On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire. 
Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans.

Les publications concernant la crise financière actuelle abordent, selon les cas, de manière plus ou moins approfondie et en se concentrant plutôt sur tel ou tel aspect, le contexte dans lequel cette crise intervient et ses causes, son déroulement et ses mécanismes, les mesures prises par les gouvernements et les banques centrales pour l’endiguer et/ou celles qu’il conviendrait de prendre, ses effets sur l’économie réelle et les mesures de relance qui s’imposent. Elles sont bien sûr tributaires de leur date de parution.
Le petit livre que vient de faire paraître Frédéric Lordon ) traite largement de la crise et de ses mécanismes, jusque fin août, date de l’arrêt de son manuscrit, avant la chute de Lehman Brothers donc, point sur lequel nous reviendrons. Parallèlement, l’auteur cherche à en dégager les causes profondes. Il en tire une critique radicale de la finance déréglementée (ou libéralisée), dont il montre qu’elle est complètement obnubilée par la poursuite de hauts rendements et qu’elle sous-estime systématiquement les risques qui y sont attachés.
Il montre, de même, les risques que la finance libéralisée fait courir à l’économie productive et la manière dont elle prend ainsi en otage l’État et les banques centrales, en démontant les arguments selon lesquels elle permettrait à la fois l’allocation optimale du capital et une meilleure gestion du risque. Il énonce alors un certain nombre de principes et de propositions visant à restreindre très sévèrement son champ d’action. Enfin, il donne, dans l’épilogue, une interprétation du contexte plus général dans lequel la crise intervient, en reliant celle-ci au régime d’accumulation en vigueur aux États-Unis depuis deux décennies.
Agréable à lire, ce livre trouve, nous semble-t-il, une sorte de confirmation dans le cours récent des événements, qui montre des banques peu empressées à se réformer, une fois obtenue la certitude que l’État ne les laissera pas tomber.
La finance libéralisée à l’origine de la crise actuelle
La cupidité des hommes et la concurrence que se livrent les institutions financières déterminent une prise de risque toujours plus importante. Celle-ci est soutenue par l’innovation financière, qui entretient l’illusion que ces risques peuvent être couverts ex ante. Il en résulte périodiquement une surévaluation des actifs (de telle ou telle catégorie), immanquablement suivie de l’éclatement de la bulle ainsi fabriquée. Il faut être conscient que la finance déréglementée ne comporte en effet "aucune force de rappel, aucune contre-tendance, aucun mécanisme d’autorégulation”, explique Frédéric Lordon.
1 commentaire
Jean-Marc
http://www.la-bas.org/article.php3?id_article=1555
Si la prière pouvait marcher, je mettrai un cierge pour que Sakozy prenne Lordon au pied de la lettre ;-))