La phrase

Je ne crois à l'éclatement, ni de la droite, ni de la gauche, parce que le système présidentiel l'empêche. [...] Du reste, pour le moment, la droite était au bord de la guerre civile et pourtant, elle n'a pas éclaté. Maintenant, Copé et Fillon sont copains comme cochons. Pourquoi ? Parce que les règles institutionnelles les empêchent de s'entre-tuer, même chose au PS.

Jacques Julliard, entretien à  nonfiction.fr

Fondation Jean Jaurès

Fondation Jean Jaures

C N L

CNL
Comprendre une rencontre entre des mondes - entretien avec Romain Bertrand (1/3)
[mardi 21 août 2012 - 11:00]
Page  1  2 

Nonfiction.fr - Une question de définition maintenant : ici, nous sommes en présence d’une "histoire symétrique" qui se situe par rapport à l'histoire globale. Dans un de vos articles, vous utilisez aussi le terme d' "histoire connectée", et on peut aussi penser à l'histoire comparée. Comment distinguer et définir ces différentes histoires qui peuvent paraître, de prime abord, très semblables ?

Romain Bertrand - On ne s’en sortira pas si on traite des labels sans parler des produits. Il faut retrouver derrière les étiquettes historiographiques, qui ne sont jamais que des phénomènes de circonstances, des questions de recherche et des exigences méthodologiques. Ce qui fait la différence entre ces courants, ou plutôt entre les auteurs qui s’en réclament, c'est le cahier des charges méthodologique qu’ils se donnent. Il y a déjà une première différence entre les travaux de première main, qui exploitent directement des archives ou des imprimés d’époque, et les travaux de synthèse, qui opèrent à partir des littératures secondaires. Surtout, il y a des auteurs qui prêtent une attention particulière aux textes des sociétés extra-européennes, et d’autres qui les ignorent totalement. S'il faut tracer des lignes de partage claires, la question pour moi n'est pas de savoir si l’on est "histoire connectée" ou "histoire comparée", "histoire globale" ou "histoire-monde". C'est de savoir si, lorsqu’on produit le récit au second degré d'une situation de contact, on reste pris au piège de la "rencontre" en face à face, c'est-à-dire de l'archive coloniale, de l'Européen s'imaginant que d'emblée la société locale est captivée par lui et n'entretient de rapport exclusif qu'avec lui, ou bien si on essaie de sortir de ce face à face imaginaire, ce qui implique de sortir de la citadelle de papier des sources européennes et d'aller explorer les documentations extra-européennes. Dans le cas qui m’occupe, les choses sont simples : il s'agit de sortir des archives portugaises, hollandaises et britanniques, et d'aller étudier par elles-mêmes et pour elles-mêmes les littératures malaises et javanaises. Peu importe le nom qu'on donne au final à cette démarche : le plus important, c'est la part respective qu'on fait jouer aux sources européennes d'un côté, extra-européennes de l'autre, dans la fabrique même du récit de la situation de contact. Et c'est ça qui trace la ligne de partage entre des travaux qui m'intéressent, parce qu’ils font la part plus belle aux sources extra-européennes, et des travaux qui continuent à être une espèce de glose interne à l'archive européenne.

