Je ne crois à l'éclatement, ni de la droite, ni de la gauche, parce que le système présidentiel l'empêche. [...] Du reste, pour le moment, la droite était au bord de la guerre civile et pourtant, elle n'a pas éclaté. Maintenant, Copé et Fillon sont copains comme cochons. Pourquoi ? Parce que les règles institutionnelles les empêchent de s'entre-tuer, même chose au PS. 
Jacques Julliard, entretien à nonfiction.fr
L’histoire de la guerre d’Algérie fait son chemin au gré des événements mémoriels et de l'apparition de nouvelles sources. L’anniversaire des cinquante ans de la signature des accords d’Evian, le 18 mars 1962, a provoqué une véritable ébullition dans le champ éditorial francophone. Entre essais historiques, témoignages d’anciens combattants français ou de militants du Front de Libération nationale (FLN), et travaux sur des populations parfois marginalisées comme les harkis, les livres pleuvent. Cette abondance d’écrits contraste singulièrement avec la pudeur, sinon l’embarras, qui caractérise l’attitude des deux Etats héritiers de ce conflit. Aucun n’a officiellement célébré le 19 mars, qui sonne encore comme une défaite pour certains Français et comme le début d’une rupture entre le pouvoir et la population côté algérien.
Nonfiction.fr a d’abord fait le choix d’aborder les ramifications historiques complexes de cette guerre et ses résonnances contemporaines avec Raphaëlle Branche, maîtresse de conférences à Paris-I, spécialiste de la violence coloniale. Puis de rendre compte de l’aventure singulière des Editions de Minuit, éditeur engagé dans la dénonciation de la torture au prix d’une lutte acharnée contre la censure d’Etat dès 1957. Ce dossier sera complété par plusieurs critiques de livres consacrés à l’histoire de cette guerre dans les semaines qui viennent.
Sommaire :
- Entretien avec Raphaëlle Branche, par Pierre-Henri Ortiz et Pierre Testard :
I- Des "événements" à la guerre d'Algérie.
III- L'embuscade de Palestro.
IV- La mémoire actuelle de la guerre d'Algérie.
- Raphaëlle Branche, L'embuscade de Palestro, par Lancelot Arzel.
- Anne Simonin, Le droit de désobéissance. Les Editions de Minuit en guerre d'Algérie, par Marion Pinchault.
- Entretien avec Anne Simonin, par Marion Pinchault.
- Regard croisé sur Violence ordinaire dans l'Algérie coloniale, de Sylvie Thénault, et L'OAS. La peur et la violence, d'Anne-Marie Duranton-Crabol, par Tramor Quemeneur.
A lire aussi :
- Sébastien Denis, Le cinéma et la guerre d'Algérie, par Olivier Hadouchi.
- François Malye et Benjamin Stora, François Mitterrand et la guerre d'Algérie, par Vincent Chambarlhac.
- Benjamin Stora, Le mystère De Gaulle. Son choix pour l'Algérie, par David Valence.
- Maria Romo-Navarrete, Pierre Mendès-France : héritage colonial et indépendances, par Thomas Vaisset.
- Frederick Cooper, Le colonialisme en question. Théorie, connaissance, histoire, par Claire Marynower![]()
3 commentaires
arthur
-La traduction etant une lecture aprofondie, laporter en anglais a ete pour moi l'occasionde reptrouver lepenseur de la democratie en Algerie justement: et puisilya eu olivier Grandmaison, de Paris-X Nanterre,qui mnous a laisse de remarquables depositions sur les boucheries de Tocquevillejustement en Algerie.
A ce propos,il me sembleque le general De Gaulle aurait dit que le tragique, justement, ce fut queTocqueville eut raison.
Quelqu'un pourrait-il me renesigner sur l'authenticite de ce jugement.
Charles Reesink
Winnipeg Canada
Serge ULESKI
La guerre d'Algérie ?
Quelle actualité est-ce là pour un Algérien de France ou d'Algérie ?
Quelles réponses, quelles solutions ?
GD
Pour le coup, il est assez stupéfiant et significatif, que votre dossier ne consacre pas un seul paragraphe au MNA et aux messalistes en général. De ce point de vue, il me semble qu'il y a là la trace de l'influence de la propagande officielle de l'Etat algérien.
De fait, si la recherche et la parole sont assez libres en France sur cette période, il faut prendre en compte que ce n'est pas le cas de l'autre côté de la Méditerranée, et que l'histoire de la guerre d'Algérie, côté algérien, a fait l'objet d'une réécriture systématique. Vous n'abordez pas non plus ce fait : la dissymétrie entre l'histoire écrite en démocratie et l'histoire écrite en dictature.
Le positionnement idéologique de l'Etat algérien devrait également faire l'objet d'un questionnement critique, avec la même sévérité que celui sur l'armée française.
Je crois que ceci montrerait dans toute son horreur ce que fut réellement cette guerre.