Le dossier « Nouvelles censures » de la revue Cités apporte une contribution très utile à la compréhension d’une vague d’intimidation qui se réclame de l’émancipation.

Le dossier « Nouvelles censures » , coordonné par Isabelle Barbéris et Nathalie Heinich, est consacré aux nouveaux phénomènes de « censure militante » qui s’imposent à nous depuis quelques années   .

 

De la peur à l’autocensure : nouveaux asservissements

Dans sa présentation de l’ensemble du dossier, « Nouvelles censures et vieux réflexes totalitaires », la sociologue Nathalie Heinich fait observer que la censure et les tentatives de censure, aujourd’hui et en France, dans les domaines académiques et culturels, n’émanent guère de l’État ou du Rassemblement National, mais de groupes de pression militants qui se réclament de l’extrême gauche. C’est une véritable « chronique de la trouille en milieu intellectuel » que tient la sociologue au fil d’exemples qu’elle a récemment rencontrés : peur de la présidence de l’Université de Bordeaux-Montaigne devant la pression du lobby LGBT visant à empêcher une conférence de Sylviane Agacinski en raison de ses positions sur Procréation Médicalement Assistée et Gestation Pour Autrui ; peur de collègues allemands renonçant à aborder la question des réfugiés devenue taboue ; peur d’un journaliste français rappelé à l’ordre par sa direction pour avoir osé parler de Polanski sans obéir à des féministes radicalisées désireuses de le boycotter ; peur chez des universitaires français de passer pour réactionnaires s’ils refusent de soutenir une grève votée par une assemble générale d’étudiants et d’enseignants. Autant de cas symptomatiques, relevant de l’intimidation ou de la censure : ils viennent allonger une liste d’affaires comportant des accusations de blackface (contre la mise en scène des Suppliantes d’Eschyle par Philippe Brunet) ou d’appropriation culturelle (contre le metteur en scène Robert Lepage pour n’avoir pas fait jouer des acteurs autochtones canadiens dans un spectacle consacré à la défense des peuples autochtones canadiens).

Pour Nathalie Heinich, ceux qui se réclament de justes causes dans la défense des « dominés » n'en sont pas moins illégitimes dans la multiplication de ces pressions : car c’est bien d'une « dérive fascisante » qu’il faut parler à propos de cette extrême gauche « radicalisée », qui remplace le débat par l’invective, confond la science avec l’idéologie et montre dans la pratique son mépris du droit. Ce dernier point doit être souligné, car l’usage de l’intimidation sous toutes ses formes, l’imposition forcée du boycott, l’indifférence aux libertés académiques, ne créent pas simplement un climat détestable : ils posent le problème de la fermeté, ou de la lâcheté, des réponses institutionnelles, car c’est « à cela que l’on reconnaît le totalitarisme : à la peur de le dénoncer qu’il suscite chez ses victimes ».

Dans « Vocabulaire et autocensure », Laurent Dubreuil, comparatiste qui vit aux États-Unis où il enseigne depuis longtemps, se propose d’analyser le « mécanisme de la censure préventive » dans quelques cas précis où sévit une « police langagière » dans ce pays : ils relèvent toujours de ce que l’auteur a diagnostiqué comme « la dictature des identités » dans un excellent ouvrage   . Les pratiques traditionnelles de censure se poursuivent aujourd’hui, de l’empêchement de publier à l’épuration des corpus de toute offense supposée, mais elles sont mises au goût du jour par les modes d’intervention des « meute(s) interconnectée(s) » et par le déploiement d’une « phraséologie de l’identité navrée ».

