Rédacteur

Critique à nonfiction.fr

La phrase

On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire.

Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans. 

Fondation Jean Jaurès

Fondation Jean Jaures

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CNL
Du viagra pour l’Europe
[samedi 22 janvier 2011 - 16:00]
Union Européenne
Couverture ouvrage
Quand l'Europe s'éveillera
Laurent Cohen-Tanugi
Éditeur : Grasset
128 pages / 8,55 € sur
Résumé : Si l’Europe ne se réforme pas, elle est finie. Avec sa virtuosité habituelle, Laurent Cohen-Tanugi exhorte les Etats membres à choisir, enfin, un avenir européen et donne la marche à suivre.
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Ce court essai militant, dont le titre emprunte au trop fameux Quand la Chine s’éveillera (1973) d’Alain Peyrefitte, est un appel au sursaut. En avocat de la cause européenne, Laurent Cohen-Tanugi y actualise son plaidoyer fédéraliste inauguré il y a vingt ans dans L’Europe en danger (1992) et poursuivi avec Le choix de l’Europe (1995). Il rassemble ici ses diagnostics – partagés et inquiétants - et préconisations – vigoureuses mais pas totalement inédites –, ce qui change des pamphlets des déclinologues. Il s’agit pour lui de défendre une Europe mieux intégrée, plus dynamique, accédant enfin à la dimension de puissance "après soixante années de construction interne aux rendements progressivement décroissants" . Comme à son habitude, L. Cohen-Tanugi va à l’essentiel et développe un argumentaire équilibré.

 

L’Europe dans l’ornière

Sans marginaliser les acquis de la construction européenne (pacification et démocratisation, stabilité fondée sur le marché intérieur, monnaie unique devenue internationale, instauration d’un ordre juridique supranational autonome et d’institutions quasi-fédérales, coopération dans certaines matières régaliennes), L. Cohen-Tanugi recense les handicaps de l’UE de manière implacable : "L’écart structurel de taux de croissance par rapport aux Etats-Unis renvoie à des déficiences européennes dans plusieurs domaines clés : démographie, productivité, enseignement supérieur, R&D, innovation. Le Vieux Continent est ainsi largement passé à côté de la révolution des TIC des années 1980 et 1990, aux effets d’entraînement si importants. Or ces déterminants essentiels pour la croissance des pays industrialisés que sont productivité et capacité à innover sont eux-mêmes le produit d’un ensemble de facteurs d’ordre socio-culturel difficiles à faire évoluer". 

L’Europe dans la mondialisation ne pèse plus que dans trois domaines : la régulation de la concurrence, la politique monétaire, la politique commerciale internationale. En porte-à-faux face à un monde en recomposition rapide, elle en est réduite à regarder, immobile et avachie, le basculement du centre de gravité du monde vers le continent asiatique, Chine en tête : "A l’horizon d’une quinzaine d’années […] le continent asiatique représentera plus de 35% de la richesse de la planète, dépassant l’Europe, réduite à 20%. Il concentrera également plus de 60% de la population du globe contre 6,5% seulement pour l’UE, qui en représentait le quart en 1950". 

 

Les raisons du déclassement

L. Cohen-Tanugi date la dilution de l’Europe du traité de Maastricht, il y a vingt ans. Il accuse l’ "Europe des Etats" avec son pilotage intergouvernemental "aggravé par l’affaiblissement des leaderships nationaux et l’augmentation du nombre de protagonistes".  A ses yeux, les dirigeants nationaux sont bien plus coupables que les institutions européennes : la convocation hasardeuse des opinions nationales dans un jeu diplomatique complexe par le président Mitterrand avec le référendum sur le traité de Maastricht, la renonciation progressive de l’Allemagne à une union politique européenne de nature fédérative et les tensions au sein du couple franco-allemand avec la tentation du cavalier seul ("L’UE ressemble de plus en plus à un sous-ensemble de l’ONU, où chacun, grand ou petit, se contente de défendre ses intérêts propres au sein d’institutions communes.") , le basculement de l’agenda européen de l’approfondissement vers un élargissement mal préparé, l’ambition déçue de la stratégie de Lisbonne et de ses prolongements aux objectifs grandiloquents et non contraignants, l’absence de stratégie économique digne de ce nom en pleine crise grecque menaçant la zone euro ("les décisions européennes ont été prises au bord du gouffre.") , l’inachèvement de l’UEM qui "marche en effet sur une jambe : une monnaie et une politique monétaire uniques, gérées de manière uniforme par la BCE, sans union politique, politique budgétaire commune, homogénéité entre les situations économiques et financières nationales, coordination ou simple surveillance européenne des politiques économiques et budgétaires, ni instruments de gestion de crise et de solidarité au niveau communautaire". 

A l’engrenage vertueux de la méthode Monnet s’est progressivement substitué le cercle vicieux de l’impuissance européenne, l’euroscepticisme citoyen, la renationalisation des politiques publiques et, finalement, la dilution de l’ "esprit communautaire".

Titre du livre : Quand l'Europe s'éveillera
Auteur : Laurent Cohen-Tanugi
Éditeur : Grasset
Collection : Petite collection blanche
Date de publication : 01/01/11
N° ISBN : 2246779413
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1 commentaire

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Byzance

01/02/11 19:09
"Par ailleurs, l’auteur n’exclut pas l’adhésion de la Turquie à l’Union, mais la conditionne à l’excès (évolution laïque et démocratique de ce pays, avancées de l’UE vers le fédéralisme). A notre humble avis, l’effet de taille de ce pays n’est pas à craindre, mais à accueillir comme une opportunité dans la nouvelle géopolitique mondiale."
Conditionner à l'excès, au moins pour le premier pas cette évolution fait partie des critères mêmes d'adhésion. Sinon pour la question de la taille j'espère que le raisonnement serait le même a minima pour l'Ukraine.
Mais si un Cohen-Tanugi de Notre Europe, héraut des européistes historiques, parle comme ça de la Turquie et de la notion de frontière ça sent le sapin pour la Turquie.

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