On a beaucoup dit que mon livre était un manifeste "anti-européocentriste". C'est vrai par définition. Mais dire qu'on est contre l'européocentrisme, c'est à peu près aussi pertinent que de dire que la guerre, c'est mal. On est tous d'accord. L'histoire européocentriste des premiers contacts avec les sociétés lointaines, ce n'est pas satisfaisant. Mais la vraie question, c'est de savoir quoi lui substituer. En fait, ce dont j’essaie de me débarrasser, dans mon livre, c'est d'une histoire naturelle des contacts, c’est-à-dire de l’idée qu’il suffirait de mettre sur la table l'ensemble des documentations disponibles et de les lier ensemble pour recomposer une page de récit commun. L'illusion de l'histoire naturelle, c’est que les textes européens et extra-européens appartiendraient à un seul et même univers historiographique, que leurs prémisses seraient suffisamment analogues pour qu'on puisse les coudre ensemble en quelques coups d’aiguille. Or, je pense qu'on va trop vite quand on fait ça et que si, au contraire, on essaie de rentrer dans le détail des "programmes de vérité" de ces documentations, on se rend compte que sous certains aspects, ils ne se recoupent pas du tout. C’est bien ennuyeux, mais jusqu’à preuve du contraire, on ne peut pas coudre ensemble la laine et la pierre. La narration-patchwork, ça ne marche pas. Il s'agit de produire un récit réaliste de la situation de contact, un récit qui ne soit pas artificiellement unifié, puisque par définition, cette situation n'a jamais été unifiée – ni dans ses coordonnées, ni dans son déroulement, ni dans la morphologie de ses traces.

Par contraste, l’histoire globale sans visages et sans paysages ne m'intéresse pas. Peut-être pour des raisons liées à mon parcours, ou plutôt à mes itinérances. Je connais la plupart des lieux que je mentionne dans L’Histoire à parts égales : j'ai arpenté pendant vingt ans l'Asie du Sud-Est et des parties assez importantes de l'Asie Centrale. Pour moi, les lieux ont tous une senteur et une saveur particulières, auxquelles les grandes fresques de global history, qui enjambent au pas de course les siècles et les continents, ne permettent pas de goûter. Et puis, plus on ouvre la "focale" et plus on monte en généralité : ce ne sont plus les individus qui parlent, mais les entités à majuscules – Civilisations, Etats, Identités, Religions, etc.

 

Nonfiction.fr - Votre livre rappelle La Naissance du Monde Moderne de Christopher A. Bayly, toutefois son périmètre est beaucoup plus réduit, ce qui permet d'aller beaucoup plus en profondeur dans l'analyse, alors que l’ouvrage de C. Bayly est une synthèse. 

Romain Bertrand - Cela étant, Bayly a aussi écrit Rulers, Townsmen and Bazaars  , qui se passe dans la vallée du Gange et pas sur quatre continents : il n’a pas écrit que des grandes fresques. Et puis, attention : il ne faut pas forcer jusqu’à l’absurde l’opposition entre travaux de synthèse et études de première main. Même si l’on cherche à travailler au plus près des sources, on s'appuie nécessairement sur quantité de travaux publiés. Il y a eu ces 20 ou 30 dernières années, dans tout un ensemble de domaines qui intéressent l'histoire moderne de l’Insulinde, des développements considérables : sur la question des navigations au long cours et des migrations commerciales et religieuses dans l'Océan Indien, sur les relations entre le monde malais et le Sud de l’Inde, sur la politique impériale chinoise du commerce avec les "Pays de l’Océan Occidental", etc. Il y a eu aussi l'édition à nouveaux frais de sources précieuses, comme la Sajarah Banten ou les Ming shi-lu – les "Annales des Ming", qui contiennent d’importantes notations sur la politique des "licences" accordées aux capitaines-armateurs pour faire négoce à Java à la fin du XVIe siècle. On ne bâtit pas sur rien, il y a un caractère cumulatif des connaissances spécialisées.