Laurent Dubreuil s’intéresse au cas typique dans lequel un terme est interdit d’emploi à certains locuteurs, ce qui l’exclut dès lors de l’usage commun : son utilisation est réservée aux victimes de la blessure identitaire correspondante. Laurent Dubreuil revient ainsi sur la polémique soulevée par une fan blanche du rappeur noir Lamar qui avait osé reprendre le terme Nigga présent dans une de ses chansons ; sur la procédure disciplinaire engagée contre Laurie Scheck pour avoir osé prononcer en cours, en étudiant l’histoire du titre I am Not your Negro / Nigger, le terme tabou alors qu’elle n’a pas la couleur correspondante. Laurent Dubreuil pour sa part est attaqué pour avoir osé parler en cours de la « culture de l’effacement » comme demande de censure collective. Le raisonnement s’étend à toute identité blessée, comme l’indique la campagne électronique visant la revue The Nation pour l’emploi du mot crippled par un auteur non handicapé. Un conservateur de livre rares dans une prestigieuse université de l’État de New York peut être mis en cause pour n’avoir cité que des auteurs ne correspondant pas à une identité protégée, aussi bien que pour avoir utilisé un terme argotique en évoquant la prostitution masculine.

Laurent Dubreuil critique donc la vaste entreprise d’intimidation qui se réclame de l’interdiction de « contenus haineux » : aucune libération ne peut procéder de la censure, et « aucune autocensure ne saurait faire moins que nous asservir ».

 

Particularismes identitaires et logiques de propagande dans la culture

Dans « Écriture inclusive et exclusion de la culture », François Rastier apporte la précision d’une formation de linguiste, enrichie par la large et profonde culture des « philologues » de la meilleure tradition, pour mettre au jour « l’irrationalité » de l’écriture dite « inclusive », en prolongeant l’analyse de Jean Szlamowicz   . Sous prétexte de féminisme, l’écriture « inclusive » concerne à un double titre la question de la censure, puisque d’un côté, elle s’avère ouvrir sur une « exclusion de la culture », et que, de l’autre côté, elle renvoie d’ores et déjà à une tentative d’exclusion personnelle : Jean Szlamowicz a été la cible de collègues militants qui entendaient le censurer, car « l’inclusivité obligatoire » dont se réclament les « barbarismes futuristes » de l’écriture dite inclusive est celle d’une novlangue qui vise l’exclusion des collègues à censurer, mais aussi le renforcement du « contrôle social », exercé sur dénonciation de « micro-agressions », avant de signifier l’exclusion même de la culture : la discipline de base, la linguistique, dont François Rastier considère que les apports fondamentaux sont niés, mais aussi l’ensemble des « sciences de la culture » qui sont toujours la cible de « pouvoirs forts » : elles sont aujourd’hui critiquées par des « décideurs » qui reçoivent le renfort militant de ceux qui voudraient dénoncer, à la suite de Derrida, la « colonialité essentielle » de la culture.

Comme le souligne François Rastier, le succès du « performatif » (« Quand dire, c’est faire »   ), tellement vanté par le postmodernisme, (qui se réclame de la réutilisation de John L. Austin par Jean-François Lyotard   ) dépend toujours d’un « magistère dogmatique » : en l’occurrence ce sont les « universitaires déconstructeurs et postcoloniaux » qui relaient aujourd’hui l’Église dans la « magie militante ». Élément très important de l’analyse par François Rastier de ce « maccarthysme de gauche », il remplace les « contradictions de classe » par des « querelles de préséances » entre identités : or l’effacement de la « conscience de classe » par cette « colonialité essentielle » et cette « conscience de genre » a quelque chose de bien commode au service d’un ordre qui n’a rien de juste.

« “Blackface”, “barbouillage” : de la falsification à la censure », d’Isabelle Barbéris, qui est spécialiste des arts de la scène, porte sur l’abus de la notion de blackface, malhonnêtement acclimatée ici sous le vocable de « barbouillage ». Isabelle Barbéris rappelle les complicités d’intellectuels en faveur dans les médias et l’Université, à l’égard du militantisme « suprémaciste » d’un groupe comme la Ligue de Défense Noire Africaine, et elle analyse dans le détail le forçage sophistique de divers commentaires inspirés par le prétendu « décolonialisme » mais aussi par des militants intersectionnalistes soudain affolés par la « culture du viol » dans un poème de Chénier qui dormait plutôt bien dans sa tombe. Sur un point d’érudition, la mise en accusation de Michel de L’hôpital exhumé pour racisme anti-noir s’avère relever de la falsification. Il vaudrait mieux préserver la recherche universitaire de cette logique de propagande, mais l’institution ne semble guère y résister, ce qui est assez inquiétant.

