Au nom de quoi devrais-je m'abstenir de penser que les oeuvres de Bach ou Mozart sont infiniment plus profondes, plus riches et plus précieuses à tous égards que le tambourin ou le flûtiau de ce que Lévi-Strauss appelle les "sociétés sauvages" ? Un tel jugement de valeur n'implique nulle xénophobie, pas davantage la moindre volonté colonisatrice ou impérialiste, simplement l'expression d'un choix dont on voit mal au nom de quelle morale débile il devrait être interdit. 
Luc Ferry, Le Figaro, le 9 février 2012.
Bientôt de nouveaux résultats !
Il y a maintenant presque un an et demi que le monde, ou plutôt sa partie occidentale, est rentrée dans une crise dont elle ne voit pas la fin. De proche en proche, tous les signaux sont passés au rouge aux États-Unis : éclatement de la bulle immobilière (qui n’est d’ailleurs pas encore terminé), propagation aux prêts hypothécaires subprimes, puis aux titres adossés à ces derniers. Les engagements dans les bilans des sociétés financières se sont considérablement alourdis, la confiance dans la solvabilité des banques s’est effondrée, le dollar a connu une chute spectaculaire. Puis l’été 2008 mit fin aux espoirs d’un "atterrissage en douceur" : faillite des agences de prêt garanti par l’État fédéral (Government Sponsored Entities, GSE), les désormais célèbres Fannie Mae et Freddie Mac, qui fit tomber en trois petites semaines le château de cartes des principales institutions bancaires.
La suite, cela a été simplement la fin du monde financier tel qu’il était connu depuis les années de financiarisation de l’économie. Fin des grandes banques d’investissement, sauvetage d’une société d’assurance, AIG, donc non soumise en théorie au champ de réglementation de la Fed, mise en place d’un plan de sauvetage aux dimensions inédites. Les décideurs naviguent à vue, dans un territoire totalement inconnu (ou, pour le dire approximativement à la manière de Brad DeLong, "2008 n’est pas 1929, car Bernanke et Paulson sont résolus à ne pas refaire les erreurs de 1929 (…), ni celles des années 1970, ou celles de la Banque du Japon dans les années 1990. Ils veulent faire leurs propres erreurs inédites"). Les analystes voient le château de carte s’effondrer, leurs graphiques s’affoler, leurs titres d’assurance contre les défauts de paiement de la dette anticiper le risque plutôt que le couvrir.
Fin de cette petite chronologie, retour au présent. Tentons d’éclairer les mécanismes à l’œuvre, à l’aide des très nombreux textes parus sur Internet ou dans la presse. Il est difficile de sélectionner les informations intéressantes dans le flot d’analyses qui sont publiées. Nous tenterons ici de souligner un parcours compréhensible et complet, mais sans hésiter à entrer dans les détails si nécessaire. Bien que de nombreuses analyses de qualité soient en anglais, nous tenterons de mettre en référence le plus souvent possible des textes en français.
D'où vient la crise ?
On sait quel fut l'élément déclencheur de la crise : des prêts hypothécaires à haut risque (les fameux subprimes) accordés à de nombreux ménages pauvres. Ces prêts se sont retrouvés "noyés" dans les actifs des grandes banques et fonds d'investissement par le mécanisme de "dérivé de crédit" (un contrat de gré à gré qui permet de transférer le risque et le rendement d'un actif à une contrepartie sans pour autant céder la propriété de l'actif). Ces dérivés (CDO et CDS) offraient un fort rendement jusqu'à ce que les ménages ne puissent plus rembourser leur prêt. Les titres indexés sur ces prêts et détenus par les investisseurs sont aujourd'hui ceux que l'on nomme "toxiques" ou "pourris". L'enchainement qui s'en est suivi est décrit ainsi par l'économiste Cedric Tille : "Alors que les acteurs du marché avaient confiance dans la valeur de ces titres jusqu'au début de 2007, le ralentissement du marché immobilier a fait voler les certitudes en éclat. Non seulement la valeur des titres est bien en dessous des estimations précédentes, mais elle demeure très incertaine. Cette incertitude empoisonne les marchés. Les banques ne sont pas sûres de la valeur de leurs avoirs, et choisissent d'accumuler des réserves de liquidité au cas où. Comme tout le monde procède de la sorte, des marchés qui fonctionnaient de manière fluide sont maintenant grippés".
4 commentaires
MartinK
lodin
Mocky
Merci
Erasmus
J'aimerais être informé sur le sujet. Merci!