Pour autant, c’est vrai, mon travail porte sur une situation très limitée dans le temps et dans l’espace. Où sommes-nous ? Dans deux cités des côtes de Java et de Sumatra, Banten et Aceh, trois si l’on compte Kerta – la capitale de l’empire de Mataram, qui devient le principal adversaire des Hollandais dans les années 1620. Si l’on s’en tient aux capitales fortifiées de ces royaumes, on a affaire à des villes certes de taille conséquente eu égard aux critères du monde moderne, mais dont les populations ne dépassaient probablement pas 40 ou 50 000 habitants. Vous voyez : le territoire d’enquête se chiffre en décennies, en milliers d’habitants et en kilomètres carrés, pas en siècles, en millions d’individus et en continents. On travaille à périmètre réduit, et c’est ce qui permet de tendre vers une exhaustivité des corpus. Du côté des mondes malais et javanais, pour la période 1590-1650, du moins si on parle de versions majeures, c'est-à-dire complètes et clairement datables, assignables sinon à un auteur du moins à un lieu d'écriture, les textes disponibles se comptent en dizaines seulement. C’est peu, mais ça permet une exploitation très intensive. Pour la Grèce archaïque, on a très peu de textes majeurs, mais ça suffit à faire une anthropologie historique très dense. A corpus réduit, on peut faire un travail sur l'écriture même des sources, sur les principes qui guident la composition d’un hikayat (épopée malaise) ou d’un babad (annales de royauté javanaises). On peut aller jusqu’à s’intéresser au statut et au métier des scribes, aux technologies d’inscription : le stylet, le papier dluwang, etc.

Ce travail sur les conventions de narration, sur les effets de genre au sens littéraire, on doit aussi l’accomplir côté européen. Prenez les "récits de voyage", qui se multiplient dans les années 1590 et qui font la fortune d’un éditeur amstellodamois comme Cornelis Claesz, l’éditeur du récit publié de la Première Navigation. Qu’est-ce que c’est vraiment qu’un "récit de voyage" ? Ce n’est pas du tout évident. C’est souvent un texte hybride qui emprunte à plusieurs jeux de conventions – ceux de la "description vraie", de la "feuille de merveille", de l’exemplum, etc  . Et puis c’est un texte "choral", où se mêlent plusieurs voix, "vulgaires" et "savantes". Prenez l’un des textes les plus célèbres du temps, l’Itinerario de Jan Huygen van Linschoten, un Hollandais qui a servi de secrétaire particulier à l’archevêque de Goa puis qui a fui l’Inde portugaise pour en dévoiler les secrets. Dans l’Itinerario, vous avez deux registres d’autorité narrative : celui du "témoin" qui a fait l’expérience à la première personne des mondes lointains, en l’espèce Linschoten, et celui du "savant", de la certification par le docte qui cite et glose les Anciens, en l’espèce Bernardus Paludanus. Linschoten dit : "J’ai vu un plant de datura, c’est comme ceci et comme cela", et Paludanus ajoute, en italique : "Selon Pline, la datura a telle et telle propriété". Et puis il y a encore bien d’autres médiations qui jouent dans la production d’un "récit de voyage" publié : les logiques éditoriales, l’insert des gravures qui sont créées par des ateliers familiaux spécialisés comme celui de Johannes van Doetechum, le recours à des "nègres", comme Pierre Bergeron, qui connaissait Pereisc, qui a voyagé aux Pays-Bas et qui a réécrit les récits de voyage aux Indes Orientales de Jean Mocquet, de François Pyrard de Laval et de Vincent Leblanc  . On voit qu'on a là des espaces documentaires qui en fait sont très complexes quand on rentre dans le détail, et l'intérêt, pour moi, c'est précisément de rentrer dans le détail de ces documentations.
En travaillant à périmètre réduit, on transforme l'étude de ces situations de contact de l'âge moderne en laboratoire d'expérimentation historiographique. Mon souhait était de tout mettre sur la table. Il y a tout un travail dans le format même de l’écriture pour montrer l'opération historiographique elle-même, c'est-à-dire pour écrire une histoire qui non seulement ne part pas de l'idée d'un lieu commun de la rencontre, qui essaie de tenir ensemble les mondes en présence dans leur discordance documentaire et historiographique, mais qui essaie aussi de montrer comment on travaille ces discordances. Comment, en tant qu'historien, on intervient dans la sélection du matériau et surtout dans sa traduction. Refuser une histoire naturelle des situations de contact, c’est aussi aller contre l'idée que la traduction est une opération neutre et bénigne. Au contraire, c’est rendre visibles dans le corps même du récit les dangers et les opportunités de l'acte de traduction, par exemple en s'arrêtant sur une expression javanaise pour montrer comment, en la traduisant par un seul et même terme, on l’arrache à son terreau d’occurrences et d’acceptions.

