On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire. 
Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans.

Il ne se passe guère de semaines sans que soit publié en France un ouvrage sur la guerre d’Algérie. D’aucuns y voient le symptôme de la grande maladie d’autodénigrement qui affaiblirait la France depuis mai 1968. D’autres interprètent au contraire cette « volonté de savoir » comme un signe de vigueur. Ils avancent que le respect pour une histoire officielle, pour un récit momifié et camphré, est le propre des nations affaiblies ou convalescentes. Et observent que l’historiographie de la guerre d’Algérie est passée en trente ans du simple au complexe, du singulier au pluriel. Vinrent d’abord les récits et les mémoires. La lave des controverses n’y avait pas refroidi ; ces ouvrages-là s’offrent aujourd’hui comme des sources imprimées pour le chercheur, une fois démêlés l’écheveau des passions et des faits .
Les trois coups d’une histoire qui échappe à ses acteurs furent frappés au début des années 1990, avec des publications en forme de coups de poings bien assénés . Coup de poing à la bonne conscience décolonisatrice des gaullistes, qu’un retour sur le massacre de Charonne ébranla durablement. Coup de poing à tous ceux qui voulaient oublier que l’envoi du contingent à partir de 1956 avait nécessairement fait de la guerre d’Algérie un morceau de leur histoire. Coup de poing aux mémoires particulières, qui insistaient sur l’œuvre accomplie outre-Méditerranée ou sur l’humanité d’une armée française dont l’honneur n’aurait été compromis que par une poignée de misérables ou de fanatiques. La littérature scientifique sur la guerre d’Algérie se déploie aujourd’hui sur des terrains plus vastes, à la rencontre de l’opinion publique métropolitaine (voir à ce sujet le livre publié récemment sous la direction de Raphaëlle Branche et Sylvie Thénault) ou des « masses musulmanes », pour utiliser une expression qui fleure bon les années 1950. On pourrait résumer cette évolution d’une formule lapidaire : après les grands hommes, les événements ; après les événements, les sensibilités et la vie quotidienne. En consacrant un livre entier au discours du 16 septembre 1959, Benjamin Stora semble donc remonter le courant de l’historiographie pour analyser un événement. Plus d’un lecteur se prendra du reste à penser que l’ouvrage évoque la collection des « Grandes journées qui ont fait la France », chez un autre éditeur.
3 commentaires
David Valence
@"Anonyme" : je ne souhaite pas entrer dans une "concurrence des victimes" qui me semble à la fois vaine et sordide. Le livre ne portant pas sur la violence dans la guerre d'Algérie, ou les victimes civiles de ce conflit, etc, j'ai essayé de rendre compte avec le plus de neutralité possible de l'analyse du discours du 16 septembre 1959 par Benjamin Stora.
Il n'est nulle part écrit dans mon article, en outre, que ce discours était "le seul événement majeur" de la Guerre d'Algérie, comme vous l'écrivez, car ce serait insultant pour les nombreuses victimes de ce conflit. Vous verrez d'ailleurs que je parle de Sakhiet Sidi Youssef comme d'un autre événement "politique" important.
L'adjectif "politique" est ici important. N'engageons pas le débat sur "l'événement le plus important de toute la guerre", ce serait oiseux et polémique. En revanche, et je ne fais là que reprendre Benjamin Stora, il est possible et souhaitable de discuter du "principal événement politique de la guerre".
En toute sérénité.
KSANTINA
Derniére élement,sur mon numero d'INSEE,il est marqué 93,département de Constantine,quelle honte!!!
Anonyme
Merci à De Gaulle pour juin1958,qui a cocufié les chrétiens juif set musulmansqui souhaitaientl'integration.
Dans cet article,les pieds noirs disparus après le 19 mars,les harkis massacrés,le massacre de la rue d'Isly,les attentats OAS et FLN semblent n'avoir jamais exité.Quant aux cimetières saccagés,pas un mot.
C'est vrai que les miens étaient d'affreux colonialistes,comme le père de Stora qui était Algerie Francaise.j'aurais pu sauter dans mon berceau,puisque Sartre appelait à nous tuer.
Mais il est vraique nous sommes des bourreaux...
Un pied noir en exil depuis le 18 octobre 1962.