On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire. 
Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans.
Ce petit traité de fierté européenne pourrait être le prolongement du Fier d’être français de Max Gallo (2006). Questionner la spécificité de l’Europe ne date pas d’aujourd’hui : Alexis de Tocqueville, Paul Valéry, Denis de Rougemont, Milan Kundera, Edgar Morin, Etienne Balibar, et tant d’autres se sont interrogés sur la civilisation européenne. Alain Minc apporte ici son panache d’essayiste : formules chocs et paragraphes calibrés au logiciel pour un livre informé qui se lit d’une traite.
L’auteur y dresse un portrait-robot de l’Europe, sous forme d’éloge (funèbre ?). Pour mieux faire ressortir les vertus européennes, il égratigne l’Amérique en contrepoint, sans ménagement.
Fier d’être Européen ?
L’Europe d’Alain Minc, c’est ce mélange exquis d’équilibre entre liberté et sécurité (Habeas corpus), le souci de l’environnement et des autres (aide publique au développement), une économie plus performante et innovante qu’on ne veut bien se l’avouer, une société douce sur les questions de société (mœurs, avortement, peine de mort, emprisonnements) grâce à une « idéologie libérale, voire libertaire » , le respect de l’acquis des sciences, la laïcité généralisée et la sécularisation avancée. N’en jetez plus ! A le lire, on se dit qu’il serait peut être temps de rapatrier la Statue de la Liberté ? Sauf qu’il nous décrit là l’Europe rêvée, pas l’Europe concrète avec une démographie déclinante, des économies qui stagnent depuis trop longtemps et des populistes au pouvoir (Victor Orban en Hongrie, la bouffonnerie berlusconienne qu’Alain Minc stigmatise à plusieurs reprises).
En revanche, quand l’auteur s’attarde sur l’Europe communautaire, il fait mouche grâce à la clarté de sa démonstration au service d’une vision équilibrée.
L’Union européenne (UE) lui apparaît comme le modèle de gouvernance collective le plus réussi au monde. S’il admet que la forme de l’UE reste indéfinie (« un animal sartrien dont l’existence précède l’essence » , sans « grand horloger » .), il n’y voit pas un handicap : tous comptes faits, l’UE est une organisation produisant sa propre matrice, parfaitement adaptée à l’âge des réseaux (« s’est ouvert l’âge de la cybernétique, c’est-à-dire des relations entre des institutions qui ont chacune leur légitimité mais qui fonctionnent entre elles comme des planètes du système solaire qui tantôt s’attireraient, tantôt se repousseraient. ») . Il admire la plasticité de l’Europe communautaire, qui a été capable de surmonter successivement l’échec du projet de Constitution en 2005, la crise financière de 2008 puis de la zone euro en 2010. Mais devant le confédéralisme de crise, on aimerait un fédéralisme de projet… A quand des grandes infrastructures européennes, une politique industrielle commune (l’Airbus de demain ?), scientifique et de recherche (notamment sur les TIC), sociale, culturelle, écologique et diplomatique en ces temps de révoltes arabes et de drame libyen ?
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Spinoza