Prenez le mot negara. Lorsque Geertz écrit Negara : The Theater State in Nineteenth Century Bali, il veut en faire un pamphlet anthropologique contre la théorie wébérienne. Il veut montrer qu'à Bali, on trouve un type d'Etat radicalement différent du modèle wébérien, dans lequel l'Etat est une grosse machine efficiente qui procède par agrégation des ressources, course au monopole, etc. Pour Geertz, le negara balinais, c'est l'antithèse de ça : c'est un Etat qui n'a pas de moyens, un "Etat-théâtre" qui fonctionne à la mise en scène, à la ressource symbolique et non matérielle. Mais dans cette guerre contre le paradigme wébérien et son universalisme, Geertz procède d’entrée de jeu à un coup de force théorique et rhétorique : il traduit negara par "Etat", et ce dès la couverture du livre ! L'acte de traduction n'a pas été rendu visible : il est passé à la trappe. Pour un lecteur qui ne connaît pas les travaux spécialisés sur Java et Bali, il n'y a pas d'ambiguïtés : negara, ça veut tout bonnement dire "Etat". Seulement voilà, les choses ne sont pas du tout aussi simples. Dans les littératures javanaises, pour les périodes classique et moderne, negara veut dire une myriade de choses. Il y a bien un premier domaine d’acceptions qui va du côté de la notion d’Etat : le negara, c’est le domaine dynastique, ou bien une cité cédée en apanage à un seigneur. Mais le negara, c’est aussi le monde des vergers et des "plaines ordonnées" par opposition à celui des "forêts sauvages" ; c’est le monde des "règles (aturan)", des normes humaines de civilité par opposition au chaos sylvestre. Lorsqu’on "fonde un negara", la première chose qu’on fait, c’est d’essarter. Et dans plusieurs textes malais des XVIe et XVIIe siècles, les frontières du negara ne sont pas des barrières physiques : le negara "va aussi loin que porte le bruit du tambour de royauté (nobat)". Et pour corser le tout, un negara se "cultive comme un parterre de fleurs" par un raja-jardinier, et s’il est bien entretenu, il est odoriférant. Le bon gouvernement a bonne odeur : ça n’est pas commun, ça ! Si on prend le temps d’inventorier toutes ces acceptions du terme negara, on accède à des répertoires javanais de la souveraineté qui sont très spécifiques : le pouvoir royal comme édiction des normes de civilité, l’autorité juste comme musique et comme parfum, le territoire dynastique comme jardin bien ordonné, etc. Alors que si on traduit d’emblée par "Etat", on perd tout ça.

Et ce n’est pas fini, parce que quand on parle de conventions de narration à propos de chroniques, on doit inclure aussi tout ce qui concerne les techniques de l’administration de la preuve sur la vérité du passé. Et là on se rend compte que l’Europe n’avait pas du tout le monopole de la réflexion historiographique. Dans les textes malais aussi les scribes se demandent comment accéder à la version "la plus juste" des faits. Dans la Sejarah Melayu, par exemple, Tun Sri Lanang dit qu’il choisit entre plusieurs "légendes locales" (riwayat) celle qui lui semble la plus cohérente pour tisser sa sejarah, son "histoire vraie". Dans le titre de l’ouvrage, L'Histoire à parts égales, il y a un jeu de mots, puisqu’Histoire s’écrit avec une majuscule. Il s’agit bien de faire rentrer l’Insulinde dans l’Histoire universelle, de lui redonner droit de cité dans une histoire élargie des premières modernités. Mais il s’agit aussi de montrer que l’Insulinde avait une Histoire, qu’elle produisait sa propre Histoire dans des textes qui obéissaient à des canons de véridicité spécifiques, et que cette Histoire n’est pas moins "vraie", ou pas moins farfelue, que celle d’un antiquaire flamand ou toscan.

