Rédacteur

La phrase

On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire.

Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans. 

Fondation Jean Jaurès

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La politique extérieure de l'Union européenne à l'heure du SEAE
[vendredi 16 juillet 2010 - 11:00]
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Une politique européenne à l’égard de la Russie est également importante pour la sécurité énergétique, environnementale et politique de la région, comme l’ont rappelé les crises gazière et géorgienne. La puissance russe peine certes à se réaffirmer et ses velléités se sont apaisées après l’abandon de certains projets de l’OTAN, mais en souhaitant la mise en place d’une nouvelle architecture de sécurité européenne, Medvedev porte une revendication constante de la Russie, dont la fièvre obsidionale ne cesse depuis 1917 devant la politique d’endiguement des occidentaux. Les européens doivent parvenir à se rassembler et aller au-delà de l’héritage de la guerre froide pour renforcer leur coopération avec les russes.

L’UE doit au-delà affirmer son rôle moteur en faveur d’une mondialisation mieux régulée et plus équitable. Les Européens ont vocation à être au premier plan pour répondre aux crises globales. Or après l’échec de Copenhague soulignant les limites de l’exemplarité européenne, les désaccords entre européens sur les mesures à prendre pour juguler la crise ternissent encore l’image de la puissance normative. Le contexte international et l’administration Obama offre l’opportunité d’avancer sur les questions de régulation financière et de gouvernance globale. Si les Européens veulent véritablement peser dans les prochaines négociations internationales, à Cancun comme à Séoul, ils doivent d’urgence définir des stratégies communes et se rapprocher de leurs partenaires. Une accélération de la mise en œuvre d’une gouvernance économique européenne est également essentielle. L’Union ne pourra pas porter son crédo sur la régulation sans faire ses preuves par les faits. Une coordination de taille s’impose pour que les ficelles ne soit pas laissées à l’informel et l’obscur Groupe de Bâle et que Cancun soit plus constructive que Copenhague.

L’UE peut-elle au-delà être un grand acteur de ce monde multipolaire en faisant l’économie d’un développement de sa défense ? Comme le montre notre recension, la majeure partie de la littérature confine encore l’UE à une action "soft" et normative, qu’elle corresponde à sa posture post-nationale, sa visée cosmopolite, une culture de la retenue stratégique ou à son pouvoir "transformationnel". Cela dit, sans sous-estimer ces explications politiques, il n’est pas inutile de rappeler que ce positionnement s’explique aussi par le simple fait que la défense est certainement la prérogative régalienne la plus jalousement gardée. Que l’UE ait des avantages comparatifs pour promouvoir une gouvernance mondiale mieux régulée et une approche sécuritaire plus adaptée aux nouvelles menaces, c’est indéniable. Mais le développement d’un projet stratégique n’est pas incompatible avec la promotion des valeurs européennes, notamment un attachement à une notion large de la sécurité humaine. Bien au contraire, il peut devenir la condition de son efficacité. Une défense européenne est essentielle pour répondre aux nouveaux défis sécuritaires et aux besoins croissants de l’architecture internationale de sécurité. Elle permettrait de mieux porter les préférences européennes pour le droit international, la négociation et une approche intégrée des conflits, dans un monde où l’option réaliste tend à primer. Dans ce nouveau contexte géopolitique, l’absence de positions européennes sur les principaux défis stratégiques pourrait être un handicap croissant pour la promotion des options politiques, économiques et sociales des européens. Les dernières avancées de la PESD peuvent d’ailleurs refléter une prise de conscience croissante de cet enjeu. L’article de ce dossier plaide en faveur de quelques pistes clefs pour avancer sur cet agenda, notamment via une coopération en matière d’armement.

La réforme Traité de Lisbonne peut donc accompagner une nouvelle page de la construction européenne : le développement d’une véritable politique étrangère commune. On peut espérer que la contre-productivité des rivalités institutionnelles, les limites imposées par la faiblesse du budget européen et l’ampleur des enjeux auxquels doit répondre l’UE suscitent une prise de conscience salutaire qui engagent résolument les Européens vers une voie plus ambitieuse. Les perspectives d’une politique étrangère européenne sont en effet prometteuses. L’Union ne manque pas d’atouts : sa richesse repose sur la conjugaison et la complémentarité de ses diplomaties, de leurs influences et de leurs instruments, sur son histoire, son expérience et sa pratique du consensus.

 

Blandine Sorbe, Mathilde Lanathoua  , Maxime Lefebvre, Nicolas Leron, Mathias Mégy, Fabien Menant et Estelle Poidevin

 

 

À lire également :

- Jean Quatremer, "Diplomatie : l'Europe éclaircit sa voix", Libération, 16.09.2010.

- Christophe Hillion et Maxime Lefebvre, "Le service européen pour l'action extérieure : vers une diplomatie commune ?", Fondation Robert Schuman, Question d'Europe n°169, 17 mai 2010.

- Le dossier de Touteleurope.fr sur le service diplomatique européen.

- Mathilde Lanathoua, "Le Service européen pour l'action extérieure : l'outil d'une politique étrangère commune ?", Terra Nova, 27 juillet 2010.

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