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Critique à nonfiction.fr

La phrase

On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire.

Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans. 

Fondation Jean Jaurès

Fondation Jean Jaures

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Palestro ou la violence coloniale mise à nu
[mercredi 07 avril 2010 - 10:00]
Histoire
Couverture ouvrage
L'embuscade de Palestro
Raphaëlle Branche
Éditeur : Armand Colin
256 pages / 18,05 € sur
Résumé : Un "événement" iconique dans la guerre d’Algérie ou comment expliquer et comprendre les violences coloniales.
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"Dans les gorges de Palestro, la douce fraîcheur des nuits s’estompe vite en ce mois de mai 1956. La lumière crue du soleil accentue encore le relief impressionnant qui se découpe sur le ciel bleu. Les parois de calcaire tombent droit ou s’éboulent dans l’oued Isser, laissant jaillir quelques cascades ; elles sont coiffées d’une végétation verte et dense qui se mêle à la roche, jusqu’à la suivre parfois dans le précipice  ". C’est dans ce paysage presque immobile que, sans crier gare, les combattants de l’Armée de Libération Nationale d’Algérie fondent, en hurlant, aux sons des youyous féminins, sur une petite section de jeunes appelés, commandés par le sous-lieutenant Hervé Arthur. Brefs échanges armés, dix-sept corps criblés de balles, quelques blessés dont un seul devait en réchapper. Des visages mutilés, des corps profanés : la violence du colonisé répond, en ce 18 mai 1956 à celle du colonisateur. L’opinion publique française s’émeut très vite de ce "massacre", et Palestro de devenir un nom effrayant. Il symbolise, dans l’imaginaire colonial des années cinquante, la "sauvagerie" des Algériens face aux jeunes soldats innocents. Cette image "binaire", donc idéale, ne rend pas compte d’une réalité historique comme toujours plus complexe. L’historienne Raphaëlle Branche nous conduit donc sur la route en lacets du réel, où violences coloniales, ressentiments et logiques socioculturelles se rencontrent pour créer l’événement. Son livre se distingue par une écriture fine, presque contée ; loin de renouer avec l’histoire événementielle, l’ouvrage ancre toutefois le "moment Palestro" dans une temporalité longue, celle de la colonisation de l’Algérie et de son indépendance. Il est issu d’une habilitation à diriger des recherches qui sera soutenue prochainement et est publiée dans une nouvelle collection dirigée par Stéphane Audoin-Rouzeau : "Le Fait guerrier".

Les travaux de Raphaëlle Branche ont, depuis sa thèse sur la torture pendant la guerre d’Algérie soutenue en 2000  , permis d’aborder autrement cette "guerre sans nom". Raphaëlle Banche compte au nombre de ces d’historiens – des femmes, en particulier   – qui ont pris à bras le corps la réalité sociale, culturelle et politique de l’Algérie coloniale. L’Embuscade de Palestro apparaît comme cette entreprise réussie pour mieux comprendre la violence coloniale – violence des colonisateurs comme des colonisés. Raphaëlle Branche considère cette embuscade avec les yeux des Algériens – combattants du FLN et population civile – : cet effort peut être considéré comme la première pierre d’un édifice, qui, au nom d’une histoire coloniale repensée, chercherait à cerner la spécificité des différentes situations coloniales.

Anatomie d'une embuscade

L’embuscade est un aspect majeur des guerres coloniales ; l’Algérie du Front de Libération Nationale n’y déroge pas. Difficultés à s’armer, vies maquisardes, organisation militaire embryonnaire sont des facteurs qui poussent les combattants du FLN à ces actions d’éclat que sont les embuscades : peu de coûts, financiers et humains ; prises de guerre maximales avec les fusils ennemis. Raphaëlle Branche voit pourtant une logique guerrière et coloniale dans l’embuscade de Palestro. Pour la décrypter, elle a recours à un vaste éventail de sources – du monument dédié aux colons morts de la révolte de Kabylie en 1871 aux témoignages oraux.