Vous voyez, le pari théorique de l’"histoire symétrique" est avant tout un pari d'écriture. On ne peut pas écrire d'autres histoires si l’on n’écrit pas autrement l'Histoire. On peut se poser la question pendant des jours et des mois d’une histoire non européocentriste, mais le fait est que le seul moyen de s’en approcher, c’est de se mettre à l’ouvrage. Et se mettre à l’ouvrage, ça veut dire aussi rendre visibles les problèmes que l’on rencontre, montrer l’historien dans son atelier, avec ses ciseaux ou son rabot. Il faut faire de l’embarras de l'historien face à ces problèmes de traduction, de juxtaposition de segments de corpus, un argument du propos lui-même, pour montrer la difficulté à faire récit de ces situations.

 

Nonfiction.fr - Dans votre introduction, vous expliquez que l'histoire globale est encore malheureusement trop souvent le fait des Européens. Mais est-ce que c'est dû aux langues, à la multiplicité des sources ? On pourrait penser que ce sont les historiens des pays anciennement colonisés qui sont peut-être plus polyglottes que les Européens, qui se contentent principalement de l'anglais et de leur langue maternelle. Vous, vous montrez que vous arrivez à maîtriser les sources en plusieurs langues. C'est quelque chose de crucial dans cette nouvelle histoire qu'on cherche à écrire.

Romain Bertrand - Il y a une ambiguïté dans ce que vous dites. L'histoire globale n'est pas le fait seulement des Européens, mais l'histoire globale est trop souvent le fait d'historiens – européens ou pas – qui ne s'occupent que de sources européennes. Il y a énormément d'auteurs en histoire globale qui ne sont pas européens – ils sont japonais, indiens, singapouriens, etc. – et qui néanmoins produisent une histoire globale européocentriste parce qu'ils ne travaillent que sur les sources européennes. Un certain nombre de travaux sur les premiers contacts entre l'East India Company ou la VOC (Compagnie néerlandaise des Indes orientales) et l'Asie sont le fait de chercheurs asiatiques qui ont travaillé exclusivement sur les sources britanniques ou hollandaises. Donc la question n'est pas d'où l’on vient mais si l’on en reste ou pas à l'archive européenne. Les choses ont commencé à changer considérablement grâce au programme TANAP (Towards A New Age of Partnership) : un programme financé par les autorités publiques néerlandaises et piloté notamment par Leonard Blussé. TANAP a permis le financement de thèses réalisées par de jeunes chercheurs originaires d’Indonésie, du Sri Lanka, du Japon, d’Afrique du Sud, qui ont appris le hollandais et travaillé aux archives, à La Haye, afin de produire une histoire polyglotte du développement des comptoirs de la VOC. TANAP a accompli un travail formidable, c’est un modèle du genre.

* Propos recueillis par Benjamin Caraco. 

 

A lire sur nonfiction.fr

- Romain Bertrand, L'histoire à parts égales, par Benjamin Caraco.

- L'intégralité de l'entretien avec Romain Bertrand, "L'histoire et l'anthropologie à parts égales". 

- "Histoire: epistémologie" : deuxième série de "L'histoire maintenant - les grands entretiens pour l'histoire".

- "L’histoire publique – l’enjeu de la mémoire" : première série de "L'histoire maintenant - les grands entretiens pour l'histoire".

Benjamin CARACO
Page  1  2 
Commenter Envoyer à un ami imprimer Charte déontologique / Disclaimer digg delicious Creative Commons Licence Logo

1 commentaire

Avatar

Leolag

16/11/12 17:10
Simplement passionnant. Merci.

Déposez un commentaire

Pour déposer un commentaire : Cliquez ici