On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire. 
Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans.

Dans son dernier numéro, la revue Regards croisés se fixe un nouvel objectif ambitieux : "faire une synthèse claire et pédagogique" de la finance contemporaine. Après avoir traité de la fiscalité, puis des services publics, cette revue semestrielle créée par un collectif d’étudiants en économie montre une nouvelle fois qu’il est possible de vulgariser sans caricaturer. Tout n’est bien sûr pas parfait, mais les ingrédients de la formule restent efficaces : de courtes contributions rédigées par des spécialistes pour saisir les enjeux d’un problème ; des encadrés rédigés par des étudiants pour contextualiser et donner des clés de lecture ; et des compléments en ligne pour approfondir certaines questions.
Vulgariser sans caricaturer : essai (presque) transformé
L’ouvrage offre un panorama relativement complet de la finance contemporaine. On y explore l’évolution de ses fonctions (transfert de richesse dans le temps, gestion du risque, mise en commun des richesses, d’information et de règlement), de ses pratiques (la titrisation), et de ses acteurs (hedge funds, fonds souverains …). Il n’est pas faux de dire que l’on passe de temps en temps du coq à l’âne (métiers de la finance, microfinance …), mais qu’importe vu le nombre de sujets que l’on survole.
Ce qui est plus gênant, c’est le caractère inutilement technique de certaines contributions qui laissera perplexe le lecteur novice. Attention donc à ne pas trop se perdre dans certains passages indigestes (particulièrement les contributions sur les nouveaux acteurs de la finance et sur la théorie de l’efficience informationnelle) et à privilégier les contributions où un véritable effort pédagogique a été fait.
Un manque de contrepoints
Aussi, l’accumulation de contributions ouvertement critiques vis-à-vis de la théorie néoclassique nuit à l’équilibre de ce numéro. Non pas qu’il faille défendre coûte que coûte le courant mainstream de l’économie, mais on s’étonne de ne pas voir, sur des sujets aussi essentiels que "la notion de valeur fondamentale" ou "la théorie de l’efficience informationnelle", de contrepoints aux critiques formulées par les auteurs. Certes, il est difficile de faire une revue des différentes approches que les auteurs d’inspiration néoclassique ont développées pour répondre à ces critiques, mais il aurait fallu essayer ne serait-ce que pour signaler au lecteur novice ce qui fait aujourd’hui encore débat et ce qui ne le fait pas. La partie portant sur les politiques publiques souffre d’un défaut similaire et mériterait aussi qu’un contrepoint aux positions prises par les auteurs soit formulé pour éviter que des recommandations de politiques publiques non consensuelles ne paraissent comme telles (on pense ici à la contribution sur la prise en compte des fluctuations financières dans la formulation de la politique monétaire, "Que devraient faire les banques centrales ?").
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