L’intérêt de l’article d’Isabelle Barbéris est également d’identifier les origines des doctrines mobilisées dans ces polémiques, qu’il s’agisse de « l’architecture théorique » du décolonialisme, reposant sur des « notions développées à partir des années 1980 dans les universités nord-américaines où une première génération de chercheurs a été formée et financée », ou bien de la conception politique de Carl Schmitt, modèle « pré-décolonial » des décoloniaux Norman Ajari et Achille Mbembe. Sur cette dernière référence, qui ne fait pas l’unanimité, l’article d’Isabelle Barbéris donne à réfléchir, car si Carl Schmitt faisait déjà remonter au xvie siècle l’idée de « colonialité globale », il serait utile par exemple de cerner ce qu’apportent en propre Immanuel Wallerstein, puis Étienne Balibar   , à une analyse du « système-monde » inspirée de Braudel, lui-même bizarrement embarqué dans une vision décoloniale généralisée alors qu’il se montre attaché à ce qu’il considère comme « l’identité de la France »   . Quant à l’idée force du décolonialisme, branche radicale des études postcoloniales qui fait de la colonisation depuis ses débuts la panacée de l’explication, le principe d’explication moniste de la « race » prétendument « sociale » hérite selon Isabelle Barbéris de la « biopolitique » de Michel Foucault ; cette origine devrait protéger cette théorie du reproche d’essentialiser la « race », mais en fait, elle dilue la « race » présentée comme « réalité globale », dans un « social » si largement entendu qu’il perd en signification. L’analyse de ces références est indispensable pour cerner l’idéologie qui tente de s’imposer dans des opérations de censure sauvage menées par certains groupes.

Dans « Extension du domaine de l’offense. Mouvement (féministe) d’humeur », la sociologue Liliane Kandel apporte l'indispensable éclairage critique d'une militante du Mouvement de Libération des Femmes (MLF), universaliste puisque féministe et donc restée universaliste, pour mesurer « l'extension du domaine de l'offense » que nous constatons aujourd'hui en différentes causes devenues identitaires dans le pire sens du terme. En ce qui concerne l’invocation de l’offense dans le domaine religieux, quand la laïcité démocratique invalide l’accusation de blasphème, il en a été fait grand usage au nom de l’islam   , mais Liliane Kandel rappelle, en suivant Jeanne Favret-Saada, que cette astuce rhétorique avait été employée en défense de la foi chrétienne par un idéologue catholique devenu président du MRAP  

L’invocation d’une sensibilité blessée s’applique à diverses caractéristiques présentées comme constitutives de l’identité (religion, race, genre…), mais le champ des blessures identitaires est indéfiniment extensible (corpulence, validité physique ou psychique, âge, etc.) : c’est ce qui promet des affrontements réduits au face à face des offenseurs et des offensés et, plus outrancièrement encore, des bourreaux et des victimes. Liliane Kandel, mentionnant les plaintes les plus « vocales » qui émanent ces temps-ci de femmes et de « racisés », s’attache plus particulièrement aux errements pittoresques découlant du vieux thème militant du « continuum des violences patriarcales », qu’il s’agisse de porter plainte contre un regard sexuellement insistant (le « male gaze ») ou bien de condamner le viol comme « génocide individuel » (sic), ou encore de comparer les témoignages d’Adèle Haenel et de Primo Levi sur l’oppression qu’ils ont subie. Hyperboles et surenchères conduisent Liliane Kandel à s’interroger sur la notion populaire de « féminicide », mais aussi sur les conséquences pratiques d’une demande d’imprescriptibilité du viol. Enfin, elle met en cause la prétendue « justice féministe » qui s’exerce par coup de force sur Internet au mépris du droit et de l’État de droit.

