Rédacteur

Secrétaire général de Nonfiction

La phrase

Au nom de quoi devrais-je m'abstenir de penser que les oeuvres de Bach ou Mozart sont infiniment plus profondes, plus riches et plus précieuses à tous égards que le tambourin ou le flûtiau de ce que Lévi-Strauss appelle les "sociétés sauvages" ? Un tel jugement de valeur n'implique nulle xénophobie, pas davantage la moindre volonté colonisatrice ou impérialiste, simplement l'expression d'un choix dont on voit mal au nom de quelle morale débile il devrait être interdit. 

Luc Ferry, Le Figaro, le 9 février 2012.

Fondation Jean Jaurès

Fondation Jean Jaures

C N L

CNL

Les idées sur le Web

Bientôt de nouveaux résultats !

Crise financière : contrepoints
[vendredi 19 septembre 2008 - 16:00]

Deux articles parus dans l’édition du Monde du 19 septembre 2008 offrent une vue décalée sur la crise financière actuelle par rapport à la vision du tsunami présentée par Jacques Attali il y a quelques jours.

 

Microéconomie vs macroéconomie

Pour François David, président de Coface , la crise financière n’est ni plus ni moins qu'une crise comme les autres dont on tirera les leçons. Dans son article intitulé "Non, il n’y aura pas de tsunami économique", il critique la fiabilité des études macroéconomiques pour vanter les mérites de l’approche microéconomique, notamment l’analyse de l’évolution des défauts de paiement des entreprises. Selon lui, le ralentissement économique se signale par une augmentation de l’ordre de 30 % de la courbe des incidents de paiements des grands pays. Les bulles financières seraient les produits d’une baisse de vigilance des consommateurs, des entreprises et des prêteurs, baisse qui se reproduirait cycliquement, tous les cinq à huit ans.

La difficulté particulière de la crise actuelle tient à ce qu’elle se nourrit de trois chocs concomitants : il s'agit d'une triple crise bancaire, immobilière et inflationniste, alors que la crise de 2001 se limitait à une bulle technologique. Toutefois, François David tempère fortement la vision pessimiste qui semble actuellement gangner du terrain, en évoquant deux facteurs : d’une part, la bonne situation financière des entreprises, mieux armées face à la pénurie du crédit, et d’autre part, le poids des pays émergents dans l’économie mondiale, qui a doublé depuis 2001.

 

Hégémonie des mathématiques

Christian Walter, professeur-associé à Sciences-Po et gérant associé de H et W Conseils, souligne, dans son article "Finance, maths et humanités", la domination de la théorie financière mathématisée. La modélisation mathématique fait figure de dogme pour la finance mondiale et s'impose à la société. Selon la terminologie employée par Bruno Latour et Michel Callon , Christian Walter parle d’encastrement de la finance professionnelle contemporaine dans la modélisation mathématique. Il s’agit, en outre, d’un encastrement cognitif : le langage mathématique pénètre les règlementations et les normes comptables internationales. Bref, le système entier serait basé sur un modèle mathématique, dont personne ne s’interroge sur sa validité.

L’économiste prend l’exemple du dédoublement artificiel du marché entre sa "partie fondamentale" et sa "partie spéculative". Déplorant l’impasse du débat opposant irréductiblement les partisans et les adversaires du marché, l’auteur critique la division conceptuelle actuelle datant de la première moitié du XIXe siècle. La critique ne porte pas in fine sur l’excès de la mathématisation, mais sur le défaut de remise en cause des modèles mathématiques actuels. Christian Walter conclut par l’actualité de la notion d’humanités scientifiques en finance.

 

* François David, "Non, il n’y aura pas de tsunami économique", Le Monde, 19.09.2008

* Christian Walter, "Finance, maths et humanités", Le Monde, 19.09.2008

 

* À lire également sur nonfiction.fr :

- le dossier intitulé "Éclairages sur la crise financière"

- l'article d'Éric Monnet, "premiers regards sur la crise financière", qui dresse un panorama des origines de la crise, de ses développements et des solutions envisagées par les experts. Il fournit également des liens utiles pour approfondir la question.

