La phrase

Le désespoir me paraît éminemment raisonnable et ennuyeux. Je n’ai aucune patience face à des artistes dont la fonction première est de formuler l’impossibilité de leur art, qui en un sens font de la mélancolie un produit de consommation – tout comme je ne m’intéresse pas aux artistes qui sont exclusivement affirmatifs et qui ont fait de la stupidité de la culture un fétiche commercial. Les ballons en forme de chiens, etc. Je crois que le plaisir sexuel, la couleur étrange du ciel après un orage, le flot des feux arrière des voitures sur un pont ou la façon dont le silence s’affine ou s’épaissit avant que la musique ne commence – le politique doit harnacher tout cela. Le politique doit poser un harnais sur le libidinal.  

Ben Lerner, The Believer, septembre 2014 (traduction de nonfiction)

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CNL
DOSSIER – Histoire mondiale, histoire globale, histoire connectée…
[vendredi 05 octobre 2012 - 08:00]

"Histoire globale", "histoire connectée", "world history"… Quel que soit le nom qu’on préfère lui donner, un important mouvement scientifique et éditorial semble ébranler, en France comme à l’étranger, les représentations communément admises de la coexistence et de la mise en relation des peuples.

Derrière une cette variété d’étiquettes au demeurant énigmatiques s’esquisse en somme une nouvelle histoire des Grandes découvertes prises comme événements organisateurs du "grand désenclavement"  ou de "l’invention du monde" . En écho à la mondialisation et dans un échange renouvelé avec l’anthropologie émerge un nouveau discours historique sur la planète des hommes, une vision décentrée qui entend écorner une certaine domination symbolique (et culturelle) de l’Occident établie au moyen d’un "vol de l’histoire" .

De diverses manières, le regard de certains historiens change ainsi d’échelle et se détourne des grandes fresques totalisantes de la "grammaire des civilisations"  pour mieux se concentrer sur l’analyse resserrée de leurs points de rencontre – effective ou manquée. Assumant le choix d’un renoncement aux récits nationaux et/ou téléologiques, ceux-ci se livrent dès lors à une histoire qui entreprend d’affronter selon divers détours la question de l’altérité. Une moderne histoire moderne ; une histoire d’aujourd’hui, tournée vers le présent.

A l’occasion de la publication d’une critique du dernier livre de Serge Gruzinski sur la première mondialisation, nonfiction.fr vous propose donc de redécouvrir plusieurs des quelques titres symboles d’un renouvellement historiographique annoncé, et commenté par deux de ses principaux protagonistes francophones.



Critiques :

- Romain Bertrand, L'Histoire à parts égales. Récits d'une rencontre Orient-Occident (XVIe-XVIIe siècle), par Benjamin Caraco

- Patrick Boucheron, Inventer le monde. Une histoire globale du XVe siècle, par Benjamin Caraco

- Georges Corm, L'Europe et le mythe de l’Occident. La construction d'une histoire, par Christian Ruby

- Jack Goody, Le vol de l'histoire. Comment l'Europe a imposé le récit de son passé au reste du monde, par Sandrine Crouzet

- Serge Gruzinski, L’Aigle et le Dragon. Démesure européenne et mondialisation au XVIe siècle, par Guillaume Gaudin

- Sanjay Subrahmanyam, Vasco de Gama. Légende et tribulations du vice-roi des Indes, par Samuel Berthet

 

Entretiens :

- Continuités historiques et entretemps – entretien avec Patrick Boucheron (2/3)

- L'histoire et l'anthropologie à parts égales – entretien avec Romain Bertrand :

•    Comprendre une rencontre entre des mondes (1/3)

•    La connexion, guide de la comparaison (2/3)

 

Pierre-Henri ORTIZ
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1 commentaire

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loki

05/10/12 17:00
Pour compléter les lectures ci-dessus, il existe aussi le blog « Histoire globale » : http://blogs.histoireglobale.com

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