On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire. 
Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans.

Depuis quelques années, le Tea Party a fait irruption dans la vie politique américaine , et on a beaucoup parlé, mais finalement dit peu de choses, de cet ovni étatsunien. Vu de France, il ressemble tantôt a un "rebranding" du parti Républicain, peut-être lassé du néo-conservatisme en vogue pendant l’ère Bush, tantôt à un déferlement d’américains moyens, islamophobes et belliqueux. Sûrement croit-on encore dans l’hexagone que l’Amérique du Tea Party, c’est celle de la condamnation des anti-patriotes qui ne "pourraient même pas écrire le mot "vote" correctement ou le prononcer en anglais" mais "ont conduit un communiste radical à la Maison Blanche"—dont on aime à rappeler que le deuxième prénom est Hussein. Pourtant, ces mots sont ceux de Tom Tancredo, ancien Représentant du Colorado au Congrès américain, qui s’exprimait là devant des membres du Tea Party, mais qui ne peut prétendre, comme tous les hommes politiques américains, avoir capturé l’essence du mouvement. Kate Zernike le rappelle, si le Tea Party a fait—et continue de faire—sensation, c’est parce qu’il s’agit de plus que d’une énième rengaine conservatrice made in USA.
Bien sûr, les thèmes que porte le Tea Party ne sont pas nouveaux : responsabilité individuelle, méfiance totale à l’égard de toutes les institutions—au premier rang desquelles l’Etat fédéral lui-même, célébration du petit commerce et du grand marché, volonté féroce de réduire la dette et de limiter le service public… les économistes autrichiens, l’école de Chicago, ou le Cato Institute auraient pu nous en dire autant. Le Tea Party se distingue en fait d’abord par les critères suivants : la rencontre de jeunes activistes libertariens avec des baby-boomers résolus à défendre l’Amérique de la Constitution, des principes de rigueur fiscale et budgétaire devenus passion collective, la cristallisation de cette volonté populaire contre l’administration Démocrate et l’establishment Républicain, et la détermination de la foule à exprimer ses peurs, ses frustrations, et sa colère (Boiling Mad, en anglais, veut dire "enragé"). Avec, certes, quelques connaissances, mais surtout peu d’entrain, Kate Zernike aborde tous ces thèmes, pour, nous dit-elle, montrer le vrai visage d’un Tea Party souvent caricaturé. L’entreprise est louable, et à demi réussie. Pour vraiment combler le lecteur, qui n’apprendra pas grand-chose s’il a suivi l’actualité politique américaine depuis deux ans, il aurait fallu vraiment croire à son sujet, et à la démarche de ses acteurs, ce que Zernike a visiblement du mal à faire. Il n’en reste pas moins que son ouvrage est utile pour mieux comprendre le phénomène populaire le plus marquant de ces dernières années aux Etats-Unis.
La fin des baby-boomers ou la fin de l’Etat-Providence ?
Les thèmes au cœur du mouvement ont été évoqués plus haut. Il n’aura échappé à personne qu’ils sont quasi-exclusivement économiques, et ce pour une raison simple : le projet du Tea Party n’est pas de traiter les sujets sociaux, qu’il rechigne d’ailleurs souvent à vouloir considérer sur le terrain politique. Bien sûr, il est parfois difficile d’isoler complètement les sujets économiques—surtout dans un pays ou le religieux se glisse partout et ou les values ("valeurs"), qui sont affaire de foi, mais aussi de politique et de philosophie, reviennent sans cesse sur le devant de la scène. Néanmoins, pour le Tea Party et selon la plus pure théorie non-interventionniste, l’Etat doit permettre aux citoyens d’être libre et en sécurité ; aux plus travailleurs et ingénieux d’entre eux, aidés par les forces du marché, de déterminer le reste .
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