 

Au nom des dominés, la lutte de tous contre tous

Le dossier « Nouvelles censures » apporte une contribution précieuse à la compréhension d’une vague de terrorisme intellectuel qui n’est certes pas sans précédent dans l’histoire, mais qui étonne au point que se présente l’image insolite d’un « maccarthysme de gauche », venue sous la plume de François Rastier : le maccarthysme en son temps se veut au service d’un État dans le cadre d’une guerre froide qui l’oppose à l’Union soviétique, or il n’y a plus d’URSS et parmi d’autres États-nations, l’État français de welfare subit les coups de boutoir d’une démolition néolibérale. Pendant ce temps, la chasse aux sorcières fait rage sur les motifs réactionnaires de la religion et de la race en mobilisant le « genre » en porte-à-faux, sur des confusions majeures qui n’échappent pas à une féministe universaliste comme Liliane Kandel.

Si on est suffisamment informé, la supercherie prend d’autant moins que ces confusions se donnent une coloration progressiste alors qu’elles allient de fait les revendications modernes du « genre » avec les puissances réactionnaires de fond que sont la race et la religion conçue en termes archaïques (archaïsme par rapport à la révolution occidentale moderne, selon l’analyse de Marcel Gauchet   ). Il est temps de se réveiller, et de ne pas négliger les contingences qui font que, dans des universités d’Amérique du Nord, se sont conclues des alliances boiteuses entre genre, race et religion : le grand absent en est la classe, ce qui devrait suffire à alerter sur la bizarrerie des manœuvres. Laissons-les aux Américains, qui n’ont d’ailleurs jamais connu de mouvement de masse inspiré par le marxisme et dont les problèmes spécifiques ne relèvent peut-être pas de nos solutions. Un point commun réside pourtant dans la situation des intelligentsias, qui de part et d’autre de l’Atlantique, se paient de mots magiques sur le thème de la « performativité » des représentations : le leurre postmoderne qui repose sur un excès de confiance dans le pouvoir transformateur des mots est une illusion typique d’intellectuels qui rêvent d’agir. Aujourd’hui ils s’emportent assez dans leurs chimères pour s’autoriser à intimider par une véritable police du langage. La portée révolutionnaire de cette philosophie de campus reste modeste en Amérique du Nord compte tenu du coût des études supérieures, mais en France par exemple, les effets de cette politique sont d’ores et déjà sensibles dans les quartiers pauvres où l’endoctrinement sur des thèmes identitaires trouve d’autres canaux de diffusion et a d’autres prises. Les effets électoraux donnent aussi à réfléchir : si Mark Lilla met en évidence les responsabilités des universitaires états-uniens dans la fabrication de l’électorat de Trump   , qu’est-ce qui se fabrique en France, en toute bonne conscience, à brève échéance électorale ? « Chaque avancée de la conscience identitaire de gauche a marqué un repli da la conscience politique de gauche », écrit Mark Lilla   , « L’éducation fondée sur l’identité est, de toutes les évolutions que j’ai abordées dans cet ouvrage, la plus autodestructrice par rapport à la gauche, […] La pédagogie de gauche de notre époque, axée sur l’identité, est en réalité une force de dépolitisation »   . « Dès que vous présentez un problème exclusivement en termes d’appartenance identitaire, vous invitez votre adversaire à faire de même »   . Mark Lilla, comparant la réception de son livre aux États-Unis et en Europe remarquait : « Mes lecteurs étrangers sont beaucoup plus conscients » de la menace que représente l’extrême droite que ne l’est la gauche américaine, « parce qu’au cours des trente dernières années ils ont vu bon nombre de leurs électeurs migrer vers des partis d’extrême droite »   . Si seulement cette conscience était aussi vigilante qu’il le faut, ici…

