La phrase

Je ne crois à l'éclatement, ni de la droite, ni de la gauche, parce que le système présidentiel l'empêche. [...] Du reste, pour le moment, la droite était au bord de la guerre civile et pourtant, elle n'a pas éclaté. Maintenant, Copé et Fillon sont copains comme cochons. Pourquoi ? Parce que les règles institutionnelles les empêchent de s'entre-tuer, même chose au PS.

Jacques Julliard, entretien à  nonfiction.fr

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Eric Hobsbawm, l'historien passe-frontières
[mardi 02 octobre 2012 - 09:00]

La mort hier de l’historien britannique Eric Hobsbawm nous oblige à rendre hommage à un grand intellectuel, ayant brassé des champs très divers et une large vision du passé d’un point de vue global. Ses maîtres-livres sur l’histoire contemporaine (L’ère des révolutions : 1789-1848, Fayard, 1970, L’ère du capital, Fayard, 1978, L’ère des empires : 1875-1914, Fayard, 1989, L’âge des extrêmes. Le court XXe siècle 1914-1991, Complexe, 1999) s’assimilent à de vastes synthèses typiques d’une vision de l’histoire outre-Manche embrassant des thèmes à la fois politiques, économiques, sociaux et culturels. Diplômé de Cambridge, il enseigna à partir de 1947 au Birkbeck College de Londres et fut professeur invité dans de nombreuses universités, dont Stanford et le Massachusetts Institute of Technology (MIT) aux Etats-Unis, ainsi qu'en France et en Amérique latine.

Né en 1917 à Alexandrie, sa vie fut une véritable traversée de ce "court XXe siècle" qu’il décrira dans L’âge des extrêmes. Son autobiographie (Franc-Tireur. Autobiographie, Ramsay, 2005), écrite d’une plume passionnée, fut un best-seller international, ce qui est une rareté pour un récit personnel d’historien. Rares sont en effet les historiens qui ont connu une telle réputation internationale, sa vision globale et pluridisciplinaire de la science historique traversant il est vrai plus facilement les frontières qu’une conception strictement nationale du passé. Dans cet ouvrage personnel, il revenait en particulier sur son enfance à Vienne, à Berlin (où il fut victime avec sa famille de persécutions antisémites) et sur son engagement au Parti communiste à partir de 1936. Intellectuel de profession, il s’intéressa de près aux sphères politiques, notamment à l’état des forces de gauche en Europe au cours de la guerre froide.

Eric Hobsbawm s’est du reste particulièrement intéressé à la France, notamment à la Révolution française et à son historiographie dans un ouvrage (Aux armes, historiens. Deux siècles d’histoire de la Révolution française, La Découverte, 2007) trop tardivement publié en français et qui restitue de manière magistrale les différentes tendances interprétatives de l’événement fondateur de l’ère contemporaine.

Parmi ses derniers livres traduits en français, Les Enjeux du XXIe siècle (Complexe, 2000) et L’Empire, la démocratie, le terrorisme (André Versaille, 2008) furent des éclairages audacieux d’histoire immédiate, témoignant de sa faculté à interpréter le passé pour comprendre les enjeux du temps présent.

Fidèles à une tradition marxiste, ses écrits furent mal reçus par l’intelligentsia française à partir du milieu des années 1990. Alors qu’il avait été traduit et publié par Gallimard encore en 1992 (Nations et nationalismes depuis 1780 : programmes, mythe et réalité, Gallimard, 1992), Pierre Nora refusa de publier The Age of Extremes ("en France, et en ce moment, il passe mal" se défendit l’éditeur), qui fut donc traduit et publié en français grâce à l’éditeur bruxellois André Versaille avec l’aide du Monde diplomatique (L’Âge des Extrêmes. Le court XXe siècle 1914-1991, Complexe, 1999). Etonné par cette réception difficile à Paris, Hobsbawm s’en expliqua dans la préface en français de l’édition de son livre, pourtant majeur, et resta par la suite fidèle à l’éditeur bruxellois.

Ses deux ouvrages les plus originaux ont cependant récemment été réédités en France (Les Bandits, Zones, 2008 et Les Primitifs de la révolte dans l'Europe moderne, Fayard/Pluriel, 2012). Proches de la démarche de l’historien américain Howard Zinn, ils retracent une histoire "par le bas" des marginaux de la société.
 
* A lire aussi sur nonfiction.fr, les recensions de ses ouvrages Marx et l'Histoire et Aux armes historiens, deux siècles d'histoire de la révolution française
 

Damien AUGIAS
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4 commentaires

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Ariane

03/10/12 20:18
Pierre Nora avait refusé de publier L'âge des extrêmes d'Hobsbawn.
Et Nora est adulé par les médias: http://vanessa-schlouma.blogspot.fr/2011/08/celebration-dune-biographie-de-pierre.html
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NN

03/10/12 16:10
Il ne faudrait pas oublier, cher Damien Augias, le gros et passionnant volume intitulé "Rébellions, la résistance des gens ordinaires : jazz, paysans et prolétaires", paru en 2011 en traduction française aux éditions ADEN. On y trouve des articles divers sur les combats des ouvriers, des paysans, des femmes, des chroniques sur le jazz, sur le banditisme, etc : une anthologie, en somme, des principales préoccupations d'Hobsbawm...
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Byzance

02/10/12 19:32
http://www.nonfiction.fr/article-2898-le_temps_les_chiffres_et_la_croix__vies_de_pierre_chaunu.htm

Je ne peux m'empêcher de faire référence à une "discussion" que j'avais eu avec David Valence suite la mort de Chaunu. Difficle de pardonner à Hobsbawn de rester un admirateur d'Octobre et de ne jamais avoir renié Staline ? Personnellement je trouve que ça n'a aucune importance dans les deux cas mais je ne résiste pas au plaisir de ce petit parallèle.
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Alexandro

02/10/12 11:18
Avis aux lecteurs anglophones: le Guardian propose des articles nombreux et intéressants sur Eric Hobsbawn:

http://www.guardian.co.uk/books/eric-hobsbawm

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