On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire. 
Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans.

Pour un Small Business Administration Act à la française…et un peu plus
Ceci dit, on trouve dans les recommandations avancées dans la partie principale du rapport les raisons de ce peu considération pour la transparence. Si les gérants de fonds capturent une part si importante de la valeur, c’est parce que "la relation qui se noue entre un limited partner (investisseur) et un general partner (gérant) relève plus d’une logique d’appariement frictionnel que d’une transaction en concurrence parfaite ". La solution envisagée consiste à élargir le réseau du capital-investissement en France tout en y favorisant une concurrence accrue afin de rééquilibrer le partage de la rente entre gérants et investisseurs.
La principale recommandation du rapport concerne la mise en place d’une Small Business Administration sur le modèle américain. Aux États-Unis, cette agence créée en 1953 a pour vocation de conseiller les PME, de leur faciliter l’accès au crédit bancaire et de leur allouer une portion des contrats publics. Il n’en existe pas d’équivalent en France, ou plutôt de façon très française, une multitude d’ersatz peu efficaces, diront les mauvaises langues. Tout d’abord des dispositifs d’incitation fiscale adressés aux investisseurs : fonds communs de placement à risque (FCPR), fonds communs de placement dans l’innovation (FCPI). Ensuite un statut : celui de Jeune Entreprise Innovante (JEI). Enfin un large réseau d’intervenants locaux, les Chambres de Commerce et d’industrie. Les auteurs recommandent une centralisation de l’ensemble, incluant la création d’un statut fiscal unique de l’investissement dans le non-coté et celle d’une agence centrale sous l’égide d’un ministère des PME.
En admettant qu’une telle réforme soit possible, serait-elle suffisante ? Pas de l’avis des auteurs en tous cas, qui en appellent à une perspective plus large, renouant avec l’ambition suggérée par le titre du rapport. Pour attirer l’investisseur vers les projets innovants donc risqués, il faut lui garantir de pouvoir retirer ses billes à moindre perte en cas d’échec : "des possibilités de sortie restreintes accroissent les pertes en capital en cas d’échec en imposant de poursuivre plus longtemps une activité déficitaire " . Autrement dit, le financement du risque n’aime pas les rigidités, et en particulier celles sur le marché du travail. Ainsi, un effort généralisé de flexibilisation de l’économie doit être entrepris comme complément à la création d’une Small Business Administration. C’est donc bien l’ensemble du "capitalisme français " qui serait à revoir![]()
* À lire également sur nonfiction.fr :
- l'article d'Éric Monnet "Faut-il brûler Alan Greenspan ?", qui revient sur la question des responsabilités de l'ancien président du conseil de la Banque centrale américaine.
- la critique du livre de Solveig Godeluck et Philippe Escande, Les pirates du capitalisme (Albin Michel), par Luc Goupil.
- la critique du livre d'Augustin Landier et David Thesmar, Le grand méchant marché (Flammarion), par Patrick Cotelette.
- la critique du livre d'Olivier Godechot, Working Rich. Salaires, bonus et appropriation du profit dans l'industrie financière (La découverte), par Luc Goupil.
- la critique du livre de Jacques Hamon, Bertrand Jacquillat et Christian Saint-Etienne, Consolidation mondiale des bourses (Conseil d'Analyse Economique), par Mahdi Ben Jelloul.
- la critique de l'ouvrage collectif Comprendre la finance contemporaine (La découverte), par Jérémie Cohen-Setton.
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