Je ne crois à l'éclatement, ni de la droite, ni de la gauche, parce que le système présidentiel l'empêche. [...] Du reste, pour le moment, la droite était au bord de la guerre civile et pourtant, elle n'a pas éclaté. Maintenant, Copé et Fillon sont copains comme cochons. Pourquoi ? Parce que les règles institutionnelles les empêchent de s'entre-tuer, même chose au PS. 
Jacques Julliard, entretien à nonfiction.fr
Rendre compte d’un ouvrage s’inscrit dans un rapport. Qu’il soit prescriptif, informatif, qu'il prétende à l’objectivité, appelle la controverse, le compte-rendu n’échappe jamais à cette loi du genre qu’est cette mise en relation de l'objet chroniqué avec d’autres genre(s), d’autre(s) topique(s). Ecrit à deux mains, François Mitterrand et la guerre d’Algérie vaut ainsi fenêtre sur la guerre d’Algérie, l’exercice du pouvoir sous la IVe République en guerre, le mitterrandisme, les gauches socialistes. Il s'inscrit à sa manière dans l'ordre actuel des interrogations sur la gauche et son histoire.
Enquêter
A suivre la 4e de couverture, c’est "une enquête passionnante sur le dernier tabou du mitterrandisme". L'enquête emprunte au récit documentaire, et l'on sent à la lecture le poids du reportage dans l'écriture : de brèves notations rendent la lecture quasi-filmique. Elles forment autant de respirations dans un récit centré sur le rôle du Garde des Sceaux du gouvernement Guy Mollet, éclairé par d'amples paragraphes sur la guerre d'Algérie, qui n'est encore qu'événements. De courts extraits d'entretiens avec des historiens, plus que des citations d'ouvrages, complètent le caractère enlevé du récit. Tramé par l'analyse du rôle de François Mitterrand, le récit s'inscrit dans l'horizon de l'abolition de la peine de mort par le premier président de gauche de la Ve République. Un hiatus articule le propos : le paradoxe existant entre le rôle du Garde des Sceaux signant les actes d'exécution, pesant- sans doute- dans les refus opposés par le Président René Coty au recours en grâce qu'il prépare au Conseil supérieur de la magistrature, et l'homme qui abolit la peine de mort. A l'aune de ce qu'il sera, François Mitterrand commet une faute morale et politique.
Une faute morale
La Journée des tomates est séminale dans le rapport du gouvernement Guy Mollet à l'Algérie . Sa lecture n'apporte que la répression, les actes terroristes s'enchaînent, contribuant à la militarisation de la répression, et l'effacement de la justice civile. La guillotine symbolise ce refus de reconnaître une lutte pour l'indépendance ; les "bois de justice" affirment publiquement que les nationalistes algériens ne sont pas des combattants – le peloton d'exécution l'aurait marqué- mais des criminels. Connaissant la situation algérienne et la pratique de la torture par l'armée française, François Mitterrand par son rôle de Garde des Sceaux pouvait intervenir, peser sur les grâces. Il n'en est rien. Il consent pour l'exemple à l'exécution de Fernand Iveton, membre du Parti Communiste Algérien, qui pourtant n'a jamais versé de sang, puisque la bombe qu'il tenta de poser n'explosa pas . Sans doute cette exécution donne-t-elle chez lui prise, rétrospectivement, au remords comme le soulignerait cette ellipse toute mitterrandienne :
"- Il y a eu des cas heurtés. Comme celui de ce pauvre communiste.
- Iveton.
(…)
- Qu'avez-vous voté sur le dossier Iveton?
- Je ne peux pas vous le dire."
La raison d'Etat s'impose au Garde des Sceaux. En regard de son futur, la faute est morale. Rien ne saurait justifier l'emballement de la guillotine sous la présidence du Conseil de Guy Mollet après coup. Soit une conclusion : François Mitterrand aurait "raté" le rendez-vous de la décolonisation, choisissant de suivre la politique de Guy Mollet, plutôt que de rompre.
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Corsiglia