La phrase

Je ne crois à l'éclatement, ni de la droite, ni de la gauche, parce que le système présidentiel l'empêche. [...] Du reste, pour le moment, la droite était au bord de la guerre civile et pourtant, elle n'a pas éclaté. Maintenant, Copé et Fillon sont copains comme cochons. Pourquoi ? Parce que les règles institutionnelles les empêchent de s'entre-tuer, même chose au PS.

Jacques Julliard, entretien à  nonfiction.fr

Fondation Jean Jaurès

Fondation Jean Jaures

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Histoire globale d’une rencontre manquée
[mardi 17 juillet 2012 - 16:00]
Histoire
Couverture ouvrage
L'Histoire à parts égales : Récits d'une rencontre Orient-Occident (XVIe-XVIIe siècle)
Éditeur : Seuil
670 pages / 26,98 € sur
Résumé : Contre toute forme d’européocentrisme, une étude de cas qui démontre magistralement que l’exotique n’est souvent pas là où on l'imagine.
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Comment se fait-il que l'empire du Majapahit du XVe siècle nous soit inconnu alors qu'il avait atteint des niveaux de raffinement égalant ceux de l'Italie de la Renaissance ? C'est l'une des prémisses du livre de Romain Bertrand, directeur de recherche au CERI (Sciences-Po) : L'Histoire à part égales. Alors que l' "histoire globale" est en vogue, le "mépris" a fait place à "l'oubli" de l'Autre . Cette nouvelle venue est encore massivement écrite par des Européens et se concentre plus sur les arts que sur des domaines tels que la politique ou la philosophie.


Reprenant des idées issues de la sociologie des sciences, Romain Bertrand propose une histoire "symétrique" d'une rencontre entre l'Orient et l'Occident entre les XVIe et XVIIe siècles, à savoir entre Malais, Javanais et Hollandais. La documentation est utilisée de façon équivalente : l'historien ne part pas du récit européen qu'il confronterait ensuite à son pendant oriental, le premier déterminant le cadre de compréhension du second. Pour ce faire, il convient d'étudier les "règles de la présentation de soi et du rapport à autrui"  en vigueur à la fois dans les Provinces-Unies et à Java. "Égalité de traitement" n'équivaut pas à uniformiser les acteurs en présence. Au contraire, pour citer Romain Bertrand : "C'est […] prendre le temps de les contempler dans leurs discordances, et cartographier leurs lignes de fuite en s'abstenant de les réunir dans un horizon qui n'a jamais existé."  Cette rencontre est ainsi une "improvisation" (Timothy Brook) où les règles du jeu, de la mesure, sont remises en cause.

Bertrand s'efforce de "ne pas penser leur rencontre à la place des acteurs : c'est à eux, et à eux seuls, qu'il appartient d'énoncer ce qui les unissait ou les séparait."  Le but de la manœuvre est de remettre en cause l'idée de passivité de la réception de la "modernité européenne" par les Javanais, et d'affirmer la possibilité "d'une autre Histoire." 

Des sociétés politiques complexes

Ce sont des considérations européennes qui conduisent les Hollandais à s'aventurer à Java : cherchant à se libérer du joug espagnol, alors allié avec le Portugal, ils s'attaquent à ces derniers en essayant de les concurrencer sur la route des épices, condiment alors objet de nombreuses convoitises. Ils débarquent à Banten le 22 juin 1596 et sont tout de suite confrontés à une "société politique complexe" , où les rivalités entre classes nobiliaires mènent à la guerre civile. Cela ne perturbe pas pour autant cette société rodée aux échanges commerciaux, déroutée par les faux pas protocolaires des Hollandais, en l’occurrence des marchands se donnant des airs de noblesse. Cette première rencontre dégénère rapidement en violence, se solde par un échec, même si l’objet initial est atteint : "menacer l'Empire hispanique sur son flan asiatique" . A leur retour, cette expédition est relatée par Willem Lodewijcksz dans un ouvrage d'un genre nouveau au croisement entre récit de voyage et histoire universelle. C'est un tournant dans la sphère de la connaissance : l'expérience du navigateur, même s'il est un homme simple, prime sur celle du lettré.

La mise en œuvre de la "commensurabilité" est un des enjeux primordiaux de cette rencontre : comment communiquer (traduire), mais aussi échanger en se mettant d'accord sur des poids, des mesures et une monnaie ? Romain Bertrand montre bien que la rencontre n'est pas binaire : les Hollandais s'appuient ainsi sur les Portugais déjà présents pour parler alors que les communautés chinoises sont des intermédiaires commerciaux. Les navires font appel aux savoirs des pilotes malais afin de longer les côtes, complétant ainsi leur savoir cartographique.

Cette commensurabilité doit aussi permettre de commercer, ce qui guide initialement l'arrivée des marchands hollandais. Les rapports des Javanais avec l'échange économique sont loin d'être neutres, leur aristocratie réprouvant "l'arrogance" des marchands , d'autant plus s'ils sont étrangers et que leur arrogance est perçue comme une "prétention illégitime au pouvoir" . Cette attitude converge d'ailleurs avec le débat qui est en cours en Hollande à la même époque : la conciliation entre religion chrétienne et recherche du profit.

Romain Bertrand décortique aussi les représentations de l'Autre qui pré-existent à la rencontre entre Hollandais et Javanais. Outre la littérature, les Javanais ont déjà eu affaire aux Européens avec la présence portugaise – l'Estado da India est déjà implanté dans la région depuis quatre-vingts ans lorsque les Hollandais débarquent. Bertrand parle d'"affaire métisse"  puisqu'une partie de la conquête portugaise est le fruit d'alliances avec les populations locales. L'arrivée des Portugais, adoptant le plus souvent un comportement violent, est considérée dans les chroniques locales comme une "calamité naturelle" . Enfin, leur conquête est décrite comme le produit des ruses déloyales puisque sous prétexte de commercer, les Portugais amènent des soldats, stratagème que s'empressent d'imiter les Hollandais.

Benjamin CARACO
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Titre du livre : L'Histoire à parts égales : Récits d'une rencontre Orient-Occident (XVIe-XVIIe siècle)
Auteur : Romain Bertrand
Éditeur : Seuil
Date de publication : 29/09/11
N° ISBN : 978-2021050172
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