Rédacteur

La phrase

Au nom de quoi devrais-je m'abstenir de penser que les oeuvres de Bach ou Mozart sont infiniment plus profondes, plus riches et plus précieuses à tous égards que le tambourin ou le flûtiau de ce que Lévi-Strauss appelle les "sociétés sauvages" ? Un tel jugement de valeur n'implique nulle xénophobie, pas davantage la moindre volonté colonisatrice ou impérialiste, simplement l'expression d'un choix dont on voit mal au nom de quelle morale débile il devrait être interdit. 

Luc Ferry, Le Figaro, le 9 février 2012.

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La politique extérieure de l'Union européenne à l'heure du SEAE
[vendredi 16 juillet 2010 - 11:00]
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Au sommaire :

- La politique étrangère européenne - quelle vision ?, par Maxime Lefebvre.

- La politique extérieure de l'Union européenne au kaléidoscope des publications récentes, par Blandine Sorbe.

- La politique européenne de sécurité et de défense : quelle défense pour l'Europe ?, par Fabien Menant.

- La mise en place du service européen d’action extérieure : vers une diplomatie européenne ?, par Mathilde Lanathoua  .

- Le Service européen d'action extérieure aux prises avec la logique des corps diplomatiques nationaux. Entretien avec Alain Lempereur, par Estelle Poidevin.

- Entretien avec Hervé Morin, par Mathias Mégy.

 

Édito

Le lancement de la mise en place du service européen pour l’action extérieure (SEAE), innovation majeure du traité de Lisbonne, devrait être annoncé le 26 juillet par le Conseil. Ce service appuiera la Haute représentante pour les affaires étrangères et la politique de sécurité dans sa mission de coordination de l’action extérieure européenne.

Quel est le sens et le potentiel de cette réforme ? Une diplomatie européenne va-t-elle s’affirmer sur la scène internationale ? Ce dossier consacré à l’action extérieure de l’Union européenne tente d’y répondre. Une revue des différents visages de l’UE comme acteur international cherche à percevoir, au fil de la littérature, en quelle puissance, Vénus, antithèse de Mars, ou Artémis, marraine de la première mission autonome de la PESD, Europe veut-elle se métamorphoser. Le dossier se penche plus particulièrement sur le positionnement stratégique de l’UE, les enjeux d’une Europe de la défense et le potentiel du SEAE.

L’action extérieure de l’UE est l’un des pans de la construction européenne qui a connu le plus d’avancées dans la dernière décennie : développement de la PESD, tant sur le plan civil que militaire, adoption d’une stratégie européenne de sécurité en 2003 en contre-pied de la stratégie de l’administration Bush, affirmation d’un rôle moteur dans les négociations climatiques. Ces progrès ont été couronnés par l’adoption du Traité de Lisbonne dotant l’UE d’une personnalité juridique internationale, d’un Président "permanent" du Conseil européen, d’un Haut Représentant et d’un service dédiés à la supervision et à la cohérence de l’action extérieure de l’Union.

Cette accélération n’est pas anodine : le besoin d’une politique étrangère européenne plus forte et plus lisible sur la scène internationale se fait de plus en plus sentir. Elle est attendue par les citoyens européens comme les partenaires de l’Union.

La reconfiguration géopolitique mondiale, marquée par l’affirmation des puissances émergentes, la permanence d’un "arc des crises", et la globalisation des principaux défis stratégiques, soulignée par l’acuité des crises, économique et financière, climatique et alimentaire, appelle en effet une plus grande présence de l’UE en tant que telle sur la scène internationale. Dans ce monde multipolaire et devant de tels enjeux, l’absence de positionnement coordonné condamnerait l’influence des européens.

Le Traité de Lisbonne est-il à la hauteur de cette ambition ? Ses innovations ont soulevé des enjeux de pouvoir, institutionnels et politiques, importants, donc autant d’intérêts que d’inquiétudes. Si la nomination d’une Haute représentante guère expérimentée en politique étrangère dénotait une certaine frilosité et une méfiance tactique des Etats membres, le compromis institutionnel trouvé sur le SEAE est intéressant et équilibré. En regroupant la plupart des instruments de l’action extérieure de l’Union, le SEAE constitue un bel outil pour la mission de coordination et de supervision de la Haute représentante. Mais le développement de ce potentiel dépendra de l’affirmation de la Haute représentante et de l’ambition des Etats membres. La représentation de l’UE demeure à ce jour "plurielle", comme le déplore Pascal Lamy, Lady Ashton étant concurrencée par les Présidents de la Commission et du Conseil, et la volonté des Etats de définir des positions communes, encore mesurée.

Le renforcement de l’UE sur la scène internationale ne peut guère se concevoir sans l’ambition des européens d’avancer sur la voie d’une politique étrangère commune. Cet objectif suppose a minima la définition de positions européennes sur des sujets internationaux clefs et probablement, à moyen terme, un projet stratégique et géopolitique européen, soutenu par un mixte de hard et de soft power.

Les Européens gagneraient à définir des politiques communes vis-à-vis de leurs partenaires clefs, les Etats-Unis, la Chine, la Russie, l’Inde, le Japon ou encore le Brésil.

Cet objectif semble aujourd’hui indispensable pour renforcer le partenariat transatlantique. Les opportunités de convergence avec les Etats-Unis ne manquent pas sur les grands dossiers: pour gérer le lourd héritage de l’administration Bush, en Irak et en Afghanistan, où près de 30 500 européens sont présents, pour endiguer durablement les visées du gouvernement iranien ou pour encourager les pourparlers israélo-palestiniens. Si Obama a annulé le Sommet UE-Etats-Unis, celui-ci ne soulevant pas d’enjeux cruciaux, il est intervenu auprès des européens pour les inciter à trouver une issue à la crise grecque et redresser la barre de l’Eurozone. Le président américain pare encore au plus pressé et se concentre sur les dossiers clefs, les européens doivent donc être proactifs.

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