Le premier constat à méditer dans le cas français est que censure et tentatives de censure proviennent plutôt d’une certaine extrême gauche intellectuelle – gardons-nous des généralisations qui négligeraient le cas des intellectuels les plus lucides agissant dans la tendance contraire, comme Sophie Bessis sur le fondamentalisme musulman   , Manuel Boucher sur « la race » et les « radicalités identitaires »   , ou Nedjib Sidi Moussa sur la « confessionnalisation » et la « racialisation » de la question sociale   . Certains intellectuels militants au service des nouvelles censures se sont montrés très complaisants à l’égard d’activistes haineux qu’ils trouvent toujours moyen d’excuser, comme ceux du Parti des Indigènes de la République ou bien de la Ligue de Défense Noire Africaine : leur virulence finit donc par s’imposer aussi à une certaine gauche prétendument modérée, hystérisée dans la conviction d’appartenir au camp du « Bien ». Il faut pourtant désapprendre à penser dans ces termes, comme y invite l’ensemble de l’œuvre de Pierre-André Taguieff, particulièrement L’émancipation promise   , qui demande de revenir aux « évaluations fondées », ne pouvant procéder que d’un « jugement circonstancié » sur « tel ou tel changement », débarrassé des idéologies de l’émancipation vouées au manichéisme   . Et là encore, les clivages se multipliant au sein de nombreux courants politiques, il faut éviter les généralisations hâtives sur ce que serait « la gauche ».

L’efficacité indéniable des identitarismes décoloniaux doit être expliquée puisqu’ils parviennent à manipuler les ressorts exécrables de la « race » et de la religion vécue comme mode de structuration « hétéronome » des communautés humaines   . L’explication multifactorielle doit faire une place essentielle aux inégalités sociales, qui explosent précisément au moment où les mobilisations classistes sont affaiblies ; mais on doit également tenir compte de la bonne réception, « à gauche », d’un discours extrémiste qui parvient à jouer sur la bonne conscience : ce discours joue sur un moralisme facile très répandu « à gauche » pour vous dispenser à bon compte de comprendre une situation politique, thème qui mériterait lui aussi d’être exploré à fond. Le terme « décolonialisme » présuppose que la décolonisation reste à faire, ce qui permet d’occulter la réalité des divers accès à l’indépendance dans les pays décolonisés, tout en inventant un combat de diversion dans les banlieues d’immigration. Le dossier des « Nouvelles censures » décrypte les leurres du décolonialisme et se concentre sur l’urgence concernant des phénomènes plus graves, en ce sens qu’ils jouent sur la peur des acteurs sociaux : laisser faire ce terrorisme intellectuel, c’est platement céder à la peur, et le problème, une fois qu’on l’a compris, est de faire en sorte que les institutions académiques tiennent leur rang, au lieu de se rendre complices par une trop prudente passivité. L’ensemble des articles publiés dans ce dossier est peut-être un signe qu’une résistance collective commence à s’organiser.

Les phénomènes de censure ou les luttes « identitaires » inavouées appartiennent au grand courant des luttes identitaires qui remplacent ou s’efforcent de remplacer les luttes de classe. Ce n’est pas dire qu’il faille en entretenir la nostalgie comme s’il n’y avait rien à critiquer dans une mobilisation classiste, mais il est de fait que les luttes identitaires de notre temps ne mobilisent manifestement qu’avec des effets désastreux, dans l’impossibilité logique où elles se trouvent de généraliser une lutte d’identité particulière : chacune se construit sur l’exclusion des autres, d’où le développement logique vers des luttes de tous contre tous, et notamment des concurrences victimaires, mais aussi une extension indéfinie des identités demandant à être protégées. À cela s’ajoutent les déplacements consternants que nous constatons dans les luttes sociales vers le domaine du chimérique : c’est le domaine des revendications infinies du client-roi qui se voudrait unique. Comment éviter un tel déplacement sans veiller à ce que la prétendue défense des « dominés » et l’invocation vague de « l’émancipation » ne servent de prétexte à intimider plutôt qu’à débattre ?