sur des témoignages, des souvenirs et des ouvrages de seconde main, l’auteur perd un peu de vue certaines archives utiles, comme les archives de police ou de préfecture, qui auraient peut-être permis d’affiner la définition de ce qu’était la spécificité "chinoise".

L’ouvrage de Christophe Bourseiller contient cependant de riches informations, issues d’entretiens avec une trentaine d’acteurs de l’époque. En outre, Les Maoïstes constitue un réservoir d’anecdotes, un répertoire d’événements et de précisions utiles pour l’histoire des années 60 et 70.
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