On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire. 
Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans.
Indépendant, autonome, Alain Minc est considéré comme un conseiller occulte, mais influent, de Nicolas Sarkozy. A une année de l'élection présidentielle, il nous a semblé opportun (comme nous l’avions fait avec Emmanuelle Mignon) de l’interroger longuement sur les idées et la culture du président de la République et sur les clés de sa campagne pour 2012. Dans un esprit pluraliste, nous lui laissons la parole librement.
Nonfiction.fr- Si vous deviez identifier un "tag" ou une idée clé de campagne présidentielle pour chaque camp en 2012, qu’est-ce que ce serait ?
Alain Minc- Le tag de Nicolas Sarkozy serait "continuer à moderniser". Et le tag de gauche serait "autant de justice que possible".
Nonfiction.fr- Ne croyez-vous pas que la droite puisse s’appuyer sur les thèmes sécuritaire et identitaire dans une phase de campagne ou de précampagne ?
Alain Minc- Etant qui je suis, ce n’est pas ce que je préfère dans l’action gouvernementale. Je raisonne avec mes a priori. Je déteste trop ces thèmes pour pouvoir imaginer qu’ils soient un levier. Sur le plan des structures économiques et sociales, je pense profondément qu’il y a eu une vraie modernisation pendant ce quinquennat. Je pense aussi qu’un vrai thème pour la gauche serait de dire jusqu’où on peut aller en termes de justice dans un univers modernisé. Cela est plus facile pour le SPD que pour le PS. J’espère qu’aucun des deux partis de gouvernement ne se laissera embarquer sur des thèmes "antimondialisation", des débilités à la Montebourg d’un côté, et des réactions protectionnistes de l’autre.
Nonfiction.fr- A priori, dans le projet du Parti socialiste, ce n’est pas le cas.
Alain Minc- Je trouve que ce projet aurait été extraordinairement moderne en 1981, comme le projet de 1981 aurait été extraordinairement moderne en 1945. Si le PS avait un projet "macroéconomiquement" plus modéré, je ne vois pas comment le désir d’alternance ne le ferait pas gagner. Néanmoins, ce projet est encore marqué par deux ou trois arthritismes liés au fait que le Bad Godesberg à gauche est toujours rampant et jamais assumé, à cause d’une croyance continue dans la dépense publique. Les socialistes ne pourront s’abstraire d’un environnement dans lequel le problème de la hausse des impôts se posera aux classes moyennes, et ce n’est évidemment pas pris en compte dans les présupposés macroéconomiques de leur programme. C’est pourquoi ce projet, même s’il se débarrasse de beaucoup d’arthritismes, me paraît encore un peu daté.
Nonfiction.fr- Plus largement, au-delà du "tag", sur quels thèmes se fera la campagne, à votre avis ?
Alain Minc- Je pense qu’un président sortant n’a pas d’autre possibilité que de dire : "voilà, j’ai fait un certain nombre de choses, et avant de partir, je vais finir le boulot." Il y a un élément important : jusqu’à maintenant, tous les présidents réélus faisaient croire qu’ils se représenteraient une troisième fois, désormais c’est constitutionnellement impossible. Le président peut donc dire : "j’ai fait l’enseignement supérieur, je ferai l’école, j’ai fait les retraites, je vais faire la santé, j’ai fait une réforme du patrimoine, je ferai une réforme des impôts indirects." Cela lui permettrait de donner le sentiment de continuer sur la voie des réformes, qui, fussent-elles discutées, sont importantes. Je ne vois pas d’autres thèmes pour un président en place. Il ne peut tenir que deux propos : un , "je veux finir ce que j’ai commencé", deux , "nous sommes dans un monde extrêmement chaotique, et nul ne conteste qu’à chaque fois qu’il y a eu une situation chaotique, j’ai plutôt bien agi".
Du côté de la gauche, je crois qu’elle ne se fera pas élire en faisant rêver. C’est la première élection sous contrainte de la dette et du maintien du triple A. Ce n’est plus un problème technocratique, et la gauche devrait donc être plus réaliste sur cet environnement, en disant : "étant ce que je suis, voilà ce que je peux vous proposer en termes de redistribution, dans cet environnement."
Il y a un réflexe de dépense publique dans le projet du PS, qui dit : "la croissance financera une bonne partie de la dépense, et je financerai ce qui manque par une réforme fiscale, essentiellement la fusion IRPP-CSG ." Je crois que la croissance ne financera pas l’essentiel de la hausse des dépenses publiques, donc si le PS part dans cette voie-là – et cela apparaîtra dans une campagne, car tout est maintenant transparent dans une campagne, Dieu merci, l’expertise est démocratisée – il sera amené ou à réduire son ambition sur les dépenses, ou à augmenter encore davantage la pression fiscale. C’est cette contradiction du projet socialiste qui, à mon avis, risque de mettre en difficulté le candidat socialiste.
44 commentaires
Roumi
Faire le bilan de ses propos pour de vrai, on serait surpris...
Donnez la parole aux idées neuves, svp
Florin IONESCU
Contrairement aux convictions de M. Minc, dont j'écoute et respecte l'avis, il me semble juste et imminent que le candidat de droite choisi fasse sa campagne sur le retour à l’État du privilège exclusif de la création monétaire, et la création d’une fédération des Nations européennes que De Gaulle, Mitterrand et Kohl ont voulues, à la place de l'état fédéral européen qui se profile comme une "union soviétique" (qu'aucun peuple n'acceptera).
Conclusion : contrairement au précepte de se faire réélire sur le programme « j’ai agi dans un certain sens et je veux finir », pour moi la seule solution pour se faire réélire serait de prioritiser, pour une fois, l'intérêt national et l'indépendance de sa banque centrale.
sergeuleski
Franchement ?
Alain Minc ? Qui doit s'en soucier ?
Lehcim
Mince alors, il s'accroche au triple A.
Il craint pour son fromage.
Oui, il est vraiment venu le temps de faire les comptes avec cette andouille AAAAAAAA et de le fiche dehors (je veux dire des écrans et autres médias).
Balthazar37
Il est temps de sortir de cette Europe qui nous impose ses choix sans jamais les proposer à ses peuples notamment aux élections européennes. Il est temps de sortir de l'Euro, de rétablir un Franc indexé artificiellement au dollar pour ne plus subir les inconvénients des taux de change. Il est temps de sortir de l'OMC et de rétablir un protectionnisme rigoureux : fermeture des frontières aux produits étrangers ou sur-taxation douanière. A l'inverse du credo libéral, je suis pour la limitation maximum des échanges commerciaux avec l'étranger. Tout ce qui peut être fabriqué ici doit l'être chez nous, avec des ouvriers, techniciens et ingénieurs français. Cela va à l'encontre du préchi-prêcha de Minc et consorts. Leur libéralisme nous amène à connaître une crise économique et sociale qui dure peu ou prou depuis 40 ans, avec les dégâts que l'on sait sur tout le tissu social.
Combien de temps va t-on encore foncer dans le mur ? Dans combien de temps la gauche se décidera t-elle à proposer une VRAIE politique de gauche s'attaquant impitoyablement aux forces de l'argent, et cessant de se coucher devant le marché ? Faudra t-il que nous aussi on fasse notre printemps arabe pour chasser cette droite au pouvoir et ces pseudo-socialistes?