On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire. 
Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans.
"Dans les gorges de Palestro, la douce fraîcheur des nuits s’estompe vite en ce mois de mai 1956. La lumière crue du soleil accentue encore le relief impressionnant qui se découpe sur le ciel bleu. Les parois de calcaire tombent droit ou s’éboulent dans l’oued Isser, laissant jaillir quelques cascades ; elles sont coiffées d’une végétation verte et dense qui se mêle à la roche, jusqu’à la suivre parfois dans le précipice ". C’est dans ce paysage presque immobile que, sans crier gare, les combattants de l’Armée de Libération Nationale d’Algérie fondent, en hurlant, aux sons des youyous féminins, sur une petite section de jeunes appelés, commandés par le sous-lieutenant Hervé Arthur. Brefs échanges armés, dix-sept corps criblés de balles, quelques blessés dont un seul devait en réchapper. Des visages mutilés, des corps profanés : la violence du colonisé répond, en ce 18 mai 1956 à celle du colonisateur. L’opinion publique française s’émeut très vite de ce "massacre", et Palestro de devenir un nom effrayant. Il symbolise, dans l’imaginaire colonial des années cinquante, la "sauvagerie" des Algériens face aux jeunes soldats innocents. Cette image "binaire", donc idéale, ne rend pas compte d’une réalité historique comme toujours plus complexe. L’historienne Raphaëlle Branche nous conduit donc sur la route en lacets du réel, où violences coloniales, ressentiments et logiques socioculturelles se rencontrent pour créer l’événement. Son livre se distingue par une écriture fine, presque contée ; loin de renouer avec l’histoire événementielle, l’ouvrage ancre toutefois le "moment Palestro" dans une temporalité longue, celle de la colonisation de l’Algérie et de son indépendance. Il est issu d’une habilitation à diriger des recherches qui sera soutenue prochainement et est publiée dans une nouvelle collection dirigée par Stéphane Audoin-Rouzeau : "Le Fait guerrier".
Les travaux de Raphaëlle Branche ont, depuis sa thèse sur la torture pendant la guerre d’Algérie soutenue en 2000 , permis d’aborder autrement cette "guerre sans nom". Raphaëlle Banche compte au nombre de ces d’historiens – des femmes, en particulier – qui ont pris à bras le corps la réalité sociale, culturelle et politique de l’Algérie coloniale. L’Embuscade de Palestro apparaît comme cette entreprise réussie pour mieux comprendre la violence coloniale – violence des colonisateurs comme des colonisés. Raphaëlle Branche considère cette embuscade avec les yeux des Algériens – combattants du FLN et population civile – : cet effort peut être considéré comme la première pierre d’un édifice, qui, au nom d’une histoire coloniale repensée, chercherait à cerner la spécificité des différentes situations coloniales.
Anatomie d'une embuscade
L’embuscade est un aspect majeur des guerres coloniales ; l’Algérie du Front de Libération Nationale n’y déroge pas. Difficultés à s’armer, vies maquisardes, organisation militaire embryonnaire sont des facteurs qui poussent les combattants du FLN à ces actions d’éclat que sont les embuscades : peu de coûts, financiers et humains ; prises de guerre maximales avec les fusils ennemis. Raphaëlle Branche voit pourtant une logique guerrière et coloniale dans l’embuscade de Palestro. Pour la décrypter, elle a recours à un vaste éventail de sources – du monument dédié aux colons morts de la révolte de Kabylie en 1871 aux témoignages oraux.
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ahmed ben osman fatma
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Lancelot Arzel
Jaune
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