On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire. 
Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans.

Parmi toutes les synthèses publiées sur la Première Guerre mondiale, les historiens ont toujours adopté un point de vue national ou global mais jamais on avait écrit une histoire qui se voulait ouvertement comparative. C’est là le parti pris du Français Jean-Jacques Becker et de l’Allemand Gerd Krumeich, qui publient un ouvrage visant à comparer l’expérience de la guerre chez les deux anciens ennemis du front ouest, la France et l’Allemagne.
Ceux-ci montrent ainsi que la guerre n’a pas eu exactement les mêmes répercussions en France et en Allemagne, bien que les deux pays connaissent les mêmes difficultés politiques, économiques, sociales, du fait de la guerre. Par exemple, la trêve des partis politiques : l’union sacrée française est rapprochée du Burgfrieden allemand. Ces deux expériences politiques ont incontestablement des points communs puisqu’il s’agit, dans les deux pays, de s’unir dans le cadre de la Défense nationale. Pourtant, si, en France, l’Union sacrée se maintient jusqu’en 1917, le Burgfrieden allemand ne fait "que dissimuler momentanément les oppositions politiques et sociales" et n’empêche pas les divergences d’éclater, dès la fin de l’année 1914, entre la gauche partisane d’une guerre de défense et la droite voulant renforcer la sécurité du pays par la création d’États-tampons en Europe centrale.
De même, dès le début du conflit, les deux pays sont confrontés au même problème : comment partager les responsabilités entre pouvoir civil et pouvoir militaire ? Là encore, les réponses apportées divergent. En France, le gouvernement et l’Assemblée ont réussi à maintenir un certain contrôle sur l’autorité militaire, qui voit son aboutissement avec la nomination de Clemenceau à la présidence du Conseil en 1917. En Allemagne, du fait de la structure fédérale du pays, le territoire est divisé en vingt-et-un secteurs de corps d’armée, dirigés par des commandants indépendants les uns des autres et qui exercent la censure de la presse. À partir de 1916, l’arrivée de Ludendorff et Hindenburg au pouvoir consacre la suprématie des militaires sur le pouvoir politique civil.
Cette histoire de la Grande Guerre est aussi une histoire qui s’inscrit dans le temps long, puisqu’il s’agit de comprendre la guerre à la fois dans ses origines profondes et dans ses conséquences sur le premier XXe siècle. Les auteurs se livrent donc à une analyse des relations diplomatiques entre les deux pays qui commence dès la fin du XIXe siècle. Ils y montrent comment les différentes crises balkaniques et marocaines ont entraîné le sentiment que la guerre était inévitable, même si, paradoxalement, personne ne s’attendait à ce qu’elle éclate en 1914. De même, le dernier chapitre fait comprendre que la signature de l’armistice n’a pas réglé tous les problèmes et que la guerre a laissé engendrer des problèmes jusque là inédits. La fin du livre laisse entrevoir les conséquences politiques du conflit, au moins en Allemagne : les difficultés de la république de Weimar et la montée en puissance d’Adolphe Hitler.
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Agathe