On parle souvent des victimes directes des printemps arabes mais rarement des 2000 morts migrants, tués par non-assistance à personne en danger qui, abandonnés par l’Europe, se sont échoués dans des conditions épouvantables. L’Union européenne a fait des printemps arabes une tragédie qui a été celle des migrants tragiquement noyés, dont les oppresseurs ne sont ni Moubarak, ni Ben Ali mais les responsables européens. 
Bertrand Badie, sur nonfiction.fr, le 31 janvier 2012.
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Les premiers pas, les désillusions, les nouvelles opportunités : la construction européenne ressemble à un Bildungsroman. Soixante ans après la déclaration Schuman, l’Union européenne semble avoir atteint l’âge d’adolescence et la traditionnelle crise de personnalité se fait sentir, exprimée par les rejets du traité constitutionnel et du traité de Lisbonne. Dans cette relation nouvelle à l'Europe qui est en train de se dessiner, la France occupe une place révélatrice, qu'analyse Christian Lequesne dans un essai intitulé La France dans la Nouvelle Europe. L’auteur, directeur de recherche au CERI (Centre d'Études et de Recherches Internationale), bénéficie d'un regard privilégié sur les pays d’Europe centrale et orientale, pour avoir passé deux ans en République tchèque à la tête du Centre français de recherche en sciences sociales.
La chute du mur et des illusions françaises
Le livre part de l’hypothèse selon laquelle la fin de la guerre froide a déstabilisé les rapports entre les élites politiques françaises et l’Union européenne. Socialisés dans la "petite" Europe (de l’Ouest), les dirigeants politiques français étaient habitués à ce que Lequesne appelle le "fonctionnalisme tranquille" de la décennie 1980, caractérisé par un assentiment tacite des citoyens français à l’égard d’un projet européen conduit surtout par les élites politiques et administratives.
La fin de la guerre froide a mis un terme à cet état des choses. Christian Lequesne cite la chercheuse roumaine Antonela Capelle Pogãcean, pour qui la France est, elle aussi, un pays postcommuniste qui a dû s’adapter à la chute du bloque soviétique et aux nombreuses transformations dans les pays de l’Europe centrale et orientale. La réaction de la France après les événements de 1989 a été d’appeler à la création d’une confédération européenne "qui associera tous les États de notre continent”, selon la formule de François Mitterrand dans ses vœux aux Français à la fin de cette année-là. Cette initiative s’est soldée par un échec, puisque les nouveaux pays de l’Europe centrale se voyaient comme des membres à part entière de l’Union européenne plutôt qu'associés, dans une vague confédération, à la fois aux vieux pays du continent et à une URSS en voie de désintégration. De cet épisode date l'image de la France perçue comme un pays cherchant à ralentir l’adhésion à l’UE des pays postcommunistes, mettant toujours en avant les risques de cet élargissement.
D'autres causes expliquent les réticences françaises à l'égard de cet élargissement. Parmi celles-ci, la peur d'une fin du leadership franco-allemand sur les politiques européennes, du fait de la proximité des pays d’Europe centrale et orientale avec les positions britanniques. L'auteur mentionne aussi la difficulté des élites françaises à comprendre que pour les Européens de l'Est, démocratie et économie de marché sont inséparables.
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