Titre du livre : L'embuscade de Palestro
Auteur : Raphaëlle Branche
Éditeur : Armand Colin
Collection : Le fait guerrrier
Date de publication : 10/02/10
N° ISBN : 2200353855
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6 commentaires

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ahmed ben osman fatma

08/06/11 23:55
Je veux rappeler à la France coloniale, le génocide perpétré sur toute ma famille, les Ouled Ben osman, les expropriations, les séquestres, dans la montagne de Maala, Zbarbar, où presque tous les ouled ben osman, enfants de riches terriens d'Alger, ont été massacrés par l'armée française, et qui n'ont dû leur salut qu'au changement de nom suivant le nouveau recencement en Algérie. Aujourd'hui je ressens encore la douleur de mes grands parents appauvris, et leurs enfants abatardis ce qui a plongé les générations qui ont suivi dans un désarroi profond qui reste encore gravé dans notre mémoire par la perte actuellement de notre identité, nos origines, notre héritage. Si je suis vivante aujourd'hui et que mon père a survécu à ce génocide c'est parceque les officiers français de l'état civil ont enregistré mon grand père sous un autre nom ce qui lui permettait ainsi d'échapper aux représailles. Il était complètement défiguré et portait le nikab pour cacher sa figure endommagée dans les combats contre l'invasion coloniale. Il avait deux trous dans le visage qui lui servait de nez et la lèvre supérieure arrachée. Il se faisait servir son repas tout seul et mangeait en solitaire pour que sa femme ne s'aperçoit pas de son visage défiguré. lorqu'un jour elle le surprit en train de se raser dans un miroir à travers les roseaux, elle s'enfuit et l'abandonna. Il mourut de désespoir. Je porte encore en moi la souffrance de mes parents et grands parents avec un noeud dans la gorge et les larmes qui me montent. La misère qu'ils ont vécu et que nous avons vécu alors qu'ils étaient très riches, qu'ils avaient des biens et des terres. Nous, nous avons fait des ménages, la lessive et manier la serpillère chez les pieds-noirs. Pour certains d'entre eux, nous n'avons aucune rancune car c'était des pauvres gens comme nous et ne nous faisaient aucun mal. Mais pour d'autres, ils méritaient de se retrouver dans l'embuscade de Palestro, à la place de ses appelés qui allaient casser de l'Arabe sans savoir pourquoi.

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Propagande

01/08/10 20:40
tant qu'à remonter en 1871 pourquoi ne pas remonter à la colonisation de la france par abd al rahmane et à chercher une justification dans les crimes contre l'humanité perpétrés par les kabyles à palestro dans les francs morts à la batailles de poitiers en 732 ?!
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Lancelot Arzel

19/04/10 14:31
Effectivement, il y a très clairement une filiation entre l'ouvrage d'Alain Corbin et celui de Raphaëlle Branche, bien qu'elle ne cite pas directement Le Village des Cannibales, dans sa bibliographie. Mais dans la continuité de Stéphane Audoin-Rouzeau, c'est bien une anthropologie historique qui est privilégiée, en prenant l'événement comme un prétexte à une histoire dense et étendue (rappelant aussi Le Dimanche de Bouvines de Duby).
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Jaune

10/04/10 14:40
La lecture du compte rendu de Lancelot Arzel me fait penser au "Village des « cannibales »" d'Alain Corbin (à la fois pour l'anthropologie historique, le travail des mémoires et les significations de la violence). L'ouvrage est-il cité en bibliographie par Raphaëlle Branche ?
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REGAL

08/04/10 11:11
Tenter de justifier l'injustifiable est totalement anachronique. Tenter de trouver des justifications complaisantes sur des actes d'une cruauté infinie est nauséabond. Cet acte abominable de non respect de la dignité humaine a été délibérement commis pour l'incitation à des représailles tout aussi terribles. Le fossé ainsi creusé, cumulé avec les horribles massacres du 8 mai 1945 et du 20 août 1955,sans oublier MELOUZA et autres, n'a fait que stigmatiser et entrainer un climat de haine réciproque pour un point de non retour.

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