- l'article d'Éric Monnet, "Faut-il brûler Alan Greenspan ?", qui revient sur la question des responsabilités de l'ancien président du conseil de la Banque centrale américaine.

- la critique du livre de Jérôme Glachant, Jean-Hervé Lorenzi, Philippe Trainar (dir.), Private equity et capitalisme français (La Documentation française), par Luc Goupil.

 - la critique du livre de Solveig Godeluck et Philippe Escande, Les pirates du capitalisme (Albin Michel), par Luc Goupil.

 - la critique du livre d'Augustin Landier et David Thesmar, Le grand méchant marché (Flammarion), par Patrick Cotelette.

- la critique du livre d'Olivier Godechot, Working Rich. Salaires, bonus et appropriation du profit dans l'industrie financière (La découverte), par Luc Goupil.

- la critique du livre de Jacques Hamon, Bertrand Jacquillat et Christian Saint-Etienne, Consolidation mondiale des bourses (Conseil d'Analyse Economique), par Mahdi Ben Jelloul.

- la critique de l'ouvrage collectif Comprendre la finance contemporaine (La découverte), par Jérémie Cohen-Setton.

Commenter Envoyer à un ami imprimer Charte déontologique / Disclaimer digg delicious Creative Commons Licence Logo

5 commentaires

Avatar

kaicer

30/09/09 10:40
Je pense que porblème c'est au niveau de l'appliquation des certains modèles mathématiques sinon tout ce progré que le monde a connu
soit en physique ou autre grace aux mathématiques devrait être annulé.
Avatar

laurent

26/09/08 00:51
J'ai l'impression qu'il n'y a plus aucune certitude sur la valeur des matières premières ou des biens matériels. Si c'est le cas, il faut acheter de l'immatériel ayant pour assurance une "valeur humaine". Je ne vois que l'ART. La culture est le meilleur investissement sur l'avenir de l'homme et chaque oeuvre étant unique, il ne peut pas y avoir de réelle concurrence. Il est évident que le "gros" marché de l'Art issue d'une certaine spéculation où les côtes s'envolent n'est pas la meilleure assurance, mieux vaut privilégier les "petites côtes" des répertoires de cotations et qui ne pourront que croitre avec le temps. Je parle en fait des centaines d'artistes qui remplissent les galeries "artisanales" de nos villes.
Si les gens qui ont un peu d'économies se mettent à acheter de l'Art, alors les banques estimeront leurs clients comme étant solvables et reprendront peut-être confiance.
Consulter www.drouot-cotation.org , le Larousse des cotations.
A bon entendeur, salut.
Avatar

message vesperal

23/09/08 21:21
un autre :

http://www.arhv.lhivic.org/index.php/2008/09/22/816-sept-jours-qui-ebranlerent-la-finance
Avatar

cmatteo

22/09/08 19:08
François David intervient régulièrement à l'encontre des "Cassandre" en économie. Il avait publié un certain nombre d'articles sur son thème de prédilection, le commerce extérieur, arguant qu'un déficit commercial comme celui de la France n'est pas forcément signe de mauvaise santé économique. Il revient ici avec les mêmes armes, un style simple et les données de la Coface. Ces dernières donnent à ses commentaires optimistes un côté "bottom up" toujours enrichissant.

Son autobiographie, "Itinéraire d'un énarque gâté", foisonne d'anecdotes plutôt amusantes sur son parcours, en particulier à la Direction des relations économiques extérieures (DREE) de Bercy.
Avatar

message matinal

20/09/08 10:23
un autre contrepoint : le blog de F. Lordon (CNRS) sur le site du Monde diplomatique

http://blog.mondediplo.net/La-pompe-a-phynance

Déposez un commentaire

Pour déposer un commentaire : Cliquez ici