La phrase

Je ne crois à l'éclatement, ni de la droite, ni de la gauche, parce que le système présidentiel l'empêche. [...] Du reste, pour le moment, la droite était au bord de la guerre civile et pourtant, elle n'a pas éclaté. Maintenant, Copé et Fillon sont copains comme cochons. Pourquoi ? Parce que les règles institutionnelles les empêchent de s'entre-tuer, même chose au PS.

Jacques Julliard, entretien à  nonfiction.fr

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Le mépris du lecteur
[mercredi 08 décembre 2010 - 08:00]
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Soudain, tout s’accélère. 2010 sera sans doute l’année durant laquelle le livre numérique aura commencé à toucher un grand public, occasion de vérifier la viabilité des modèles économiques mis en jeu et d’évaluer la pertinence de la stratégie de chacun des acteurs.

Du côté des tablettes de lecture, le Kindle3 semble une grande réussite commerciale aux États-Unis et le marché est envahi par des acteurs nouveaux, qui ont senti tout le profit à tirer de ces nouvelles machines. Le FnacBook est censé devenir le cadeau de Noël privilégié en 2010. Cependant, les éditeurs travaillent à rendre leur catalogue accessible, comme en témoigne la plate-forme Eden conjointement fondée par Flammarion, Gallimard et La Martinière.


Parallèlement, les pouvoirs publics, conscients de la nécessité d’évoluer et de proposer un cadre juridique qui permette l’innovation votent l’extension au numérique de la loi sur le prix unique du livre. Et l’on se dirige donc vers un modèle mixte, où, selon les usages, les lecteurs consulteront leur livre sur papier, ou sur un support électronique – ces derniers étant appelés à encore rapidement évoluer afin d’apporter le meilleur service au lecteur.

Oui, ainsi présenté, tout ceci serait bien beau. Hélas, cette légende dorée ne correspond nullement à la réalité et toute personne ayant déjà essayé d’acheter un livre numérique pour son usage personnel en est bien conscient.

Imaginons donc que vous désiriez lire un livre de littérature contemporaine. Disons le très beau livre de Mathias Énard, qui vient de recevoir le prix Goncourt des lycéens. Ah, non, vous ne le trouverez pas : son éditeur, Actes Sud, n'a pas jugé bon de le proposer sous forme de livre numérique. Nous nous serions bien rabattu sur le dernier roman de Houellebecq, puisqu’il a reçu le prix Goncourt et est, paraît-il, un best-seller. Mais la version numérique étant parue plus de deux mois après la version papier, il y a de bonnes chances que vous ayez préféré cette dernière. Ou que vous ayez acheté un autre ouvrage. Ou que vous l'ayez téléchargé de manière illégale, puisqu’on sait depuis bien longtemps que toute prohibition entraîne ses trafics.

Qu’à cela ne tienne, prenons un autre exemple. Je décide d’acheter Beau rôle de Nicolas Fargues, publié chez POL. Cela tombe bien, cet excellent éditeur a une politique active en terme de livres numériques : je le trouve donc sans difficulté sur la plate-forme de vente Immatériel . Là, il coûte… 15,30 euros. Je suis extrêmement surpris car le texte existe au format de poche pour 5,80 euros : on me fait donc payer un simple fichier PDF 10 euros de plus qu’un livre sur papier, tout en me demandant d’acheter moi-même la machine qui me permettra de le lire !

Mais la question se corse encore quand on a téléchargé le livre. La simple lecture devient rapidement très complexe. D’abord, si notre ordinateur se trouve sous Linux, passons notre chemin, rien n’a été prévu pour nous et nous ne pourrons tout simplement pas lire le livre que nous avons légalement acheté.


Notre ordinateur est-il neuf et estampillé Microsoft ? On nous imposera cependant d’installer des logiciels spéciaux – qui ne sont bien entendu pas libres – afin de lire nos livres : la mise en œuvre est souvent complexe et rebute très rapidement toute personne qui éprouve des difficultés en informatique. Ceux qui parviennent toutefois au bout de cette laborieuse installation ne comprennent toujours pas pourquoi un éditeur nous dicterait un choix de logiciel, sur notre ordinateur personnel, pour afficher un simple pdf.

Pourquoi cela ? Parce que la plupart des éditeurs bardent leurs fichiers de DRM  – ces systèmes informatiques de gestion des droits, servant à contrôler l’usage que nous faisons du fichier que nous avons acheté. Utiliser des DRM revient à s’assurer du respect de ses droits par la force, en partant du principe que tout lecteur est un ennemi et un délinquant. On ne cherche même pas à faire tomber la répression sur le voleur mais on considère que tout lecteur est un voleur en puissance qu’il faut donc empêcher d’agir avant qu’il ne commette son odieux forfait.

