On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire. 
Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans.

Vu de France, les libertariens apparaissent bien souvent comme un courant d’illuminés et d’extrémistes ultralibéraux comme seule l’Amérique peut en produire, dont le culte sans limite du marché les poussent à justifier la privatisation intégrale, la prostitution et le libre commerce de toutes les drogues. Ce courant n’est d’ailleurs guère représenté ici que par une poignée d’intellectuels et de politiques (Pascal Salin, Alain Laurent, Philippe Nemo, Alternative Libérale, et dans une moindre mesure Alain Madelin). Cette réputation n’est pas totalement usurpée, mais occulte cependant la pluralité comme l’importance politique du mouvement outre-atlantique. Il est désormais impossible de les méconnaître avec l’ouvrage de Sébastien Caré, dernier volet tiré d’une imposante thèse consacrée au libertarianisme états-unien. Quand le premier se concentrait sur les théories , le second se consacre aux hommes et au mouvement.
Cette séparation éditoriale entre histoire des idées et sociologie est peut-être regrettable sur le plan méthodologique, mais on dispose au moins d’une étude complète sur la question en langue française, fondée sur de multiples sources (ouvrages et presse du mouvement, archives du Parti, entretiens semi-directifs). Elle se présente comme une sociologie d’inspiration elle-même américaine, tant des intellectuels (Lipset et Basu) que des mouvements sociaux (mobilisation des ressources).
C’est le paradoxe apparent de cette approche : comment faire la sociologie d’un mouvement dont l’idéologie est aussi radicalement individualiste ? Cela n’implique pas qu’il s’agisse d’un "mouvement asocial", comme le laisse suggérer le sous-titre : il existe pléthore d’organisations libertariennes, à commencer par le Parti libertarien. L’"aporie des utopies" reste d’abord un problème pratique pour ceux qui les prennent comme étendard, à savoir le fossé infranchissable entre le réel et l’idéal, les impératifs de la politique et la pureté d’une utopie profondément anti-politique. "L’utopie libertarienne a ceci de particulier qu’elle ne se propose pas de recréer un nouveau lien social, mais simplement de délier celui qui se noue autour de l’État." : ce qui exclut en principe la conquête de d’État, soit l’imposition par la force d’une société de liberté. Ce problème stratégique grèvera constamment l’unité du mouvement libertarien.
L’un des grands mérites de l’auteur est de rendre justice à ce mouvement largement élitaire et intellectuel, et qui a pourtant notablement marqué la vie politique de la première puissance mondiale. "Le gouvernement n’est pas la solution à nos problèmes ; le gouvernement est le problème." La fameuse formule de Ronald Reagan ne peut se comprendre sans le background idéologique tissé par un mouvement composite depuis les sixties. Si l’on dispose maintenant de travaux marquants sur l’avènement du néolibéralisme (F. Denord, Y. Dezalay et B. Garth, Ch. Laval), l’on a quelque peu négligé le courant libertarien, dont l’apparente marginalité ne doit pas obérer la réalité des échanges et contaminations avec le mainstream néolibéral. Milton Friedman, père du monétarisme et dont les théories furent centrales dans les révolutions conservatrices des années 1980, n’a jamais rejeté l’étiquette de libertarien. Hayek, qui refusa toujours d’endosser le label, en approuvait l’essentiel du projet et en constitua une source d’inspiration majeure ; il entretenait des liens avec des figures majeures du mouvement (comme Rothbard).
10 commentaires
Axsmx
Dans les années 70-80, le courant aristocratique libertaire, conduit par Micberth prônait lui aussi cette liberté et ce refus de l'autorité et des dogmes, mais en mettant en avant une forte morale individuelle, innée chez les êtres supérieurs.
Je vous renvoie à cette video : "vers une nouvelle droite" : http://dai.ly/b2YDm2
YgmtIIvzSqKqUm
troplibre
Lire l'article consacré à cet ouvarge de S. Caré sur le blog "Trop Libre" de la Fondation pour l'innovation politique:
http://www.trop-libre.fr/le-marche-aux-livres/le-libertarianisme-un-liberalisme-de-combat
Tu ne cede malis
Une chose est sure, le degré d'ignorance sur le libéralisme en France est tout simplement extraordinaire. Pour moi, les libertariens, aux états unis ou ailleurs, ne font que tirer les conséquences des principes découverts par les philosophes du 18e et 19e siècle. Ces principes sont simples, les raisonnements logiques, il n'y a rien dans leur propositions qui ne soit pas argumenté et justifié par l'expérience. Derrière la diversité des appellations des courants de pensé a travers le temps et la géographie, il y a une réelle continuité et uniformité dans la philosophie libérale. la raison pour laquelle les libéraux semblent aujourd hui d' une autre planète est que le XXe siècle est passe par la, avec son lot de collectivisme et d'autoritarisme. Les états modernes se sont développes pour prendre une telle importance, que remettre en cause les principes de l'etatisme revient a demander une révolution.
@ Anarcho Pastissier la fin de l'autorité ne peut venir que du capitalisme, qui a deja permi la fin de l'esclavage (tel que les sociétés humaines l'avaient pratiqué depuis l'antiquité et certainement bien avant aussi). Sur l'entreprise, son autorité sur les employés ne repose que sur un contrat, librement consenti par le salarié. D autre part, l'entreprise n'a pas de conscience propre, c'est un groupe, une organisation, son autorité est donc largement diffuse, pas toujours dans le même sens. Ensuite, l'entreprise ne décide pas seule que faire ou comment faire. Les clients décident. Ce n'est pas une formule vide, le capitalisme avec la pratique de la compétition, met le client en position d'exercer le pouvoir, son autorité. Bien sur cette autorité est extrêmement diffuse, et c'est tant mieux. Sur ce sujet, merci de relire Ludwig von Mises. Surtout, sur l'anarchisme, lire Lysander Spooner, qui démontre que l'Habeas Corpus n'a jamais été véritablement appliqué, et que le droit des états n'es absolument pas légitime et qu'il ne repose sur aucun principe légal acceptable. Le contrat, au contraire, est une base légale légitime.
Anarcho-Pastissier