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On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire.

Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans. 

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Un féminisme unidimensionnel
[vendredi 17 juin 2011 - 15:30]
Sociologie
Couverture ouvrage
La femme unidimensionnelle
Nina Power
Éditeur : Les prairies ordinaires
105 pages / 11,40 € sur
Résumé : Un essai inégal dans lequel Nina Power, sous prétexte de livrer une critique radicale du féminisme, produit une image réductrice de la femme.
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Cela fait maintenant plusieurs décennies que le mouvement féministe s'est imposé sur la scène publique comme une force critique incontournable dans les pays occidentaux. Malgré tout, de nombreuses inégalités persistent entre les hommes et les femmes. Ces inégalités se matérialisent en termes de salaires autant qu'elles se maintiennent dans les mentalités, sous la forme de stéréotypes de genre. Qu'est donc devenu ce mouvement qui engagea au cours du vingtième siècle un formidable bouleversement culturel, économique et social ? Quelle est la situation du féminisme aujourd'hui ? Pour répondre à cette question, Nina Power débute La femme unidimensionnelle par un détour. Il y a près de cinquante ans, Herbert Marcuse publiait un essai dans lequel il avançait l'idée que la "société industrielle avancée" a pour propriété de façonner les désirs des individus, si bien que ces derniers, de leur propre volonté, se confortent aux exigences sociales dominantes  . De son plein gré, l'esclave reproduit la volonté du maître. Son esprit se ferme, ses envies se calquent sur ce qu'on lui impose. Il devient peu à peu "unidimensionnel". À l'heure où le "capitalisme" semble imprégner chaque facette de la vie des individus, peut-on appliquer aux revendications féministes la formule de Marcuse ? La femme d'aujourd'hui est-elle unidimensionnelle ?

 

Sarah Palin : "vraie" ou "fausse" féministe ?

Dans cet essai inégal et contradictoire, Nina Power propose quelques réponses. Elle cherche plus précisément à établir un état des lieux critique de la situation du féminisme contemporain. Dès le début, son constat est lancé : le féminisme va mal. Il souffre d'une "récupération" par des individus et des groupes qui le déforment, le contournent, le trahissent, et en définitive lui font perdre toute crédibilité. La philosophe de la Roheampton University s'engage alors dans une traque rageuse de ce qu'elle identifie comme étant les symptômes d'un féminisme en pleine dégénérescence.

Première cible : Sarah Palin, ancienne gouverneure de l'Alaska et candidate à la vice-présidence en 2008 pour le Parti républicain. Cette figure médiatique de la vie politique américaine se démarque parce qu'elle réussit à combiner deux éléments a priori incompatibles. Elle est une femme, qui revendique son identité de femme. Mais elle est aussi ultraconservatrice – dans une variante plutôt prononcée, fervente chrétienne et défenseuse des mères au foyer. Nina Power dissèque brièvement mais efficacement l'alchimie de ces deux ingrédients du point de vue médiatique. Elle constate à quel point la politicienne américaine réussit à jongler avec succès entre son rôle de femme indépendante bien déterminée à réussir sa vie professionnelle et celui de mère de famille qui a toujours du temps à consacrer à ses enfants. En quelques années de travail sur son image, Sarah Palin est devenue la brillante et nouvelle emblème d'un féminisme ultraconservateur.

Bien entendu, Nina Power s'insurge de cette "récupération". Comment peut-on ainsi attribuer à la lutte des femmes pour l'émancipation des desseins si néfastes pour la cause féministe ? Cet argument recevable comporte toutefois de nombreuses limites. D'une part, voir en la personne de Sarah Palin le signe d'un féminisme à la dérive, n'est-ce pas confondre la réalité de ce mouvement avec des icônes médiatiques plus ou moins éphémères ? D'autre part, n'est-ce pas absurde de supposer que les femmes politiciennes devraient être, parce qu'elles sont des femmes, "meilleures" ou plus "gentilles" que les hommes ?

Peu nous importe si Sarah Palin incarne une forme de conservatisme antiféministe sous couvert de féminisme. Sa présence au premier plan de la scène politique américaine montre surtout que des femmes occupent peu à peu des positions de pouvoir et défendent des opinions divergentes ; ce qui pourrait être un idéal féministe. Cette réflexion s'applique d'ailleurs à tous les groupes dominés socialement. Doit-on systématiquement attendre que les individus d'origine étrangère luttent contre le racisme, que les politiciens issus des classes populaires prônent des mesures en faveur des quartiers défavorisés, que les juifs défendent Israël et les musulmans la Palestine ? Au lieu de ghettoïser les dominés en les renvoyant constamment à leur statut de dominés, ne faut-il pas plutôt fixer comme objectif l'obsolescence des catégories de la domination ? Tant que l'on attendra d'une femme politique qu'elle soit forcément féministe, comme le sous-entend Nina Power, on propagera l'idéal d'une société où les femmes resteront renvoyées à un rôle prédéterminé, celui de femmes devant être féministes parce qu'elles sont des femmes.

Titre du livre : La femme unidimensionnelle
Auteur : Nina Power
Éditeur : Les prairies ordinaires
Titre original : One Dimensional Woman
Collection : Penser Croiser
Date de publication : 09/01/10
N° ISBN : 235096048X
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1 commentaire

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@boris_tweets

19/06/11 00:16
Très bonne critique!

Je vous rejoins sur certains points, mais ne suis pas d'accord sur d'autres. En particulier, j'aime beaucoup l'exemple de "Sex And The City," que j'ai utilise plusieurs fois moi-même comme symbole de l'anti-feminisme contemporain (sans savoir que Nina Power l'avait choisi, évidemment). Le chocolat me parait aussi très pertinent. Peu importe que l'écrasante majorité de la population ne dépense pas cinq mille dollars en sacs a mains tous les mois. Je pense que le rôle social importe bien plus que la classe sociale (dont il peut quand meme parfois être fonction). On parle ici d'identité, c'est donc les représentations et les allégeances qui comptent, pas vraiment la taille du chéquier. Justement, les "représentations de personnes conquérantes, blanches, riches" tendent a s'appliquer a toutes les femmes, c'est bien la le problème.

Mais pourquoi se limiter aux femmes (c'est mon principal problème avec le féminisme)? Pourquoi ne pas considérer tous les "groupes dominés socialement" a qui l'on assigne un rôle. Et d'ailleurs, ne faudrait-il pas élargir encore cette réflexion? Je suis d'avis que les **individus** des groupes non-domines et dominants ne choisissent pas plus que ceux des groupes domines le rôle social qu'on attend d'eux (c'est la ou je ne suis pas Marcuse).

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