Cet état de fait serait seulement extrêmement désolant (et preuve d’un problème de fond dans la politique des éditeurs vis-à-vis de leurs clients) si les DRM ne nous empêchaient par la même occasion de jouir pleinement de nos droits et de connaître l’usage légitime de tout propriétaire de livre.

Peut-être voudrons-nous également le lire sur notre téléphone portable, sur l’ordinateur de notre épouse ou sur notre iPad ? Là encore, nous pensons avoir acheté un livre et donc pouvoir en faire ce que nous désirons ? Erreur ! Il n’est que très rarement possible de lire ses livres numériques sur autant de machines qu’on le désire : quel éditeur est capable de m’assurer que je pourrai lire le livre que j’ai payé quand j’arriverai à la campagne ou chez des amis ? Les éditeurs actuels nous font croire qu’ils nous vendent un livre numérique alors qu’ils ne nous en concèdent uniquement un droit d’usage très limité et pour une durée courte dépendant du support sur lequel nous lisons le fichier. Je sais que je pourrai lire mon livre sur papier dans vingt ans et il serait normal qu’il en soit de même du livre numérique que j’achète : quel éditeur me l’assure ? Quel éditeur me promet la migration de mes fichiers vers mes nouveaux ordinateurs ou tablettes de lecture durant ma vie entière ?

Les éditeurs ne m’ont jamais interdit de prêter le livre à un ami, de le revendre ou de l’utiliser en plusieurs lieux. Ils ne m’ont jamais interdit de me servir de la 2e de couverture pour noter mes impressions de voyage, une marge pour me souvenir d’acheter du chocolat ou me rappeler le numéro d’un ami. Pourquoi alors les DRM de POL m’interdisent-ils de prendre des notes sur le livre que j’ai acheté ? Alors que la lecture est une des activités les plus sociales qui existent – discuter d’un roman est aussi agréable que le lire ; la lecture savante se nourrit de commentaires et de comptes rendus – les éditeurs décideraient que nous n’avons brusquement plus le droit de prêter notre propre livre à un ami ?

 

Rémi MATHIS
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7 commentaires

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Gourmet

24/01/11 16:17
Il y a plusieurs comportements derrière celui-ci induit.
1. le panurgisme de toute corporation : les autres font comme cela donc ...
2. un héritage d'éditeurs du monde de la musique et du cinéma : ils ont fait comme ça donc ...
3. l'influence des lobbies d'ayant-droits qui imposent leur "solutions" et
4. envoient les vendeurs de ces solutions dans les pattes des éditeurs qui, ma foi, n'ont jamais rencontré un "consommateur" ; alors un peu plus ou un peu moins de distance vis-à-vis de ce dernier ...
ll se passe et se passera ce qu'il s'est passé pour la musique et le cinéma : à force de contraintes, de surenchères, d'incompatibilités et surtout de considérer le consommateur légitime comme un voleur par défaut (référence aux panneaux du FBI que seuls les acheteurs légitimes de DVD voient) ce dernier volera effectivement.
L'homme n'apprend RIEN.
C'est désespérant mais c'est ainsi.
db
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pythagore

06/01/11 12:28
"les gens veulent de la merde, ont va leur en donner".Voilà le genre de phrases qu'on entend dans les couloirs de l'édition BD en particulier. Et après ils sont pas content parce que ça ne se vend pas et souffrent, les pauvres, de l'insaisissabilité du public.Nous n'en sortons pas !
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Olga

19/12/10 17:49
Il faut aussi compter sur la paresse en plus de la cupidité. Il est inadmissible qu'un étudiant d'aujourd'hui ne dispose pas d'éditions de référence numérisées des grand écrivains, des grands philosophes. Vrin, Garnier-Flammarion, PUF, etc., qu'attendent tous ces gens ? D'être pillés ? Assurément, ils le seront si dans 6 mois d'ici rien de nouveau et de conséquent n'apparait de leur catalogue sur les sites prestataires de téléchargement payant officiels.
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Samarcande

12/12/10 11:00
Très bon état des lieux de l'état d'esprit de l'édition française aujourd'hui. A rapprocher de l'article d'Olivier Quérenet de Bréville paru le 13 mars 2009 dans Le Monde et intitulé "L'édition française au crépuscule ?".
N'a-t-on rien compris depuis la révolution numérique opérée dans la musique ?! Il y a dans le livre une triste impression de déjà vu...
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Moralès

11/12/10 22:30
Tout acte de vente qui octroie des protections à l'éditeur doit s'accompagner d'une OBLIGATION contrepartie de cette protection du droit de vente : un livre(papier) doit toujours être disponible à l'achat sur le marché; en cas de rupture de stock, si l'éditeur ne le réédite pas - pour raison économique ou autre - dans un délai à fixer, la protection des droits de propriété de l'éditeur doit cesser !

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