On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire. 
Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans.

The Whites of Their Eyes est l’un des premiers livres consacrés au mouvement Tea Party par une universitaire américaine, l’historienne d’Harvard Jill Lepore, spécialiste reconnue de l’histoire de l’Amérique coloniale. Son petit livre (qui fait un peu moins de 200 pages) combine la curiosité de la journaliste et la rigueur de l’historienne, ce qui lui permet d’aller plus loin que nombre d’analyses du Tea Party Movement offertes par les médias.
Lepore offre d’abord un rapide historique du mouvement, apparu dans les semaines qui ont suivi l’entrée de Barack Obama à la Maison Blanche fin janvier 2009. C’est le 19 février 2009 que les deux ingrédients cruciaux du Tea Party Movement sont apparus, lors du coup de gueule, en direct sur la chaîne financière CNBC, d’un trader de la bourse de Chicago, Rick Santelli. Santelli s’en prit d’abord au projet économique d’Obama, basé sur un vaste plan de relance de l’économie financé par le gouvernement fédéral. Pour Santelli, cela revenait à une utilisation inacceptable de l’argent du contribuable ("How many of you people want to pay for your neighbor’s message ?" - "Combien d’entre vous veulent payer l’emprunt de votre voisin ?"). Mais là où Santelli marque l’émergence d’un ton plus nouveau dans la politique américaine, c’est en ajoutant immédiatement, pour justifier son point de vue finalement assez banalement conservateur, un appel à l’idéologie des Pères Fondateurs, cette génération de révolutionnaires qui ont créé les Etats-Unis lors de la Révolution de 1776 contre la Grande-Bretagne : "If you read our Founding Fathers, people like Benjamin Franklin and Jefferson, what we’re doing in this country now is making them roll over in their graves." ("Si vous lisez les Pères Fondateurs, des gens comme Benjamin Franklin et Jefferson, ce qu’on est en train de faire dans ce pays les ferait se retourner dans leurs tombes"). Cette combinaison de conservatisme fiscal et de révérence pour les Pères Fondateurs fut confirmée le 15 avril 2009 (le Tax Day, le jour où les Américains envoient au gouvernement leur déclaration de revenus), quand des militants anti-Obama, souvent habillés comme des révolutionnaires du 18ème siècle, organisèrent des manifestations dans des centaines de villes américaines, manifestations qu’ils baptisèrent "Tea Party" (un terme reconnaissable immédiatement par tous les Américains, puisque c’est le nom donné à l’un des premiers événements de la Révolution, la destruction dans le port de Boston le 16 décembre 1773 de la cargaison de thé de trois bateaux anglais, afin de protester contre un nouvel impôt sur le thé imposé par la couronne britannique – même si Jill Lepore ne manque pas de rappeler que le terme ‘Tea Party’ n’est pas lui-même un terme révolutionnaire : il n’a été introduit qu’en 1834, dans les mémoires de l’un des derniers survivants du raid contre les navires anglais). Le message de ces manifestants Tea Party était évident : si la politique fiscale des Anglais a justifié la Révolution de 1776, la politique fiscale d’Obama justifie une nouvelle révolution. George III, Barack Obama, même combat.
Ce sont ces rappels constants à la Révolution qui ont convaincu Jill Lepore de se pencher sur le mouvement. Elle y voit l’opportunité de réfléchir sur la mémoire collective des américains en général, et sur leur vision de la Révolution en particulier. D’emblée, en mettant en exergue de son livre une citation d’Abraham Lincoln sur la fragilité de la mémoire historique des peuples, elle avertit ses lecteurs que ceux qui disent porter le flambeau de 1776 aujourd’hui ne maîtrisent pas en réalité l’histoire dont ils se réclament. D’où son sous-titre : "the Battle over American History" ("la bataille pour l’histoire américaine"). Ce livre peut ainsi être vu comme la salve de Jill Lepore dans cette guerre mémorielle ; son arme est son métier et sa passion : l’histoire.
On sent le talent de l’historienne en particulier dans le deuxième chapitre, consacré à un résumé de la Révolution américaine. Ces rappels sont très bien écrits, vivants, pleins d’anecdotes sur des révolutionnaires célèbres ou pas, enlevés sur la forme et complets sur le fond (le titre lui-même est tiré d’un épisode célèbre de la Guerre d’Indépendance : en 1775, lors de la bataille de Bunker Hill, les révolutionnaire reçurent l’ordre d’attendre pour tirer sur les soldats britanniques d’être suffisamment proches d’eux pour voir "le blanc de leurs yeux"). Cette base historique est essentielle dans la démonstration de Jill Lepore car c’est elle qui lui permet, avec une réelle efficacité, de décrédibiliser l’utilisation idéologique de la Révolution par les membres du Tea Party. Ce travail de sape passe par plusieurs étapes, de la plus journalistique à la plus intellectuelle.
Lepore s’intéresse d’abord – comme la plupart des médias l’on fait, aux Etats-Unis comme en France – à la dimension fiscale du mouvement. Après tout, la vraie Tea Party était une révolte contre les taxes, et les Tea Partiers d’aujourd’hui aiment à rappeler que "Tea" est en réalité un acronyme, pour "Taxed Enough Already" ("déjà assez taxés"). Mais pour Lepore, le parallélisme entre 1776 et la période actuelle est tellement absurde (les révolutionnaires refusaient de payer un impôt sans obtenir d’abord le droit de vote – d’où le célèbre slogan No Taxation Without Representation – alors que la politique fiscale d’Obama est celle d’un président élu démocratiquement par 53% de la population) qu’il est nécessaire d’aller au-delà de la rhétorique économique du mouvement pour réellement le comprendre : "Something more [is] going on, something not about taxation or representation but something about history itself" ("Il est en train de se passer quelque chose d’autre, quelque chose qui n’a rien à voir avec les impôts ou le vote, mais quelque chose qui a à voir avec l’histoire elle-même").
2 commentaires
Tea Party France
C'est très faible, en vérité ce fut l'argument de certain, mais c'était loin d'être la revendication général, quiconque est un temps soit peu objectif dira que la révolte avait une mentalité extrêmement libéral, pour rappelle Jefferson a supprimer toute taxes directs, les slogans de l'époque allait presque tous dans le sens d'un Etat limité, prendre un slogans et montré qu'il est possible vue sous un angle qu'il ne corresponde pas avec le Tea Party actuel pour affirmé qu'il n'y a pas de lien est de la malhonnêteté intellectuel.
Pierre