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Critique à nonfiction.fr

La phrase

On parle souvent des victimes directes des printemps arabes mais rarement des 2000 morts migrants, tués par non-assistance à personne en danger qui, abandonnés par l’Europe, se sont échoués dans des conditions épouvantables. L’Union européenne a fait des printemps arabes une tragédie qui a été celle des migrants tragiquement noyés, dont les oppresseurs ne sont ni Moubarak, ni Ben Ali mais les responsables européens.

Bertrand Badie, sur nonfiction.fr, le 31 janvier 2012. 

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Entretien avec Hervé Morin
[samedi 08 mai 2010 - 23:00]
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Dossier : La politique extérieure de l'Union européenne à l'heure du SEAE

 

Nonfiction.fr : Comment fonctionne la politique européenne de défense ?
 
Hervé Morin : Il faut d’abord effacer ce malentendu qui veut qu’il y ait une armée européenne. Cela n’a pas de sens tant qu’il n’y a pas de pouvoir européen émanant du suffrage universel et qui serait une construction visant une fédération politique. C’est avant tout de la coopération, de la coordination et de la mutualisation. On tente de faire des programmes d’armement communs comme l’A 400 M… programme qui est à peu près bouclé. Le deuxième avion d’essai vole depuis la semaine dernière -début avril-. Coopération aussi en matière de recherche : notamment avec une agence européenne de défense qui doit mutualiser les moyens de recherche pour la défense mais qui a du mal à émerger même si il y a eu des progrès sous la présidence française. Coordination, c’est notre capacité à dialoguer ensemble, à être interopérables pour mener nous-mêmes des opérations comme en Somalie -Atalante- avec cette opération maritime lancée par l’UE qui met en œuvre des moyens venant de différents pays. Il y a aussi des embryons de forces européennes, les Battle groups : ce sont des groupements tactiques de 1500 hommes qui sont en alerte –chaque pays prenant son tour- et qui doivent être capables de se déployer en 10 jours. Pour cela, il faudrait avoir un OHQ : un centre de planification et de commandement qui permet, à partir de la décision politique, d’engager rapidement ces moyens… et nous n’en avons pas pour l’instant.  
 
Nonfiction.fr : Imaginons un conflit dans les Balkans par exemple : que se passe-t-il ? 
 
Hervé Morin : La décision est prise au niveau des chefs d’Etat et de gouvernement pour une crise majeure. L’opérationnel quotidien est au niveau des militaires puisqu’il y a un président du comité militaire de l’Union ou au niveau des ministres pour l’adaptation du dispositif. Il y a un service de l’action extérieure qui donne à l’Europe un formidable instrument : nous sommes le premier ensemble politique en terme d’action extérieure. Si on cumule tout ce qui est dédié au développement et à la reconstruction : nous sommes à 50 % de plus que les Américains… sans même compter les budgets nationaux ! 
 
Nonfiction.fr : Alors pourquoi pendant la crise de la Bosnie en 1995 par exemple, les Américains ont été plus forts que nous, y compris au niveau diplomatique ? 
 
Hervé Morin : L’Europe de la défense était encore un embryon. Les Européens ont décidé de se construire en renonçant aux instruments traditionnels de la puissance. L’Europe de la défense a été abandonnée. A partir du milieu des années 90 les choses progressent. L’accord de Saint Malo entre la Grande-Bretagne et la France en 1998 a permis de faire avancer les choses. Tout ceci est conditionné à une volonté politique unanime des Etats et la faiblesse des capacités militaires européennes ne permet pas une action commune pour une opération d’envergure comme en Afghanistan par exemple.  
 
Nonfiction.fr : Un service européen d’action extérieure est prévu par le traité de Lisbonne et mis en place par Catherine Ashton : A quoi va-t-il servir ? 
 
Hervé Morin : L’idée est d’avoir un système cohérent, coordonné, capable d’intervenir sur la totalité de la palette, du civil au militaire et de coordonner tous les moyens. Une politique étrangère de l’Union viendra difficilement à 27. Il faudra, et c’est une proposition que je fais en tant que président du Nouveau Centre, construire un nouveau traité des pays qui décident de s’engager vers une unité politique.
 
Nonfiction.fr : Comment s’articule la relation avec l’OTAN ? Les nouveaux Etats y sont très attachés… 
 
Hervé Morin : Tous les pays y sont attachés : les Européens ont un système qui leur assure la sécurité depuis 1945 et qui ne leur coûte pas cher puisque ce sont les Américains qui font l’effort militaire. Il y avait un doute des Européens qui pensaient qu’à chaque fois que l’on mettait l’Union européenne au devant de la scène, c’était pour affaiblir l’OTAN. En revenant pleinement au sein de l’OTAN, la France a montré qu’il y avait une complémentarité entre l’Union européenne et l’OTAN. Par exemple l’Union peut agir plus facilement que l’OTAN en Afrique sur un plan politique. C’est cette complémentarité qu’il faut jouer. L’OTAN, c’est 13 000 hommes, les militaires travaillant au sein de l’Union européenne, c’est 200 personnes.

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