On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire. 
Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans.

Cet ouvrage volumineux et très complet est l’adaptation de la thèse de doctorat en cinéma de Sébastien Denis. La photographie reprise en couverture s’avère d’emblée un choix très judicieux. Que montre-t-elle de si particulier, de si évocateur ? Un opérateur assis entre deux soldats en uniforme, armés et casqués, probablement à l’arrière d’un camion militaire. Le cinéaste tient une caméra dans la main droite, contre sa poitrine, et une mitraillette posée sur sa jambe, retenue par sa main gauche. Sont ainsi posés les rapports entre le cinéma et l’institution militaire qui feront l’objet de nombreux passages du livre. L’auteur rappelle notamment l’importance et le rôle méconnu du Service Cinématographique des Armées, la manière dont ce dernier rassemble des images, décide de ce qui doit ou ne doit pas être montré au public, aux colonisés et aux appelés. Notons au passage que le SCA n’existe plus en tant que tel aujourd’hui : ses archives ont été intégrées à l’ECPAD (Établissement de communication et de production audiovisuelle de la Défense), créé en 2001.
Un autre mérite du livre est de mettre à disposition du lecteur une mine d’informations, d’archives et de documents, fruit d’un travail de recherches impressionnant, autour d’un événement historique qui suscite parfois les crispations que l’on sait au sein de la société française (voir à ce sujet les nombreux travaux de Benjamin Stora). On remarque aussi que Sébastien Denis fait débuter la guerre d’indépendance algérienne en 1945, suite aux événements de Sétif, lorsque le statu quo se révèle impossible à accepter pour les colonisés soumis au joug de la France.
Dès lors, l’auteur se concentre sur la manière dont le cinéma a été utilisé pour "soutenir les thèses françaises sur l’Algérie de 1945 à 1962". D’ailleurs, si beaucoup de films ont été produits via des sociétés de production apparemment indépendantes, beaucoup parmi elles étaient en réalité des émanations de l’État, car c’était ce dernier qui finançait les productions filmiques. C’est l’objet de la première partie du livre, intitulée "Une production civile sous influence".
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