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Critique à nonfiction.fr

La phrase

On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire.

Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans. 

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Les socialistes français en guerre
[vendredi 07 novembre 2008 - 05:00]
Histoire
Couverture ouvrage
Les socialistes français et la Grande Guerre. Ministres, militants, combattants de la majorité (1914-1918)
Vincent Cambarlhac, Romain Ducoulombier
Éditeur : Editions universitaires de Dijon (EUD)
200 pages / 19 € sur
Résumé : Un livre qui invite à ouvrir de nouveaux chantiers sur un sujet mal connu.
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Malheur aux vaincus

Vae Victis. L’adage antique frappe de damnatio memoriae ceux à qui l’histoire a donné tort, ceux qui, dans une période de conflit, se sont rangés aux côtés des vaincus. La réflexion acquiert une résonance particulière pour l’histoire socialiste : la naissance de l’aurore révolutionnaire, en Octobre 1917, jette dans l’obscurité les idées, les dirigeants, les militants qui n’entrent pas en conformité avec un discours formulé a posteriori par le communisme : le socialisme de la Seconde Internationale s’est compromis dans l’Union sacrée ; une minorité s’est dressée contre le massacre à Kienthal et à Zimmerwald ; puis cette minorité s’est imposée en restaurant la rectitude du socialisme, au prix d’une scission à Tours en 1920. Des majoritaires, il ne peut être question : ils ont trahi le socialisme ; ils ont tort face à l’histoire.

Rappelons les faits. En août 1914, les partis socialistes acceptent l’entrée en guerre sous la bannière de l’Union sacrée en votant les crédits de guerre. La suspension des clivages politiques pour la défense de la Patrie prend la forme d’une participation des socialistes au gouvernement (Marcel Sembat aux Travaux Publics ou Jules Guesde comme ministre sans portefeuille, fin août 1914). Mais cette mise entre parenthèse de la lutte de classe prend une signification nouvelle lorsque le conflit s’installe dans la durée. Au printemps 1915, la Fédération de la Haute-Vienne publie un manifeste contestant la politique suivie par la direction du parti jusque là : c’est l’acte de naissance d’une "minorité" qui se constitue d’emblée comme une "faction indépendante" , alors que l’entrée d’Albert Thomas au sous-secrétariat d’État aux Munitions approfondit la participation des socialistes au gouvernement. Avec la réunion socialiste internationale prévue à Stockholm en 1917, visant à reprendre le dialogue avec la social-démocratie allemande, éclate l’Union sacrée. Le refus des autorités d’accorder les passeports nécessaires à la délégation française sonne le glas de la collaboration ministérielle, et les minoritaires parviennent à s’imposer. La parenthèse de la guerre est refermée, ceux qui se sont compromis sont écartés, puis oubliés. Les socialistes majoritaires ont donc le statut curieux du héros dans la Chambre de Jacob de Virginia Woolf : un personnage qui n’est connu que par les témoignages extérieurs, jamais par sa propre voix qui se dérobe au lecteur. Vincent Chambarlhac le montre de façon frappante en introduction, en évoquant la manière dont s’est constituée la mémoire des majoritaires. Que les témoignages proviennent de communistes (Alfred Rosmer) ou d’anciens socialistes gagnés ensuite par le discours patriote (Hubert Bourgin), jamais ils ne parviennent à restituer l’épaisseur historique des majoritaires, qui restent assis sur le banc des accusés ou parlent comme faire-valoir d’un communisme en gestation. La publication de l’ouvrage collectif Les socialistes français et la guerre. Ministres, militants et combattants de la majorité (1914-1918), dirigé par Vincent Chamberlhac et Romain Ducoulombier, doit donc être saluée. Les six contributions sont enrichies d’un dossier documentaire qui permet de donner une voix à ce groupe mouvant et hétérogène, l’ensemble permet le réexamen d’une question écartée : celle des socialistes en guerre.

Titre du livre : Les socialistes français et la Grande Guerre. Ministres, militants, combattants de la majorité (1914-1918)
Auteur : Vincent Cambarlhac, Romain Ducoulombier
Éditeur : Editions universitaires de Dijon (EUD)
Date de publication : 11/09/08
N° ISBN : 2915611017
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