On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire. 
Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans.
Alors que le contexte intellectuel et politique porte plutôt au déclinisme, Alain Minc, avec son essai Un petit coin de paradis (Grasset) est pris en flagrant délit d’optimisme européen. Parti d’un constat : l’Europe n’est plus fière d’elle-même car elle se sent passer de sujet à objet de l’Histoire, il se dit « désespéré » par l’autodérision des Européens. Sa démarche va consister à passer en revue les raisons de croire en l’Europe et en son avenir. L’écueil en aurait pu être un angélisme naïf. Il n’en est rien de la part de l’auteur de Ce monde qui vient et c’est d’ailleurs contre toute candeur que l’essayiste prône un examen raisonné de nos avantages, intérêts et atouts dans la mondialisation. Loin de prôner un prosélytisme suranné, qui n’est plus de mise à l’heure des grands émergents, Alain Minc exhorte à préserver le modèle européen pour en faire « la butte témoin de ce que l’histoire, l’intelligence et la raison peuvent concevoir de mieux. »
Le paradis des libertés
Un homo europeanus serait en train de voir le jour, qui s’identifie à de plus en plus de liberté individuelle. Mais l’Europe n’en tire aucun avantage. Une dynamique libérale, voire libertaire s’est développée en Europe. Que ce soit en termes de politique répressive, de conception de la vie et de la mort ou encore d’immigration, les Etats-Unis auraient quant à eux développé une approche beaucoup plus radicale.
De même dans le champ spirituel. Au sein de sociétés civiles en pleine sécularisation, les Eglises participent au débat public, mais elles ne le dominent plus. Il y a une opposition Europe-Amérique notamment dans le débat sur le créationnisme. En Europe, souligne Alain Minc, « le respect de la science et le culte du progrès » sont toujours de mise.
Autre contrainte dans le débat américain, tempérée en Europe : l’importance du politiquement correct et de sa diffusion à l’excès dans tout le débat public. L’opinion se polarise de plus en plus aux Etats-Unis (réaction/progressisme) alors qu’elle est de plus en plus homogène en Europe. Ainsi les Européens n’auraient-ils plus ni dieu ni maître et ne sauraient-ils pas en être fiers.
Le meilleur du « plus mauvais système »
La démocratie en Europe fonctionne sans doute mieux qu’aux Etats Unis. Il y a une émulation entre les 27 Etats membres en termes de pratiques démocratiques. Le mode de financement des campagnes en est un exemple, de même que le poids des lobbies aux Etats-Unis, moindre en Europe où pouvoirs et contre-pouvoirs s’équilibrent. Ainsi assisterait-on au développement en Europe d’un début d’opinion publique commune.
Selon l’auteur, il existe un humus idéologique européen qui rend la pratique de la politique en Europe de plus en plus civilisée, ce dont nous pouvons être fiers.
2 commentaires
L'indépendant
Prétendre que l'Union Européenne est une démocratie, pff, quelle plaisanterie. En effet, souvenons-nous des référendums de 2005 et du suffrage universel qui a été bafoué à cette occasion en IMPOSANT aux peuples le TCE bis nommé désormais Traité de Lisbonne.
Spinoza