Rédacteur

La phrase

On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire.

Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans. 

Fondation Jean Jaurès

Fondation Jean Jaures

C N L

CNL
Prix du livre numérique : s'accrocher au connu au risque de se tromper
[mercredi 08 décembre 2010 - 08:00]
Page  1  2  3 

L'arrivée du livre numérique et les offensives menées par Amazon ont ramené sur le devant de la scène la question du prix des livres. Question que les représentants des auteurs, des éditeurs et des libraires français aimeraient voire rapidement close par l'extension au livre numérique du dispositif du prix unique. Si face à l'incertain, il est toujours tentant de se raccrocher au connu, le prix unique du livre numérique tel qu'il est actuellement proposé à l'Assemblée risque fort d'être plus un poison qu'une panacée pour le marché du livre numérique, voire pour l'univers du livre en France.

Le livre numérique et le livre physique

Les études sur la demande de livres numériques s'accordent sur un point : les consommateurs potentiels s'attendent à une décote sensible par rapport à l'équivalent papier (6 euros pour un roman, selon une étude Gfk). Face cette donnée fondamentale du livre numérique, il semble peu efficace d'argumenter, comme le fait le SNE, sur les coûts ou de déplorer une perte de valeur. La représentation d'un bien produit à coût marginal nul (une copie d'un fichier informatique ne consomme pratiquement pas de ressources) a été profondément ancrée. 

Indépendamment même de cette représentation,  les caractéristiques du livre numérique en tant que bien peuvent justifier une telle attente. En l'état, l'achat d'un livre numérique s'apparente souvent à une location, éditeurs ou opérateurs de plates-formes pouvant se réserver le droit de supprimer à distance tel ou tel titre de la collection d'un lecteur, ainsi que les lecteurs de 1984sur Kindle en ont fait l'expérience. Contrairement à son homologue papier, le livre numérique ne se prête pas ou dans un cadre très restrictif, son annotation et le partage de celles-ci demeure une fonction expérimentale. Faute d'une norme technologique, faute aussi d'un effort technique suffisant, le confort de lecture reste en-deçà de ce que le support pourrait offrir, le paramétrage de l'affichage restant un point faible de la plupart des logiciels de lecture de livres numérique. Surtout, la durabilité du livre numérique est liée à celle de supports informatiques, moins fiables que le volume de papier, surtout quand le fichier concerné est bardé de DRM empêchant de l'inclure dans un système raisonné de copies de sauvegarde. Dans la mesure, enfin, où sa consultation confortable passe par l'achat de liseuses onéreuses, il apparaît logique que le livre numérique soit proposé à un prix attractif, récompensant le risque pris par ceux qui font le pari d'adopter un mode de lecture nouveau dont ni les modèles économiques ni les normes techniques, en particulier l'interopérabilité, ne sont stabilisés. Amazon, en proposant des titres à bas prix, quitte à les vendre à perte, semble avoir pris acte que le marché du livre numérique peinerait en l'état à décoller sans une forme de subvention des premiers consommateurs à se lancer dans l'aventure. 

À l'usage, cette faiblesse du prix s'alimente d'un effet de concurrence important. Toutes les plates-formes de lecture permettent en effet l'accès à une vaste gamme de titres du domaine public. Les auteurs publiés sous format numérique n'ont pas pour seuls concurrents les autres auteurs de la rentrée littéraire, mais aussi Montaigne, Molière  ou Musset. Cet accès au domaine public est, auprès d'un public cultivé, de nature à peser sur les choix : vais-je risquer une quinzaine d'euros sur un livre certes à la mode mais de qualité incertaine quand j'ai l'occasion, sans bourse délier, de lire enfin On ne badine pas avec l'amour ? Les livres numériques doivent donc être attrayant même face à une offre gratuite jouissant de tout l'aura des grands chef-d'œuvre de la littérature.

 

Face à cet état de fait, les éditeurs, pas seulement en France, se sont inquiétés d'une cannibalisation des ventes de livres physiques par leurs homologues numériques  et, par ricochet, d'une diminution de la disposition des lecteurs à payer pour les livres physiques. Ce qu'on sait actuellement du profil des lecteurs de livres numériques, gros lecteurs et acheteurs de livres physique, tend cependant à indiquer une complémentarité des deux consommations plutôt qu'une rivalité. Comment alors comprendre la revendication d'un prix unique du livre numérique calqué sur celui du livre physique ?

Page  1  2  3 
Commenter Envoyer à un ami imprimer Charte déontologique / Disclaimer digg delicious Creative Commons Licence Logo

Aucun commentaire

Déposez un commentaire

Pour déposer un commentaire : Cliquez ici