Rédacteur

La phrase

On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire.

Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans. 

Fondation Jean Jaurès

Fondation Jean Jaures

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Un livrel n’est pourtant pas un livre
[mardi 07 décembre 2010 - 09:00]
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Comme d’autres matériaux, la langue est une écriture. Mais plus que d’autres, c’est une signature. Cette écriture, signée, se destine à quelques-uns ou à plusieurs, provoquant par là une relation avec l’autre. Le texte est un propos, une intention ; il s’adresse à quelqu’un. Or une intention et une adresse forment, à l’évidence, des liens. Une relation entre auteur et lecteur. A fortiori dans le monde des réseaux que sont ceux du Web et du Net, nouveaux outils. Pour que ces liens se déploient, l’infrastructure du texte en question reste à être développée par l’éditeur – par éditeur j’entends ici tout travail éditorial, fait par un webmaster amateur ou un éditeur professionnel.
Pourtant il semble qu’encore aujourd’hui, malgré quinze ans d’expérimentations, la plupart des éditeurs proposent des livrels (soit des textes édités aux formats PDF, ePub) qui ne sont que des livres. On reprend les PDF "imprimeur" et on les envoie au diffuseur électronique. Ces PDF imprimeur, avec lesquels on a édité les épreuves puis les livres à imprimer, qui n’ont rien à voir avec les PDF conçus pour la lecture et la diffusion en ligne, sont-ils adaptés aux écrans ? Peuvent-ils aisément devenir des ePubs, format communément admis comme le plus aisé à lire sur les tablettes de lecture ?


Transformation de l’écriture


L’usage du numérique a-t-il transformé l’écriture – par le lien hypertexte, par l’image et le son ? Oui, sans nul doute. Les auteurs d’aujourd’hui l’utilisent-ils aisément ? Comment prétendre changer l’écriture sans cet outil-là ?
Un cinéaste me faisait remarquer que, dans un film, le téléphone portable avait modifié les relations entre les personnages, au point de jouer sur la structure du scénario, sur le rythme du film. Qu’un film sans téléphone mobile n’était pas écrit, découpé, de la même façon qu’un film avec téléphone mobile. Le temps est syncopé. La réalisation et l’écriture du film révèlent ce que nous ne percevons pas toujours dans notre vie quotidienne. Le temps est modifié, comme l’espace, par la simple présence d’un appareil téléphonique. L’absence du téléphone, dès lors qu’on sait son usage et sa puissance, donne même idée d’un rythme à prendre.


En ligne, c’est comme au cinéma. Sauf que le nouvel outil se nomme lien hypertexte. Ce lien a provoqué une écriture de blogs modifiant l’espace (longueur du texte), le temps du récit (non pas le temps grammatical mais la chronologie), l’architecture du texte (les appels de note, les folios, le découpage). L’absence du lien hypertexte n’empêche pas une écriture moderne, bien entendu. Mais peut-être ce lien, qui va à l’encontre de tout plan cartésien, qui nie les transitions et les règles dès longtemps enseignées, suggère-t-il une autre façon d’écrire . Dès lors qu’on sait les possibilités qu’il offre, il induit, qu’il soit utilisé ou non, une nouvelle écriture. L’espace et le temps, là aussi, sont bouleversés.
Au cinéma, c’est un appareil quotidien qui le montre, en ligne, c’est le lien hypertexte. Outils nouveaux, d’un usage simple, quotidien, qui modifient en profondeur notre rapport au monde, à l’espace et au temps. Au cinéaste, à l’écrivain, de jouer avec cela pour en faire de l’or.

 

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4 commentaires

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Dominique

08/01/11 11:18
Bonjour,
la lecture de ce texte m'inspire la remarque suivante qui explique, peut-être, aussi l'incompréhension des autres commentateurs.
Vous laissez apparitre le livrel comme une nouvelle forme qui viendrait remplacer celle du livre devenue obsolète.
Je n'y crois pas du tout.
Le livrel, dans la présenation que vous en faites, est une autre forme de communication entre un auteur et son lecteur. Il en existe d'autre sans que le support informatique soit mobilisé. Je pense aux deniers ouvrages publiés par "les Arènes" sur la seconde guerre mondiale et sur la guerre d'Algérie.
En considérant le livrel comme une évolution du livre vous réduisez, me semble-t-il, beaucoup la portée de ce qui peut être, s'il n'est justement pas considéré comme une évolution du livre, un véritable objet nouveau de mise en relation entre un auteur et ses lecteurs.
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mafournier

10/12/10 16:17
Bonjour a tous,
Si vous n'avez pas compris comment un auteur peut demain utiliser les ressources du numérique, j'ai tenté dans Une écritures pour médianautes d'apporter une réponse.
C'est sur Ipad/Ipod/Iphone sans DRM et pas vraiment cher 0,99 € .
J'ai pour justifier cette écriture utiliser le Psalmiste par exemple ou Dante.
Si le texte est primordial, la musique, ou l'image ne l'est pas moins dans biens des cas.
L'écriture est multiple. Le roman n'est pas le seul type d'ouvrage où un auteur peut s'exprimer et le multimédia n'a pas besoin de se cacher derrière des théories un peu fumeuses ni d'analogie avec un autre art ;-)
Cordialement
MAF
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xxx

08/12/10 23:18
PS : il est sympathique votre papier, créatif et en plus très bien écrit, mais je n'ai simplement pas compris ce que vous proposez.
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xxx

08/12/10 23:13
je suis auteur et je n'ai pas compris votre papier.
vous suggérez quel genre de mise en page pour des textes de fiction conçus pour être lus comme du texte simple ? vous suggérez de l'itéraction avec le lecteur ? des liens envoyant vers des choses qui se rapportent au sujet du roman ? des mp3 de morceaux cités dans le texte ? n'êtes vous pas d'accord que lire un roman est quelque chose qui se fait tout seul, entre le lecteur et le texte, sans distractions alentours ? parlez-vous en termes de créativité ou de vente à un public qui préférerait que la mise en page soit nouvelle parce que la mise en page habituelle d'un roman les ennuie et ne les pousse pas à lire ?
je ne suis pas d'accord avec l'autre papier qui parle des téléphones portables. il est encore tout à fait possible d'écrire des histoires dans lesquelles il n'y a pas de portables, tout simplement parce que décrire des conversations téléphoniques n'est pas la chose la plus passionnante du monde dans une histoire. pareil pour les films, les personnages ne sont pas obligés de se téléphoner. on ne les voyait pas s'appeler sans arrêt quand il se trouvait dans un appartement, on n'a pas donc plus de raisons de les voir s'appeler sans arrêt quand ils marchent dans la rue.
je ne sais pas si vous êtes auteur ? si vous l'êtes, votre point de vue n'est pas inintéressant, mais si vous ne l'êtes pas, vous vous placez en consommatrice de romans, ce qui est très différent d'un point de vue d'écrivain. n'y voyez là aucun mépris vis à vis du lecteur, ça me semble simplement étrange que les écrivains doivent se mettre à concevoir leurs romans autrement, avec en tête ce que ça pourrait devenir une fois numérisé. c'est certes très créatif, mais les rares fois où j'ai vu des écrivains se préoccuper de la technologie, c'était souvent au détriment des textes qui n'étaient pas passionnant et auxquels ils ajoutaient un plus...

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